Les formes d’enseignement ont connu de grandes évolutions depuis plus d’une décennie. Les technologies les ont influencées grandement. Plusieurs articles de ce blog ont mis en lumière ces tendances structurelles et les innovations majeures qu’elles supposent. Le mot même d’enseignement se transforme d’ailleurs peu à peu, une mutation sémantique rapide en « transmission » de connaissances, en « accompagnement » de projets, en « élévation » de compétences. L’arrivée sur le marché de la formation, sous toutes les formes recensées (initiale ou continue) de nombreux acteurs (des GAFA à de nombreuses petites structures très spécialisées), les réformes successives d’organisation et de financement de l’apprentissage[i]ou de la formation continue[ii], le big bang annoncé de la formation professionnelle[iii] montrent combien ce secteur essentiel pour la vie d’une Nation connait des bouleversements majeurs. Le secteur du tourisme n’est pas en reste. Les écoles de management se diversifient pour certaines en ouvrant des cursus entiers dans le domaine[iv], de nombreuses autres écoles ou différents cursus publics voient le jour avec des ambitions hétérogènes. On observe partout sur le territoire, en métropole comme ultra-marin, cette dynamique, cette volonté de transformer les potentiels locaux, cette nécessité de rapprocher les mondes professionnels et académiques pour forger des destins communs et surtout répondre au besoin des marchés. C’est vrai pour l’ensemble métiers et compétences liées aux différentes étapes du parcours client touristique (aspiration, prise de décision, préparation de la visite, visite, post-séjour[v]).

Le monde de la culture n’est pas (ou n’est plus) en reste. A la suite des premières rencontres du tourisme culturel organisées à Paris en décembre 2016 au Centre Pompidou, j’ai rapidement échangé avec des interlocuteurs du Ministère de la culture qui souhaitaient ne pas laisser les choses en l’état. La richesse des échanges et les retours majoritairement positifs laissaient supposer que de nombreux participants souhaitaient continuer à travailler, comprendre, réfléchir sur les thèmes abordés durant cette journée (« Culture et Tourisme font cause commune », « l’attractivité culturelle dans la mondialisation du tourisme », etc.). Plusieurs pistes ont été évoquées. Rapidement, un projet de MOOC s’est imposé comme une perspective essentielle. Parce que le MOOC répond à quelques impératifs, notamment son format relativement court et susceptible d’être suivi par de nombreux professionnels issus de la culture et du tourisme et l’ouverture au plus grand nombre par la généralité de la diffusion sur l’ensemble des territoires y compris ceux de la Francophonie.    

Créer un MOOC nécessite une ingénierie particulière. Un enseignement à distance ne doit pas être pensé comme un cours en salle ou en amphi mais davantage comme un scénario de série ou la fabrication d’un magazine, reposant à la fois sur un choix éditorial et un style de narration. Le titre d’un tel projet doit être emblématique, pour ne pas être long, redondant, mou, sans vie ; il ne doit pas correspondre à celui d’une thèse ! Le choix a été fait en la circonstance d’une accroche simple « le tourisme, c’est culturel ! » qui affirme un point de vue et synthétise assez bien l’objectif de ce MOOC : faire vivre les deux mondes de la culture et du tourisme dans une communauté de pensée, d’actions, de projets. Ce MOOC a été annoncé officiellement deuxième comité de pilotage du tourisme qui s’est réuni lundi 4 juin 2018 sous l’égide du Quai d’Orsay.[vi]

Avec Guy Sallavuard, directeur des relations institutionnelles et internationales, Fondation du Patrimoine

La structuration (ou chapitrage) du projet est essentielle. Que veut-on dire ? Comment ? Et à quel rythme ? Sur la forme, l’esprit « série » a présidé au choix. Six parties structurent le projet (que je ne dévoilerai pas ici), trente-six épisodes (six par partie, un par jour), une volonté d’aller filmer les acteurs de la culture et du tourisme partout en France, en ville comme en milieu rural pour en souligner la magnifique effervescence. L’idée étant d’aborder le maximum de thèmes, de montrer l’ensemble des régions françaises et d’expliquer les meilleures initiatives. Quelques exemples de référence de villes ou pays étrangers seront également à l’étude (Montréal constituera l’un de ses terrains privilégiés, avec nos Pierre Bellerose et Paul Arsenault).   

Le format final a fait l’objet de nombreuses cogitations, avec l’équipe projet qui travaille avec moi. Un épisode durera dix minutes. Les trois premières mettront en lumière les données principales, les grandes tendances et les enjeux à venir, elles seront sous forme de cours dialogué avec Nicolas Monquaut du Ministère de la culture, Julie Faure et Philippe Vergain, tous deux conservateurs du patrimoine et seront enregistrées après les vacances d’été. Les sept autres minutes seront dédiées à une ou deux interviews par épisode, avec une suite de questions – réponses courtes et précises, venant illustrer par le terrain et par l’expertise le sujet de l’épisode.

Les trois premières interviews ont été filmées hier, jeudi 28 juin 2018, dans un Paris estival et superbement touristique. Thibault Manchon, CEO de Cultival, Guy Sallavuard, directeur des relations institutionnelles et internationales de la Fondation du Patrimoine et Claude Origet du Cluzeau, auteur du célèbre ouvrage « Le tourisme culturel » se sont prêtés au jeu. Le tournage continuera jusqu’à fin octobre. La mise en ligne aura lieu durant la deuxième quinzaine de novembre prochain sur la plateforme FUN, à l’occasion des Deuxièmes rencontres du tourisme culturel qui devraient avoir lieu au Louvre-Lens. Je pourrai alors tirer un bilan de cette initiative, portée par le Cnam en partenariat avec les Ministère de la culture et Atout France.

Avec Claude Origet du Cluzeau, auteure du livre “Le tourisme culturel” (de Boeck)

[i]http://cache.media.enseignementsup-recherche.gouv.fr/file/Apprentissage/63/0/DP_apprentissage_Web_Bdef_(2)_895630.pdf

[ii]https://www.europe-international-et-formation.eu/IMG/pdf/20pg_fpc_france_06092017_bat.pdf

[iii]http://travail-emploi.gouv.fr/grands-dossiers/reforme-de-la-formation-professionnelle/

[iv]https://www.tourmag.com/Formation-les-ecoles-de-commerce-et-management-s-interessent-au-tourisme_a93779.html

[v]http://www.iau-idf.fr/savoir-faire/nos-travaux/edition/lattractivite-touristique-par-lapproche-parcours-client.html

[vi]http://www.quotidiendutourisme.com/france/comment-la-france-compte-atteindre-100-millions-de-touristes-etrangers/169824

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Brice Duthion est maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (La Cnam) et responsable de l’équipe pédagogique « échanges » au sein de l’École Management et société. Il y dirige plus particulièrement l’ensemble des programmes en « tourisme, voyage et loisirs » (cours, diplômes, recherches) à Paris et dans l’ensemble du réseau de l’établissement, en France et à l’étranger. Il représente le Cnam dans différentes institutions ou associations liées au tourisme (Astres, Campus des métiers et des qualifications, CNFPT, Cluster tourisme, Conseil de promotion du tourisme, Institut Montaigne, Welcome City Lab, etc.). Il intervient également comme tuteur à l'Ecole Urbaine de Sciences Po Paris. Brice Duthion est l'auteur de nombreux ouvrages et articles spécialisés en tourisme. Il assure la direction de la collection "tourisme" aux éditions de Boeck supérieur. Il exerce enfin une activité d’expert indépendant.