août
13
2013

AirBnB, la chanson entêtante de la consommation collaborative

Le blog de l'été

Durant ces semaines calmes du mois d'août, nous vous proposons le best-of des articles parus dans le premier semestre 2013. La rentrée de la rédaction est fixée au 26 août. 

Aujourd'hui, un article sur Airbnb paru le 14 mars  2013

La rédaction

Pierre en parlait dans son article hier sur l'Internet du moi": AirBnB y défrayait aussi la chronique.  Ce n'est pas un site de location d'hôtel, de gîte ou de chambre d'hôte, c'est AirBnB! Le système de location de logements entre particuliers effectue une montée en puissance remarquable. Lancée en 2008, le site Internet a vu 2,5 millions d'utilisateurs en 2012. Chaque jour, 40 000 personnes louent sur AiBnB parmi un parc de 250 000 logements dans 30 000 villes réparties dans 192 pays! Un vrai phénomène qui s'étend rapidement. Allez regarder sur le site d'AirBnB quelle est votre offre locale, vous serez impressionnés. Ludovic avait présenté le service en août dernier dans cet article.

Quelle est la raison du succès fulgurant d'AirBnB? J'ai eu la chance d'assister début mars à Berlin à la conférence Phocuswright Europe où intervenait Monroe Labouisse, le chef du service client d'AirBnB. Une présentation qui éclaire sur un jour nouveau l'économie collaborative dans le tourisme. Car AirBnB se revendique largement être dans le champ de la "collaborabtive consumption", la consommation où on échange, troque, partage, dans tous les domaines.

Un vrai phénomène, qui s'est amplifié avec la crise de 2008, mais qui doit son essor aux nouvelles technologies et au développement d'Internet.

 

Le web permet de mettre en relation instantanément et avec beaucoup de puissance des individus qui veulent partager une voiture (https://www.buzzcar.com/fr/), un parking (http://www.parkadom.com), une machine à laver (http://www.lamachineduvoisin.fr), ou échanger un petit boulot (http://www.youpijob.fr) ou leur garde-robe (http://www.pretachanger.fr). Evidemment, le tourisme n'est pas resté étranger à cette irruption de l'économie collaborative, avec la plateforme Couchsurfing.org ou BedyCasa. Mais le succès de AirBnB dépasse largement toutes les autres initiatives.

Pour Monroe Labouisse, le 20ème siècle était basé sur l'hyperconsommation (crédit, publicité, et propriété individuelle), alors que  le 21ème siècle voit l'éclosion de la consommation collaborative qui est l'alchimie entre la réputation, la communauté et l'accès partagé aux biens échangés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans sa présentation, Monroe Labouisse a donné les trois ingrédients de la recette "AirBnb" :

Premier ingrédient : un très beau site Internet. Et c'est vrai que depuis la vidéo de présentation de la communauté (ci-dessous), jusqu'aux photos de chaque appartement qui semblent sortis d'un magazine de décoration, le site est vraiment exceptionnel. Les photos, parlons-en : 3000 photographes professionnels agréés travaillent pour AirBnB. Ils vont prendre des photos gratuitement dans chaque appartement mis sur le site. Photos qui sont d'ailleurs offertes au propriétaire s'il le souhaite. Selon AirBnB, les logements photographiés par un professionnel sont deux fois plus souvent réservés que les autres "preuve que des photos haute résolution mettent vraiment en valeur votre espace". Tellement évident qu'on se demande pourquoi tous les sites institutionnels de réservation de logements n'y ont pas encore pensé!

 

 Deuxième ingrédient : un service client aisément accessible et fondamentalement ouvert. Et là, dans la start-up californienne, on ne badine pas : tous les employés du service client sont ou ont été des hôtes AirBnB. Partant d'un principe simple "comment mieux connaitre le produit que lorsqu'on l'a consommé ou vendu", les 200 membres de l'équipe de Monroe Labouisse sont recrutés dans la communauté. Il sauront mieux répondre aux deux types de clients, les hôtes comme les touristes. Cela permet également de garder l'esprit de la communauté, avec "l'esprit AirBnB". Et donc de faire régner la confiance, cet élément essentiel de l'économie collaborative. 

 

Troisième ingrédient : les avis de consommateurs, essentiels dans la concrétisation, et totalement "Internet du moi":  pour émettre un avis, il faut obligatoirement le faire à partir de son compte Facebook. Pour Monroe Labouisse,  le miracle, c'est TRUST, la confiance qui s'instaure entre les membres de la communauté. Une confiance provoquée par l'accès large aux biens proposés, et à la réputation de chacun des offreurs. Sur AirBnB, le nombre et la qualité des avis est primordiale. Et contrairement à l'économie touristique traditionnelle,  ce n'est pas le label ou le contrat qui provoque la confiance du consommateur. C'est la communauté qui crée la e-réputation de chaque bien proposé. Car il est vrai que l'on peut se demander pourquoi ça fonctionne aussi bien? Sur le nombre énorme de transactions qui sont effectuées entre des particuliers qui ne se connaissent absolument pas, qui mettent à disposition leur appartement pour des gens rencontrés sur une communauté en ligne, il y a moins d'1% de situations délicates. Et ce taux se retrouve dans tous les domaines de l'économie collaborative...

