Pour cet article automnal, je partage le clavier aujourd’hui avec Marion Oudenot-Piton de l’Agence de Développement et d’Innovation de la Région Nouvelle-Aquitaine. En binôme, nous avons eu le plaisir d’animer un nouveau format d’atelier lors des dernières rencontres nationales du etourisme : le débat mouvant. Cet atelier a suscité de nombreuses interactions directement lors de la session et de nombreux retours intéressés dans les semaines qui ont suivi. Nous prenons le temps aujourd’hui de vous décortiquer les recettes de cette méthode propice à l’expression de l’intelligence collective.

De quoi parlons-nous ?

Le débat mouvant est une forme d’animation d’un collectif. Il favorise la prise de paroles du groupe et des individus autour d’une succession d’affirmations préalablement préparées. Pour chacune des affirmations, chaque individu a le choix d’être “D’accord” ou “Pas d’accord”. S’en suit un débat d’opinions alimenté par les participants eux-mêmes et animé par un ou des animateurs. 

Les règles du jeu, garants du bon fonctionnement du débat mouvant

Ce format demande notamment quelques règles collectives partagées au démarrage. En voici les ingrédients : 

  • Faites part de vos avis sans craintes
  • Ecoutez vous les uns les autres
  • Faites preuve de bienveillance
  • Il n’y a que de bonnes idées !
  • Faites preuve d’esprit critique mais ne jugez pas
  • Amusez-vous et prenez du plaisir !

Le débat mouvant se construit autour d’un sujet déterminé. L’objectif général est de permettre la mise en réflexion d’un public autour de ce sujet précis. Il permet aux participants de se positionner individuellement sur un sujet tout en alimentant la réflexion collective.
D’un point de vue pédagogique, le débat mouvant met les participants en capacité d’argumenter leurs points de vue. 

La phase de préparation

La phase de préparation est tout aussi importante que le déroulement du débat lui-même. C’est un moment déterminant pendant lequel le sujet est décortiqué par l’animateur. Il s’agit de définir les contours du débat ainsi que de placer les futurs participants dans les meilleures conditions. Il y a 3 phases clés.

La première est de trouver des affirmations clivantes. C’est à dire des phrases simples résumant une position sur un sujet dont on suppose qu’elle divisera le groupe en deux clans : ceux qui sont “D’accord” et ceux qui ne sont “Pas d’accord”. Autour du sujet “Numérique pollueur”, nous avons déterminé avec Marion 8 affirmations. Ces affirmations sont le fruit de consultations et d’échanges avec des personnes ressources sur le sujet n’étant pas nous-mêmes experts de la thématique. Je reviendrai plus bas sur le rôle des animateurs.

Un clan éphémère de “Pas d’accord” lors du débat mouvant

Le deuxième point concerne le lieu. Il s’agit alors d’investir une salle vide délimitée en deux espaces : “D’accord” / “Pas d’accord”. Une corde ou encore un trait au sol peut symboliser et délimiter la frontière. Dans une salle de conférence d’un palais des congrès par exemple, mieux vaut prévoir le coup pour ne pas se retrouver avec 70 chaises pré installées à devoir sortir à la va vite ! Il faut aussi penser à bien accueillir les participants car arriver dans un espace moins familier qu’une salle de conférence classique avec les rangées de chaises peut parfois inquiéter plutôt que susciter la curiosité.

Le troisième point concerne simplement l’utilisation des pancartes pour afficher les deux camps (“D’accord” ou “Pas d’accord”). Les participants sont alors les porte-étendards de leur propre conviction en fonction de l’enchaînement des affirmations clivantes.

Le rôle de l’animateur

La règle d’or : l’animateur anime. Il n’apporte pas au débat ses convictions et son avis.

Chef d’orchestre, il est le garant de la distribution de la parole. Il reformule les arguments pour relancer le débat ou recadrer les participants trop bavards ou ne respectant pas les règles.

Face au public, il reste neutre un pied dans chaque côté. Surtout pas identifier comme le détenteur de la vérité, il est vigilant à ne pas être le destinataire des arguments. Il incite donc les participants à regarder le camps d’en face et non lui-même. 

Attentif, il veille à ce que le débat ping-pong entre deux participants ne s’installe pas et facilite la prise de parole de ceux qui n’ont pas encore parlé.
Droit dans ses bottes, il interrompt les arguments visant à discuter la sémantique ou les choix de vocabulaire car il s’agit d’un débat collectif, pas une réécriture du sujet du débat.

Joueur, il peut donner la possibilité aux participants à se positionner au milieu, c’est la “rivière du doute” et un espace pour ceux qui ne parviennent pas à prendre position. En écoutant les arguments de chacun des camps, ils peuvent rejoindre le camps correspondants à leur opinion au cours du débat.

L’exemple du débat mouvant Numérique Pollueur

En 66 min de temps, l’atelier s’est organisé en 3 temps : 

  • Une introduction proposant aux participants les règles de la séquence et le fonctionnement du débat.
  • La phase de débats avec une succession d’affirmations clivantes. Nous avions préparé huit affirmations mais seulement quatre ont été débattues. 
  • La conclusion qui a pris la forme d’une présentation succincte de 5 données clés et chiffrées sur le thème du jour. La séquence s’est conclue par l’expression libre de chacun des participants sur un arbre à engagement pour formaliser les petits engagements que les débats ont fait naître chez eux et qu’ils seraient prêts à mettre en oeuvre dans un futur plus ou moins proche.
Des exemples de l'arbre à engagement du débat mouvant
L’arbre à engagement du débat mouvant

Retrouvez le support de présentation de la séquence avec les affirmations utilisées et revivez le débat :

Ce fut un vrai plaisir d’animer ce débat mouvant ensemble. Les débats ont été riches et même presque plus satisfaisants que si nous avions choisi de faire témoigner des intervenants sur le sujet. Une chose est sûre, ce format d’animation permet aux participants d’évoluer dans leurs réflexions. Cela prouve aussi que nous sommes tous capables de penser par nous-mêmes, d’argumenter nos positions et de trouver des solutions plus que pertinentes à un problème donnée !

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Stimuler, conseiller, animer, former, partager... voilà mon quotidien professionnel appliqué au secteur de la formation et du tourisme. Il s'agit de favoriser l'adaptation des compétences, des missions et des organisations en perpétuelle transition. Depuis 2009 au sein de la Mission des Offices de tourisme de Nouvelle-Aquitaine (MONA), mes secteurs d'interventions évoluent continuellement : transition managériale, transition numérique, Schéma d’Accueil et de Diffusion de l’Information (SADI), gestion de la relation client, e-leraning, social-learning, transition durable, marketing de services... J'interviens comme formateur, animateur de réseau et de groupes de travail pour amener les équipes à organiser et fluidifier les projets, les missions, leurs services et leurs habitudes de travail. Interlocuteur auprès des entreprises cherchant à déployer innovations, nouveaux services et expérimentations dans le réseau institutionnel du tourisme, je prends une casquette de facilitateur entre le privé et le public. J'interviens également lors de rencontres professionnelles et dans différents Master professionnels. C’est par ces différentes entrées que j'apporte des points de vue et de la veille comme rédacteur invité du blog. Mail : jean-baptiste.soubaigne@monatourisme.fr Linkedin : https://www.linkedin.com/in/jbsoubaigne/