LE CAMPING : VACANCES POPULAIRES ET CLUBISATION

Publié le 24 juillet 2023
12 min

Le camping est la pratique de vacances la plus répandue en été en France. 129 millions de nuitées ont été réalisées en 2022 par 20 millions de campeurs. 2023 semble annoncer un retour à une année plus normale après l’engouement post covid. Etat des lieux de l’hôtellerie de plein air française.

Chères lectrices et chers lecteurs, nous poursuivons notre dossier fil rouge en 2023 visant à vous inspirer sur les filières de l’hébergement marchand. Après mes amis Jérôme Forget et Laurence Docquir qui ont initié des articles respectifs sur les locations saisonnières, les chambres d’hôtes et l’hôtellerie rurale, me voici devant vous en campeur au long cours, ardent défenseur de cette pratique de tourisme. Cet article est long, documenté, expérimenté par des sources multiples issues de nos travaux chez Emotio Tourisme pour des clients de cet univers, campings privés et municipaux, de notre contribution mensuelle au magazine de presse professionnelle Décisions HPA et de nos expériences en plantage de sardines sur tout type de terrain.

DES CAMPINGS PARTOUT ET POUR TOUS

Les données en vigueur pour planter de décor de la profession datent de 2021. La FFCC (fédération des campeurs) retient une capacité d’accueil HPA (hôtellerie de plein air, le nom général de l’activité en France) de 7592 campings offrant 872 647 emplacements, pour 129 millions de nuitées réalisées par 22 millions de clients français et étrangers. Le secteur emploierait 50 000 salariés dont 40 000 saisonniers et proposerait 250 000 résidences mobiles ainsi que 205 000 emplacements résidentiels.

Pour sa part, la FNHPA (fédération des gestionnaires de campings) ajoute à ces données, un volume d’affaires de 2,8 milliards et une capacité d’accueil de 2,6 millions de personnes. La France occupe le premier rang européen et le deuxième mondial après les Etats-Unis. L’unité de mesure du camping est l’emplacement. Il peut être nu et destiné à une clientèle équipée de sa tente, de sa caravane ou de son camping-car. Il peut être équipé d’une location, tente ou tente lodge, résidence mobile ou mobil home, chalets ou HLL.

L’Insee a publié le 21 février 2023 son enquête sur la capacité d’accueil des campings. Des comparaisons régionales et départementales sont possibles. Le département qui compte le moins d’emplacements de camping est le Territoire de Belfort avec 286 unités. Paris mis à part (462 emplacements), c’est le Val de Marne, à  373 emplacements, puis le Val d’Oise avec 613 unités qui sont dans le bas du tableau. On peut estimer que ces départements franciliens nécessiteraient probablement des offres supérieures pour l’accueil de séjours urbains et d’affaires en plein air (notamment en raison du développement du parc des camping-cars et des vans). Dans les départements ruraux, la Mayenne (810 emplacements) et la Meurthe-et-Moselle (961 emplacements) sont parmi les moins dotés.

A l’inverse, c’est sur l’Atlantique que l’offre est la plus abondante avec la Vendée, championne de France en capacité d’accueil avec 52 768 emplacements, dont seulement 3,1% de non classés ou une étoile, 32,4% de deux à trois étoiles et 64,5% de quatre et cinq étoiles. Elle est suivie par la Charente-Maritime qui affiche 47 730 emplacements (6,7% non classés ou une étoile, 41% deux et trois étoiles et 52,3% quatre ou cinq étoiles).

En Méditerranée et au troisième rang national, l’Hérault compte 47 601 emplacements, dont seulement 3,8% non classés ou une étoile pour 69,5% quatre ou cinq étoiles. C’est d’ailleurs dans l’Hérault que la part des quatre et cinq étoiles est la plus élevée de France. Le Var est aussi très bien placé avec 67,9% de ses 40 482 emplacements classés en quatre et cinq étoiles, de même que les Landes à 66,5%. Nous constatons bien la force du littoral dans la dynamique HPA, tant en nombre qu’en niveau de classement. Le fait n’est pas nouveau, mais il persiste.

