La semaine dernière, dans ce blog, Paul décrivait sa visite à l’office de tourisme high tech de Copenhague, en titrant son papier « dans l’accueil numérique, le mot important c’est accueil ». Alors allons un peu plus loin : dans l’accueil, le mot important, c’est humain ! Et le numérique n’est qu’un moyen d’arriver à plus et mieux de relation humaine. Ce qui finalement est l’objectif d’un accueil réussi.

 

Qu’entendons-nous par « accueil numérique » ?

Il y a trois ans, nous avons commencé par parler « d’office de tourisme du futur ». C’est à ma connaissance Karine Miron, qui a utilisé pour la première fois cette expression dans un article sur son blog pour qualifier l’office de tourisme de New York qui venait de se doter d’outils high tech.

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Très vite, la réflexion a évolué, et depuis 2010, le concept « d’office de tourisme du futur » englobe toute la démarche de progrès et de changement de nos organismes locaux de tourisme. Nous employons aujourd’hui plus facilement l’expression accueil numérique pour parler de ces évolutions techniques.

L’accueil numérique, fondamentalement, c’est donc utiliser des outils numériques au service de l’accueil.

Et l’accueil c’est quoi ? L’accueil, c’est le job de base des offices de tourisme, sa mission première, son cœur de métier. L’office de tourisme est l’artisan local de l’accueil. Il doit accueillir les visiteurs dans les locaux de l’office de tourisme, mais également sur l’ensemble de son territoire de compétence. Il doit coordonner en ce sens au mieux les acteurs qui pratiquent l’accueil. Finalement, l’intérêt sera que le visiteur soit bien accueilli, l’intérêt n’est pas forcément de savoir où il sera accueilli. Je vous invite à relire à ce sujet l’excellent billet fiction de Frédéric intitulé « l’office c’est fini ». Dans ce cyber-entretien avec un imaginaire slovène, il décrit la première ville sans office de tourisme physique, mais avec une stratégie de l’accueil très développée.

Donc l’office de tourisme doit imaginer l’accueil pour ses clients (touristes, habitants, etc.) et doit l’imaginer dans les murs (l’office de tourisme) et hors les murs (les prestataires, les lieux de visite).

 

Penser service avant de penser outillage

Il y a encore deux ans lorsque nous avons commencé à parler de l’office de tourisme du futur nous pensions beaucoup aux outils, et quand je dis beaucoup, je pense trop. Dans les lignes mêmes de ce blog, nous nous sommes enthousiasmés pour des écrans de toute taille, des bornes magiques, des tablettes endiablées, des automates à renseignement, etc.

Les premières réalisations montrent que ces outils sont précieux, utiles et efficaces, uniquement lorsqu’ils ont été pensés dans le cadre d’une stratégie.

 

Coté mauvais exemple, j’ai visité plusieurs lieux où l’on voit de beaux outils :   tablettes, bornes, écrans reluisants. Mais la logique de tout cet outillage n’a pas été pensée globalement : pas de gestion globale des équipements, pas de maitrise de l’équipe de l’office de tourisme sur la gestion du contenu, pas de formation du personnel. Moralité, les outils sont peu ou mal utilisés, et surtout, ils n’apportent rien à l’accueil humain. Le service n’est pas au centre du dispositif.

 

La magie de l’accueil assis

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai passé une journée au mois d’août à l’office de tourisme Médoc Océan à Lacanau. C’est la première saison de fonctionnement pour cet office de tourisme récemment rénové et équipé d’outils numériques. A l’origine de sa conception, une vraie réflexion, avec un travail d’étudiants et une implication de l’équipe. Objectif du nouveau local : limiter les flux de visiteurs devant le comptoir (plus de 1000 visiteurs/jour en saison), pour avoir une meilleure qualité de service

La solution imaginée est un préaccueil permettant de donner une information rapide à la personne qui a besoin d’une information rapide. Une batterie d’écrans muraux et de bornes apporte une information numérique de base.

Ce premier traitement permet de renvoyer le visiteur qui a besoin d’un conseil vers « l’accueil assis ».  C’est accueil assis est vraiment un moment de qualité de service et d’échange. Le visiteur est face à un conseiller en séjour avec un écran partagé pour suivre les propositions. Un excellent moment d’accueil humain : le client est satisfait, les ventes progressent et les conseillères en séjour retrouvent une dynamique dans leur job.

 

 

Le QR code qui permet de parler aux visiteurs

Rien de plus impersonnel qu’un QR code? L’équipe de l’office de tourisme de Bourges a mis en place une méthode contraire : l’éventail QR codes, avec le jeu « flashez, c’est gagné ». La communication renforcée sur écrans et au comptoir de l’accueil permet de présenter l’appli mobile de la destination et d’augmenter son téléchargement. Et accessoirement d’expliquer au possesseur de smartphone la manière de flasher un QR code avec la bonne application.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le numérique pour favoriser l’accueil et l’échange.