Je vous traduis ci-dessous le cercle vertueux présenté par Monroe Labouisse

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des questions

La consommation collaborative est-t-elle donc le nouvel eldorado du tourisme? Ca dépend pour qui! Pour AirBnB, grosse start-up et ses employés (visitez la page job de la société, ça vaut le coup), la conso collaborative est rentable, avec une commission de 3% pour les hôtes et de 6 à 12% pour les voyageurs. Soit globalement entre 9 et 15% de commission sur le prix public, ce qui reste dans la norme.
Par contre, ce nouveau champ de la consommation collaborative ne rentre absolument pas dans nos système administratif actuels : pas de TVA, pas de taxe professionnelle, pas de taxe de séjour, et pas forcément d'adhésion à l'office de tourisme...
Alors, à votre avis, quel avenir pour ce système de location entre particuliers? 

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A propos de l'auteur : Jean-Luc Boulin

Jean Luc Boulin est directeur de la Mission OTSI et Pays Touristiques d’Aquitaine (MOPA). Cette structure, unique en France, regroupe les Pays Touristiques et les Offices de Tourisme d’Aquitaine. Elle est soutenue par le Conseil Régional. Trois missions principales lui sont confiées : la structuration touristique des territoires, la qualité et la professionnalisation. Dans ce cadre là, la MOPA assure une veille permanente sur le etourisme et accompagne des expériences dans son réseau. Directeur de l’office de tourisme de l’Entre-deux-Mers (Gironde) et du pays d’accueil touristique du même nom pendant plus de dix ans, Jean Luc Boulin dirige la MOPA depuis sa création en 2003. Le manque de source d’information au même endroit sur le etourisme institutionnel et le besoin d‘échanger sur cette formidable mutation du métier des offices de tourisme vers l’Internet ont donné l’idée à Jean Luc Boulin de créer ce blog “etourisme.info”, qui se veut être le creuset de l’etourisme institutionnel sous toutes ses formes. Jean-Luc Boulin est également enseignant en Master Tourisme AGEST (aménagement et gestion des sites et territoires touristiques) à l'université de Bordeaux 3. Le site Internet de la MOPA. |Email : jlboulin at etourisme.info (cette adresse apparait en toute lettres pour éviter les robots). |Twitter : @JeanLucBoulin

  • http://www.blog-etourisme.com Mathieu Bruc

    Trop modeste Jean-Luc pour mettre en lien ton propre billet « Un monde nouveau où le Co est roi » dans lequel tu fais mention à une excellente lecture « Transferts de pouvoir » qui s’inscrit totalement dans cette ère du collaboratif, comme suite finalement logique du web 2.0 : http://www.etourisme.info/un-monde-nouveau-ou-le-co-est-roi

  • messa

    pas mal pour une plateforme off-shore qui ne paye pas d’impôts en France au détriment des agences immobilières professionnelles.

  • olivier allais

    Les B&B et autres chambres d’hôtes n’ont pas attendu airBnB pour exister. AirBnB n’est qu’un OTA de plus qui vient essayer de leur manger la laine sur le dos et qui dépense beaucoup d’argent en marketing pour se faire voir et avoir l’air « incontournable » mais moi je trouve leur site laid, peu pratique et surtout pas tellement innovant mais puisqu’ils le disent …

  • kike

    Les chambres d ‘hôtes n ont pas attendu Air Bnb pour exister certes mais la nouveauté c’est que désormais de façon très simple tout le monde peut s’improviser hôtelier et faire même mieux que les nombreux pseudos professionnels du marché. Au contraire, je trouve leur site brillant de simplicité. La possibilité de partager la vie de quelqu’un pendant quelques temps est très appréciable. Le gros plus, c’est de pouvoir avoir accès à des lieux incroyables à moindre frais. Bien loin de ce que peut nous proposer les résidences de tourisme et certaines chambres d’hôtes.

  • France Lessard

    Je crois que ce phénomène est là pour rester et tant les organismes officiels que les hébergements légaux doivent se poser les bonnes questions en chaussant les souliers du consommateur, puis ceux du petit opérateur qui se trouve directement menacé. Il faudra trouver des façons créatives d’y répondre car la seule approche réglementaire ne pourra endiguer seule ce phénomène…et encore moins répondre aux attentes du consommateur qui semble y trouver une réponse plus adéquate que celle offerte dans le système officiel.

  • http://www.facebook.com/BeerBergman Beer Bergman

    Bel article Jean Luc et sujet passionnant :-) ! A mon avis, il faudrait se poser les bonnes questions : pourquoi cela plaît autant aux loueurs et clients ? J’ai écrit un article sur le même sujet, avec un autre angle de vue : http://www.beerbergman.com/lang/fr/2013/02/airbnb-et-leconomie-collaborative-une-fausse-bonne-idee/

    Puis tu écris : »Par contre, ce nouveau champ de la consommation collaborative ne rentre absolument pas dans nos système administratif actuels : pas de TVA, pas de taxe professionnelle, pas de taxe de séjour, et pas forcément d’adhésion à l’office de tourisme… » –

    Je suis prestataire touristique moi-même, et dès que j’ai le temps, je vais m’inscrire sur AirBnB. Je paie la TVA, taxe professionnelle, taxe de séjour, et j’adhère à mon OT, pour le tarif le plus élevé Il y a d’autres prestataires professionnels sur la plateforme, et si oui ou non ils répondent aux exigences du système administratif ou d’impôts, dépend de chaque prestataire.

    Pour ma part, je suppose que ce marche se professionnalisera dans les années à venir. En espérant que l’aspect ‘fraîcheur’ sera conservé !