UNE DIMINUTION DU NOMBRE DE CAMPINGS

En 15 ans, le parc français a diminué, passant de 9000 à 7500 campings. 63% des campings français ont aujourd’hui moins de 100 emplacements, la moyenne totale s’affichant à 115 emplacements par camping. Outre le recul de l’offre, nous constatons que 2397 campings disposent de 1 à 50 emplacements et 2394 de 51 à 100 emplacements. L’essentiel des entreprises de l’hôtellerie de plein air est le fait de petites unités familiales, que la « clubisation » des plus grands campings et la vente d’une partie importante de ces derniers à des groupes industriels masque aux décideurs du tourisme et aux élus. Pourtant ces campings familiaux, souvent nés dans les années 1970 et 1980 ont fait leurs preuves et rendent un vrai service à des vacanciers et au territoire dans lequel ils sont implantés. Ils conservent une mixité d’offres et favorisent la rencontre de publics différents.

En quelques décennies, l’hôtellerie de plein air française s’est fortement capitalisée. Elle repose sur deux grands concepts : le club de vacances intégrant de nombreux équipements de loisirs (piscine, spa, clubs de sports…) et des services variés (animations, restaurant, bar, ménage…). Le camping est choisi à la fois pour des séjours de vacances (week-end et semaines), souvent dans un esprit club facilitant les rencontres, mais aussi pour sa fonction initiale de connexion avec la nature, dans des paysages verdoyants, dans des grands espaces propices aux activités de pleine nature. Là, les prestations sont plus sommaires.

Chaque année nous conduisons une étude évaluant le poids des chaînes et groupes exploitant des campings en France. Nous considérons que ce secteur représente 26% des campings, 38% des emplacements et 53% du volume d’affaires de l’HPA française. Mais si l’on ne s’intéresse qu’aux groupes intégrés (comme Sandaya, Homair…), 23 en tout dans notre étude, ils assurent au minimum 35% du volume d’affaires de la profession, pour 8,6% des campings et 20,65% des emplacements. Cette approche restant perfectible : évolution rapide, données non communiquées de la part de certains gros opérateurs.

ACHETER OU CREER ?

Chaque année des campings sont vendus à de nouveaux preneurs. Les prix sont élevés à très élevés. De quelques millions d’euros à plusieurs dizaines pour les plus grands. Des mises en gérance sont également proposées par des collectivités souhaitant conserver leur camping mais en confier la gestion à un opérateur privé. Quant à une création, accrochez-vous aux haubans ! Si tant est que vous trouviez un terrain adapté, c’est à dire que le PLU ou PLUI ait intégré la possibilité d’une activité de camping, ce qui est de plus en plus rare et on ne s’explique pas pourquoi d’ailleurs, élus et aménageurs ont tendance à freiner les possibilités, à l’inverse du reste de l’Europe qui continue à créer des campings… Le processus peut s’avérer trèèèèèès loooooooooong. Un jeune professionnel, créateur de son camping dans la décennie précédente, m’évoquait récemment « un parcours du combattant de plusieurs années de combat avec l’administration ». Le cadre juridique français est complexe car chaque droit (et chaque Code) a son autonomie propre. Pour une création de camping, il faut donc remplir toutes les cases de silos juridiques sur lesquels on empile de nouvelles réglementations comme par exemple la loi ZAN. 

En France, 6 à 9% des sols sont artificialisés, c’est-à-dire qu’ils ont connu une altération de leurs fonctions naturelles en raison d’activités humaines. Au cours de la dernière décennie, entre 20 000 et 30 000 hectares ont été artificialisés chaque année en moyenne, principalement au détriment de surfaces agricoles. La loi climat et résilience du 22 août 2021 a formulé un double objectif : réduire de moitié le rythme d’artificialisation nouvelle entre 2021 et 2031 par rapport à la décennie précédente et atteindre d’ici à 2050 une artificialisation nette de 0% (ZAN), c’est-à-dire au moins autant de surfaces « renaturées » que de surfaces artificialisées. Autant dire que la création de campings paraît de plus en plus compliquée. Pour autant elle n’est pas impossible, mais elle suppose un temps préparatoire long, des budgets d’étude importants.

Quelles sont les grandes étapes de la création d’un camping ?

Il s’agit d’abord de définir le projet du camping au sein de la typologie des campings. Plusieurs possibilités s’offrent au porteur de projet. Ce dernier sera généralement bien conseillé au sein des syndicats professionnels, des CCI, des CDT et ADT, notamment dans les départements les plus pourvus en matière de campings (la Vendée par exemple avec les publications de Vendée Expansion).

Terrain déclaré (20 campeurs sur 6 emplacements).

