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Etre soi au travail, illusion ou réalité ?

Publié le 25 mai 2022
9 min

Après les enjeux du numérique et environnementaux, nombreux s’accordent à dire que l’un des prochains défis au travail serait de “remettre l’humain au cœur de la stratégie”. C’est notamment ce qui  a été discuté lors du campus de préparation des prochaines rencontres du etourisme en mars dernier. C’est aussi ce que partageait  Brice Duthion sur ce blog en constatant que “le facteur humain devrait constituer le point central de la vision économique des organisations touristiques”

Remettre l’humain au cœur de la stratégie de nos destinations touristiques, serait donc respecter et accueillir l’entièreté de chaque être humain (voyageur, collaborateur,  partenaire et tous ceux et celles qui font vivre les destinations touristiques). 

Mais que signifie être pleinement humain ? Une hypothèse serait de commencer à accepter et à reconnaitre tout ce qui compose notre être (nos ressentis, nos comportements et nos pensées) à la fois ce qu’on aime mais aussi ce qu’on aime moins de nous. La parole serait ensuite ce traducteur, qui nous mettrait en lien avec l’autre. Mais quand celle-ci n’est pas à l’image de qui on est vraiment, comment pouvons-nous créer des relations authentiques et construire demain ? 

Nous passons beaucoup de temps à organiser notre façon de travailler  (procédures, stratégies, plan d’actions, objectifs, performance) mais à quel moment accordons-nous de l’importance à notre façon de dialoguer ensemble ?  C’est comme si nous avions évincé tout un pan de notre organisation en pensant que c’était simple et naturel.

Alors comment libérer cette parole pour que chacun puisse être vrai dans ce qu’il a à dire ?  Comment créer un environnement sain qui permette à chacun de s’ouvrir véritablement à l’autre et imaginer demain ?

Ce sujet mériterait de longues heures de discussions. Je vous partage les aspects que j’ai pu expérimenter dans mon expérience  professionnelle, ce qui n’est donc qu’un point de vue totalement subjectif de ce vaste sujet.

Être soi-MEME au travail, c’est :

Un masque social pour se camoufler

Ne pas être totalement soi même, c’est accepter de porter au travail ce qu’on appelle un masque social. Utiliser ce masque, c’est mettre une énergie folle à  camoufler ses émotions, ses ressentis, ses comportements, parce que  l’on pense qu’ils ne sont pas adaptés à la situation ou à ce qu’on croit qu’on attend de nous. Cette posture est parfois utile pour certaines réunions ou situations (vous avez bien en tête deux trois exemples 🙂 ), ou lorsque par exemple on rend un service aux voyageurs ou aux partenaires qui n’a pas de sens pour nous. Ce masque opère comme une sorte de protection mais il nous coupe de la relation véritable à l’autre. 

Des émotions pour oser ressentir

Etre soi même, c’est s’autoriser à ressentir nos émotions. Les émotions sont physiologiques,  ce sont des décharges hormonales qui sont présentes pour nous informer  qu’il y a un déséquilibre dans ce que nous vivons. Elles sont donc précieuses si tant est que nous soyons en capacité de les ressentir, de les accepter et de prendre un peu de recul pour voir ce qu’elles ont à nous dire. Rien de pire que de percevoir que la personne en face de nous n’est pas entière dans ce qu’elle nous dit, non ? Or c’est ce que nous faisons la plupart du temps aux autres quand nous n’osons pas partager ce que nous ressentons vraiment. C’est  à ce moment là que le mental entre en jeu pour élaborer des hypothèses plus ou moins réelles afin de tenter d’expliquer cet écart. Être soi ce n’est pas tendre vers une meilleure version de soi-même mais c’est laisser de la place à nos ressentis.

