Je m’éloigne aujourd’hui de préoccupations purement numériques pour parler de langue française. Je travaille actuellement à la relecture de contributions diverses pour une publication. Ceci m’a amené à m’interroger sur notre usage de la langue.


On le sait mais on ne le dira jamais assez : la rédaction web ne répond pas tout à fait aux mêmes règles que l’écriture pour le “print”.
Certains principes s’appliquent afin de concevoir des contenus adaptés aux différents médias. Le rendu sera ainsi plus attrayant.
On ne cesse de préciser qu’orthographe et grammaire sont essentielles. Néanmoins c’est surtout pour dire que “il ne faut pas faire de fautes, l’image de marque est en jeu”. Mais encore?
Soyons plus pédagogue ! Rappelons que notre langue est suffisamment complète (on lui reproche assez le nombre de ses règles) et notre lexique riche pour avoir une écriture fluide, précise et agréable.
Qu’il me soit donc permis de chausser ma casquette de Maître Capelo car il serait de bon aloi que nous y pensassions.

Reprenons quelques-uns des fameux principes de l’écriture pour le web.

  • Un titre accrocheur
  • Être court et direct
  • Divertir et inspirer

Or très vite pour appliquer ces préceptes, les abus et tics de langage se multiplient. In fine, tout le monde rédige de la même manière sur ce qui le rend unique. C’est “juste dingue”, n’est-ce pas?

On sait qu’il est difficile de retenir l’attention du lecteur au-delà des premières lignes. C’est ce qui explique l’importance du titre. Toutefois, je ne trouve rien de plus horripilant qu’un titre superfétatoire. C’est le cas particulièrement sur Facebook avec des titres tels [Sport], [Culture], [Événement], etc. Une image accompagne votre contenu. Accrochez donc le lecteur sur ce que l’image ne dit pas. Car si vous avez besoin de préciser que vous parlez de sport, il y a déjà un problème.

Des paragraphes courts facilitent la lecture… à condition que ces paragraphes ne soient pas constitués que d’une phrase. Le verbe représente l’action de la phrase. Une phrase courte et directe consiste en un verbe, son sujet et son complément. Une succession de phrases courtes est plus dynamique. Une idée = un verbe = une phrase.

Pour être inspirant, il faut être inspiré. Diversifier le champ lexical que vous utilisez vous permettra d’être aussi original que le produit que vous présentez.

Concrètement, voici comment cela se traduit dans les contributions que je traite. Passons en revue certaines maladresses voire écueils lus.

Pourquoi faire court si on peut faire long ?

Point de faute dans certaines formulations. Toutefois, on croit utile d’en rajouter une louche pour que la formule porte son effet. Les verbes venir et faire représentent dans ce cas un handicap. « Venez-nous rejoindre… » « Faites une visite… ».
Dans le premier cas, l’invitation sera plus directe en mettant l’impératif sur l’action qui importe : « Rejoignez-nous… ».
Dans le deuxième cas, le nom devient un verbe et ainsi on entre dans le cœur du sujet en raccourcissant par : « Visitez… »

Bref plus c’est long, moins c’est bon car si la formule est plus longue, la pensée n’en est pas plus riche.

C’est « sur », c’est imprécis.

Voilà un tic de langage qui tient la corde : multiplier les cas d’utilisation de la préposition « sur » alors que d’autres prépositions plus précises existent. « Je travaille sur Toulouse » (à) ; « Nos offres sur la région » (dans) ; « Dirigez-vous sur la commune voisine » (vers).

Les “plaies”onasmes.

Je passe sur les omniprésents « au jour d’aujourd’hui » et « voire même ». Concentrons-nous sur les formules plus courantes dans l’industrie touristique.

« Réserver à l’avance » : si quelqu’un a pu réserver ultérieurement, qu’il me prévienne. Et si vous avez « un imprévu de dernière minute », vous pourrez « reporter votre séjour à une date ultérieure ».

Vous avez compris le principe, je vous laisse compléter la liste en commentaire. J’applaudirai des deux mains (parce qu’avec une seule, c’est moins facile).

C’est juste, donc ce n’est rien de plus.

« C’est juste énorme »
Qu’elle m’agace cette expression ! Nous sommes devant l’exemple type du faux-ami traduit de l’anglais. L’anglais possède des formules très concises et dynamiques à l’image de ce « I’ll be just fine ».
Or en reprenant à notre compte dans la langue française ce « juste » on en change le sens… et on l’utilise à contre-sens.
Juste (en français), c’est exact, précis, ajusté. Donc quand on assiste à un concert spectaculaire, un spectacle éblouissant, une performance étincelante, ce n’est pas juste énorme. C’est bien plus !
Si c’est juste, alors il n’y a pas de débordement de passion. Il n’y a pas de foisonnement des sentiments.
Et franchement, « énorme »… c’est une peu court jeune homme ! On pouvait dire… Oh ! Dieu !… bien des choses en somme. En variant le ton…


Alors, j’entendrai certainement que mon propos est élitiste. Je ne suis pourtant pas dans cette posture. Je suis pleinement conscient qu’aujourd’hui orthographe et grammaire ne sont pas tant un enjeu pour la qualité de nos écrits qu’un outil de sujétion des sachants sur les autres. Vraiment ? Clouer au pilori des candidats parce qu’une ou quelques coquilles se sont glissées dans une candidature, c’est normal ?

Il y a pourtant dans la langue des enjeux majeurs. De manière surprenante, j’en retiendrai deux dans le cadre du management du travail pour conclure cet article. D’une part il y a une part nécessaire de temps de travail qui doit être réservé à l’écriture. L’explosion des réseaux sociaux nous a poussé vers l’immédiateté. La multiplication des taches dans les entreprises nous pousse à rédiger de plus en plus vite. Or ce temps de réflexion nécessaire à la rédaction, à poser nos idées s’est perdu. Le flou prend le dessus par un appauvrissement de l’écriture. Le marketing expérientiel a tout à gagner de l’apprentissage de la nuance.

D’autre part, construire ensemble au sein d’une équipe permet un enrichissement du discours. Une organisation moins pyramidale des missions de communication est souhaitable dans l’entreprise. Responsable de la communication, j’ai besoin de passer du temps à faire dire les choses par mes collègues directement en charge des dossiers car ils ont le vécu, ils ont les expressions qui sont propres à leur métier, à leur dossier en cours, etc. J’accouche sur le papier (ou internet) le travail des autres.

Communicants, nous ne sommes pas les gardiens d’un temple mais les passeurs de rêves que d’autres ont créés.