Normalement (c’est la loi), une déclaration en mairie suffit. Nécessité d’un point d’eau potable (certificat de potabilité), un lavabo et un wc. Le terrain déclaré est souvent utilisé dans le milieu agricole. On ne gagne pas sa vie avec un terrain déclaré 🙂

Aire naturelle de camping (30 emplacements, uniquement destinés à l’accueil de tentes, caravanes et autocaravanes). Superficie maximale : 1 ha. On n’y implante aucun hébergement locatif : exit les idées de glamping, hébergements insolites et cie. En effet, les HLL et les résidences mobiles de loisirs sont interdites. L’exploitation ne peut dépasser six mois afin de préserver la couverture végétale. Les emplacements ne doivent pas être individuellement desservis en eau ou raccordés au système d’assainissement. Cette forme de camping correspond bien aux agriculteurs ou propriétaires terriens.

Ressource officielle :

https://www.entreprises.gouv.fr/fr/tourisme/developpement-et-competitivite-du-secteur/aire-naturelle-de-camping

Campings aménagés.

Les terrains aménagés comprennent la mention tourisme si plus de la moitié du nombre des emplacements est destinée à la location à la nuitée, à la semaine ou au mois pour une clientèle de passage. Ils comprennent la mention loisirs si plus de la moitié des emplacements est destinée à la location supérieure au mois pour une clientèle qui n’y élit pas domicile. Les terrains aménagés constituent le gros de l’hôtellerie de plein air, la majorité d’entre eux sont classés de * à *****.

Ressource officielle :

https://www.entreprises.gouv.fr/fr/tourisme/conseils-strategie/terrains-de-camping-amenages-aires-naturelles-et-parcs-residentiels-de-loisir

Parcs résidentiels de loisirs.

Il s’agit d’un terrain aménagé spécialement affecté à l’accueil des HLL et des résidences mobiles. On compte deux catégories de PRL :

  • Avec cession de parcelles, il n’est pas question de classement
  • Avec location de parcelles, régime hôtelier, classement possible

Si la déclaration en mairie suffit pour un terrain déclaré, le permis d’aménager est obligatoire pour toutes les autres catégories. Il est délivré par la mairie concernée si elle est dotée d’un PLU, ou par le préfet dans les autres communes. Le document requis est le formulaire Cerfa 88065-11. Quant aux étapes réglementaires précédant une création, plus de 20, on vous souhaite bien du plaisir et une tirelire chargée en lingots d’or pour financer les aménagements (viabilisation du terrain, VRD, bâtiments dont sanitaire…) et le lancement de l’affaire.

LE CAMPING A Une gRANDE COTE D’AMOUR

Le camping a une bonne image auprès des Français. Il demeure un hébergement populaire et abordable. Il est apprécié par un public plus jeune que la moyenne de la société française. Il réunit 34% des Français dont 13% qui le pratiquent tous les ans. Commandée par la FNHPA, l’étude IFOP 2023 a été conduite entre le 15 et le 20 mars auprès d’un échantillon représentatif de la population française, composé de 1503 personnes. Fait intéressant, un tiers des personnes a affirmé avoir séjourné en camping au cours des trois dernières années, ce qui permet d’avoir une base d’appréciations solides sur la réalité du camping d’aujourd’hui en France.

82% des participants ont une bonne image du camping contre 18% qui en ont une mauvaise. Dans les avis tranchés, on note que 18% ont une très bonne image contre 2% qui en ont une très mauvaise. Parmi les 18% qui ont une très bonne image du camping, 28% des répondants annoncent la présence d’enfants dans leur foyer (14% non), 55% ont entre 18 et 34 ans, 25% sont identifiés dans une catégorie modeste (22% en catégorie pauvre et 18% en catégorie moyenne inférieure, soit un total de 65% disposant de revenus modestes à moyens). Cela interroge sur la performance du camping dans la cible des Français ayant à la fois une bonne image du camping et étant insérés dans les catégories sociales aisée et moyenne supérieure, alors que l’HPA devient de plus en plus locative et chère en haute saison.