Une parole juste pour oser partager

On ne peut pas s’occuper véritablement de l’humain, si nous ne sommes pas pleinement en empathie avec qui nous sommes au fond de nous. Cela ressemblera sinon à une vaste mascarade. Le dialogue pour entrer en relation avec l’autre n’est donc pas une évidence. On constate qu’il a été construit sur des bases qui ne respectent pas qui on est humainement en dénigrant toutes les émotions jugées comme négatives (peur, colère, tristesse). Cela demande donc un peu de courage d’oser prendre le risque de ses émotions et de les partager. Nous pouvons nous sentir vulnérables mais cette vulnérabilité sera ensuite notre meilleure alliée pour ouvrir de nouveaux chemins.

etre soi-meme AU TRAVAIL, pour :

Changer sa relation aux autres  

Regarder en face ses peurs. La peur de ne pas être à la hauteur face à cette nouvelle mission peut me renfermer sur moi-même. Mais on peut accepter qu’elle nous indique qu’on a juste besoin d’aide sur cette mission. Elle peut également réactiver une autre peur bien plus  enfouie qui a besoin d’être vue et rassurée ou elle peut-être complétement irréelle aussi. Ce qu’on y découvre n’est la plupart du temps  jamais aussi terrifiant que la peur elle-même. 

S’autoriser la colère.  La gentillesse est une qualité importante dans le domaine du tourisme mais à certains moments quand on sent la colère monter face à un client trop insistant ou un partenaire non respectueux, nous avons la possibilité de dire non face à cette demande et de poser nos limites pour nous respecter pleinement.

Accepter la tristesse. La remarque déplaisante d’une collègue peut nous rendre triste. L’accepter et regarder ce qui est touché nous permet de nous prendre en main en constatant que cette collègue dépasse les limites et qu’il est temps d’aller le lui dire. Cela peut également venir nous dire que nous avons juste besoin d’un peu de réconfort et d’un bon morceau de chocolat 🙂 !

Laisser exploser joie. Accepter de vivre pleinement sa joie et de la montrer pour embarquer les autres car celle-ci est source de création.

Oser toutes cette palette d’émotions, c’est rééquilibrer sa relation à soi et aux autres

Prendre des décisions éclairées

Les décisions sont parfois compliquées à prendre car il n’est pas facile en tant que décisionnaire d’avoir toutes les informations permettant une vue d’ensemble de la situation. Si chaque collaborateur pouvait se sentir libre d’exprimer son avis sans peur d’être jugé et avec la certitude d’être écouté, cela apporterait une aide précieuse aux managers. Entendre toutes les voix ne signifie pas ne pas trancher ou faire des compromis mous mais c’est s’enrichir de la vision de chacun pour ouvrir de nouvelles perspectives. 

Ne rêvons-nous pas qu’un jour nous puissions véritablement mettre tous les acteurs d’une destination autour de la table (élus, partenaires, OT, habitants, voyageurs) et que chacun puisse à la fois réellement exprimer ce qu’il pense et entendre ce que l’autre a à dire afin que les prises de décisions soient enfin prises à partir de cette qualité d’écoute.

S’ouvrir sur une autre façon de manager

Oser être soi impacte particulièrement le poste de management car ce poste est enfermé dans des croyances de ce qu’il doit être  et enferme les personnes qui les assument. Ouvrir la possibilité d’être soi permettrait d’apporter un peu plus d’humanité dans ces postes et de profondeur dans les actions menées. Cela permettrait à chaque manager de pouvoir imaginer les contours de son poste en fonction de ce qu’il est vraiment et offrirait aux équipes beaucoup de liberté d’être.

creer Des espaces sécurisés pour le faire 

Et concrètement, comment faire pour mettre un peu plus de soi chaque jour au travail ? Il y a plein de façons pour y arriver mais les modes d’organisation offrent aujourd’hui peu d’espace pour le faire pleinement. Alors un premier pas pourrait être de créer des espaces sécurisés pour encourager cette posture.

Si vous souhaitez tester un espace de dialogue pour échanger autrement en équipe, voici ce qu’il vous faut : 

Trouver un sujet inspirant

Vous avez lu un article passionnant, vous avez assisté à une conférence qui vous a particulièrement inspiré ? Alors avant de rédiger vos arguments pour convaincre votre équipe d’aller sur ce sujet, cela pourrait être intéressant de recueillir le ressenti de vos collègues. L’objectif est de créer des espaces où chaque participant pourra partager ses ressentis et écouter ceux des autres. (Ne pas commencer par les sujets qui fâchent permet d’instaurer en douceur des espaces de dialogue différents pour ensuite être prêt à attaquer quand cela sera nécessaire les sujets un peu plus lourds !)