Dans ces deux exemples, le numérique n’est pas une finalité. Il s’agit juste d’un moyen pour développer un accueil de qualité en valorisant le rôle du conseil en séjour.

Pour arriver à ce résultat, il faut que les initiateurs de nouveaux locaux d’offices de tourisme fassent des efforts de méthode : ne pas se focaliser sur les outils, les écrans et les bornes. Mais observer le comportement de ses clients, avec l’aide de l’équipe d’accueil. Puis imaginer l’accueil de demain, en misant sur la qualité de service. Le choix des outils n’arrive finalement qu’en phase finale…

 

 

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Jean Luc Boulin est directeur de la Mission des Offices de Tourisme Nouvelle-Aquitaine (MONA). Cette structure, unique en France, regroupe les Pays Touristiques et les Offices de Tourisme de Nouvelle-Aquitaine. Elle est soutenue par le Conseil Régional.
Deux missions principales lui sont confiées : la structuration touristique des territoires et la professionnalisation. Dans ce cadre là, la MONA assure une veille permanente sur le etourisme et accompagne des expériences dans son réseau.
Directeur de l’office de tourisme de l’Entre-deux-Mers (Gironde) et du pays d’accueil touristique du même nom pendant plus de dix ans, Jean Luc Boulin dirige la MONA depuis sa création en 2003. Le manque de source d’information au même endroit sur le etourisme institutionnel et le besoin d‘échanger sur cette formidable mutation du métier des offices de tourisme vers l’Internet ont donné l’idée à Jean Luc Boulin de créer ce blog “etourisme.info”, qui se veut être le creuset de l’etourisme institutionnel sous toutes ses formes.
Jean-Luc Boulin est également enseignant en Master Tourisme AGEST (aménagement et gestion des sites et territoires touristiques) à l’université de Bordeaux Montaigne.
Le site Internet de la MONA.
|Email
: jlboulin at etourisme.info (cette adresse apparait en toute lettres pour éviter les robots).
|Twitter : @JeanLucBoulin

  • GregoireCastellazzi

    Bonsoir à tous,
    Tout juste diplômé d’un BTS Animation et Gestion Touristiques Locales, et passionné de Web, je suis logiquement tombé sur ce site.
    C’est ici mon premier post ici, et je viens en tant que curieux d’apprendre dans les discussions démarrées; aussi je vous prie de bien vouloir m’excuser si j’enfonce des portes ouvertes, ou si je suis complètement à côté de la plaque.
    Seulement cet article, ainsi que celui de Paul Fabing ( Dans “accueil numérique”, le mot important c’est “accueil”) m’ont interpellés.

    Durant mes études, j’ai eu l’occasion de faire deux stages, que j’ai choisi d’effectuer dans deux Offices de Tourisme.
    Pour ce que j’ai appris et constaté de leur fonctionnement, le principe même de l’Office de Tourisme repose sur le contact humain. C’est l’humain qui fait la valeur ajoutée de l’information distribuée. C’est grâce à lui (au conseiller en séjour), à sa capacité d’écoute et à ses suggestions que le visiteur sera bien renseigné.
    Les bornes tactiles et les écrans en tout genre peuvent présenter, mais pas valoriser. Ils peuvent trier, mais pas conseiller. Ils peuvent aussi questionner, mais pas écouter. Et c’est toute la différence entre un Office de Tourisme et un site d’E-Tourisme.

    Si ce que je viens d’exposer est vrai (je parle sous votre contrôle), alors pourquoi ce concept “d’accueil numérique” existe-t-il en ce qui concerne les Offices de Tourisme ? Avoir une ou deux bornes tactiles, pour les visiteurs qui n’ont besoin que d’une adresse par exemple, ou globalement, d’une information rapide, pourquoi pas. Mais il me paraît absurde de songer à automatiser, à numériser l’information que distribuent les OT.

    Il me semble au contraire que l’enjeu principal pour les Offices de Tourisme, en ce qui concerne le numérique, est d’avantage celui de la valorisation du rôle des conseillers en séjour, à la fidélisation, et à l’amélioration de la qualité de l’information, que celui d’un accès “rapide” à de l’information mal distillée (ce n’est pas ce qu’on recherche en entrant dans un Office de Tourisme, du mins je crois). Et je rejoins du coup ce commentaire de M. Eloy : “il manque quelques mots pour en faire quelque chose de pas mal : Accueil HUMAIN ASSISTE DE numérique. ” (sur l’article de Paul Fabing.

    • Jean-Luc Boulin

      Merci Grégoire pour ce commentaire.
      Ta réaction est partagée par de nombreuses personnes travaillant en office de tourisme. C’est pourquoi ces deux articles insistent bien sur le fait que le numérique, en office de tourisme, est au service de l’accueil humain.
      Par contre, organisé en ce sens, ce sont de fameux outils de facilitation de la relation!