On remarque une certaine stabilité avec les études précédentes d’avril 2013 et de mars 2020 et une franche adhésion avec des accords dépassant les 70% sur des questions de caractérisation connue du camping. Parmi ces questions :

  • Le camping est un mode de vacances convivial : 31% des Français sont tout à fait d’accord, 58% plutôt d’accord, soit 89% d’accord
  • Le camping participe à la mixité sociale, un accord général à 77% est relevé
  • Le camping est un mode de vacances écologique qui permet de se rapprocher de la nature (question récente) : 76% des Français sont d’accord

Parmi les répondants, 34% ont annoncé avoir campé au cours des trois dernières années. L’hôtellerie de plein air dispose donc d’un socle solide de clients français. Cependant il reste des parts de marchés à gagner puisque 66% des Français n’ont pas pratiqué le camping dans une période récente. L’analyse de la fréquence des séjours en camping traduit le fait que 13% des Français font du camping tous les ans ou presque. A 68% ces campeurs sont actifs et 43% sont issus de catégories populaires, avec une sur-représentation des habitants des régions (84%) contre seulement 16% pour ceux de l’Ile de France. Les campeurs français sont donc majoritairement des provinciaux et l’on note qu’ils sont à 30% originaires du Nord-Est et à 29% du Nord-Ouest de la France. Voilà qui en dit long sur les bassins émetteurs.

Par rapport à la société française, le profil du campeur est plus jeune : 35% ont moins de 35 ans contre 25% en moyenne de la population. A l’inverse, on trouve beaucoup moins de campeurs de plus de 65 ans (15%) que leur part dans la population qui se situe à 25%.

Parmi les principales motivations d’un séjour en camping, le rapport qualité-prix l’emporte largement à 61%. Ce taux n’était que de 49% en 2020, année de reprise après le covid. Mais ce taux de 61% n’est que de 48% pour les Franciliens. La proximité de la nature à 37% progresse fortement depuis la précédente enquête de 2020 (18%). La convivialité est au même niveau à 37% alors que les équipements de loisirs sont toujours un moteur fort à 35% et plus encore si le foyer a des enfants (48%). Si le « tout compris » (hébergements, activités) n’atteint que 15%, il apparaît à 21% pour les campeurs issus des catégories populaires.

La part des campeurs ayant pratiqué au cours des trois dernières années, soit 34% de l’échantillon et recourant à son propre matériel, diminue tendanciellement. Elle n’est plus que de 30% en mars 2023 pour 55% en avril 2013. A l’inverse la location d’un hébergement sur place a fortement augmenté. Il s’agit là d’une pratique typiquement française, les marchés nord-européens restant majoritairement adeptes de leur propre matériel.

UNE PRATIQUE EUROPEENNE

Le camping est répandu sur l’ensemble de la planète, mais il trouve vraiment son origine en Europe et en Amérique du Nord. Plus simple et dépouillé en Europe du Nord, il est devenu plus club de vacances en France, en Espagne et en Italie. Selon Pincamp.de, émanation de l’ADAC (automobile club allemand) le camping européen est 7% plus cher en moyenne en 2023 qu’un an plus tôt. La Suède et l’Allemagne affichent le tarif moyen journalier le moins cher, à partir de 39 euros alors que l’Espagne se situe à 60,30 euros, l’Italie à 65,80 euros et la Croatie frôle les 70 euros (69,30 euros). La France est en excellente position à 49 euros par jour. Cette place est confortée par la modération de l’augmentation, la plus basse du panel, à 0,9%. Il faut dire que la France est le pays comptant la plus grande offre de campings d’Europe, la concurrence y est plus forte qu’ailleurs. La France est aussi le pays à l’inflation la plus basse.

Cette évaluation repose sur le modèle d’une famille de campeurs comprenant un enfant de dix ans. Cette année, le prix moyen européen sera de 55,70 euros contre 52 euros en 2022 pour une nuitée en haute saison estivale. La prestation retenue comprend l’emplacement, l’électricité, les douches chaudes. Cette place est confortée par la modération de l’augmentation, la plus basse du panel, à 0,9%. Il faut dire que la France est le pays comptant la plus grande offre de campings d’Europe, la concurrence y est plus forte qu’ailleurs. La France est aussi le pays à l’inflation la plus basse.

Cette analyse des prix repose sur la période où les tarifs sont les plus élevés. Les campings retenus disposent d’un classement trois étoiles (évaluation ADAC) et d’au moins 50 emplacements. Plus les campeurs réservent tôt et pour d’autres périodes, plus ils peuvent bénéficier de tarifs attractifs.

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François Perroy est aujourd’hui cofondateur d'Agitateurs de Destinations Numériques et directeur de l’agence Emotio Tourisme, spécialisée en marketing et en éditorial touristiques. Il a créé et animé de 1999 à 2005 l’agence un Air de Vacances.  Précédemment, il a occupé des fonctions de directeur marketing au sein de l’agence Haute Saison (DDB) et de journaliste en presse professionnelle du tourisme à L’Officiel des Terrains de Camping et pour l'Echo Touristique. Il [...]
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