Animer avec un format simple qui va droit au but

Un format court d’1 heure où sont invités ceux qui le souhaitent.  Chaque participant aura lu l’article ou regardé au préalable la conférence à moins que l’auteur puisse être là en vrai. Vous organisez ensuite des petits groupes de dialogue de 4, 5 personnes max où chacun va  partager ce qui l’a touché, ce qu’il n’a pas aimé, ce qu’il a appris, ce que cela lui donne envie de faire ou pas.  Ce qui est important, c’est de pouvoir poser sa vérité sans essayer ni de convaincre l’autre, ni t’attendre son approbation et d’écouter l’autre dans ce qu’il a à partager. Il s’agit d’un format simple qui fait la part belle au véritable dialogue, pas d’usine à gaz, juste du bon sens.

Partager les règles de dialogue

Pour que cela fonctionne, il est important de proposer des règles du jeu. Celles-ci sont issues des méthodes d’intelligence collective et doivent être acceptées de tous :  l’écoute pour remplacer le débat improductif, le silence parfois pour laisser à chacun le temps de réfléchir, la curiosité plutôt que le jugement hâtif, l’utilisation du « Je » pour parler en son nom et arrêter les suppositions. C’est aussi des espaces physiques, où on peut enlever les tables, où la présentation power point n’est pas nécessaire et où prendre l’air et marcher pour éclairer nos pensées sont les bienvenus. Il s’agit de retrouver une façon simple et directe pour entrer en relation avec l’autre !

Adopter une posture différente pour le manager ou le chargé du projet

On ne cherche pas dans ces espaces de dialogue la performance, le nombre d’idées ou le plan d’actions immédiat. On fait le pari qu’ouvrir ce dialogue aura plus d’impact que d’animer une heure de réunion en mode descendant à essayer de convaincre toute l’équipe sur la nécessité d’engager ce sujet. Et surtout on en apprendra bien plus sur ce que chacun pense et les leviers qu’il va falloir activer. C’est une nouvelle façon d’envisager les choses, complémentaire aux autres manières d’agir actuelles mais qui redonne à chacun son pouvoir d’agir.

L’idée, c’est de pouvoir commencer à pratiquer dans des espaces sécurisés afin que cela puisse ensuite infuser dans les autres moments du quotidien au travail.

POUR CONCLURE

C’est finalement faire cet ultime rêve que le travail puisse être le lieu où :

. chacun est accueilli tel qu’il est afin qu’il – elle puisse apporter sa couleur à tous les services rendus.  Que chaque voyageur puisse se souvenir de son séjour dans nos destinations car il aura été touché par une saveur particulière qu’il n’est pas prêt d’oublier. Or ça, ça ne marchera pas tant qu’on restera caché derrière des procédures anesthésiant parfois les particularités de chacun.

. chacun est en mesure de pouvoir exprimer ses propres besoins et faire respecter ses propres limites afin de construire un collectif qui sache s’adapter à toutes les situations de changement

. un véritable dialogue soutenant le groupe est engagé où l’on puisse oser les questions puissantes du moment 

Alors travailler en étant soi, illusion ou réalité ?

Cette transformation est possible si chacun accepte qu’il n’y aura pas de manuel expliquant ce que cela doit être. A chaque manager, à chaque équipe le soin d’écrire ce qu’il souhaite, d’oser vivre chaque jour des moments différents, de s’ajuster en permanence, d’accepter les imperfections tout en respectant chaque personne. Pas de promesse de bonheur, juste celle de revenir chez soi ! C’est finalement un art de se mettre en relation avec les autres qui doit être cousu main par l’ensemble des participants et qui demande un engagement de tous, tous les jours.

 

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J’utilise depuis plusieurs années les méthodes d’intelligence collective au service de différents projets touristiques. Je trouve qu’elles apportent une nouvelle vision de nos métiers, où l’humain est véritablement mis au cœur du projet, l’humain dans le respect de chacun. J'étais, jusqu'en avril 2019, Directrice de l’Office de Tourisme du Pays d’Ancenis -Val de Loire, où j’avais notamment en charge les missions traditionnelles concernant le management d’équipe, les stratégies de communication, [...]
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