Accueil et hospitalité, les limites de l’exercice

Publié le 17 janvier 2024
4 min

Cela fait des années qu’on nous le répète, nous le serine, à grand renfort de sondages, enquêtes, communications dans des Assises, Rencontres, Grenelle du Tourisme et autres événements, en France, on a un super patrimoine, une super gastronomie, mais qu’est-ce qu’on n’est pas accueillant ! Personne pour venir en aide au pauvre touriste qui cherche son chemin (faut dire que les langues étrangères…ce n’est pas notre fort), l’image déplorable du garçon de café parisien, prestataires comme habitants, on reste des râleurs professionnels face à la nouvelle réforme gouvernementale, à la SNCF ou à l’envahisseur venus dépenser ses devises chez nous.

Alors quand une influenceuse américaine, dans un élan de sincérité et de partage, se filme en train de pleurer tellement elle regrette son expérience chez nous pendant le réveillon de l’an, on remet une nouvelle pièce dans le juke box !

Et c’est parti pour 5 millions de vues, plus de 40 mille commentaires allant de A/l’empathie la plus totale pour la pauvrette à B/l’insulte primaire pour cette drama queen qui s’attendait à ce qu’on l’accueille en princesse et en anglais sous prétexte qu’elle a acheté un béret et dit bonjour à tous les gens qu’elle croise ! Je ne prendrai pas parti, mais la vidéo qui précède sur son TikTok quant à sa recherche errante de restaurant le dimanche 31 décembre au soir… Sans être influenceuse foodie, tu te doutes que manger dans un resto un peu sympa pour le réveillon peut nécessiter une réservation préalable.

Mais la vidéo est tellement virale que l’Office de Tourisme a dû y répondre et faire acte de contrition : « Nous sommes désolés qu’Angela Foodie n’ait pas apprécié sa venue, ce type de situation nous attriste toujours. Il serait dommage de s’arrêter à une mauvaise expérience, nous l’invitons à contacter l’Office pour planifier une nouvelle visite. Nous serions ravis de lui faire (re)découvrir, ainsi qu’à tous les visiteurs outre-Atlantique, les trésors de Lyon !« .

Connaissant un peu la politique de l’accueil de l’Office de Tourisme à Lyon, ça fait mal au coeur, d’autant que pour le coup, l’Office Place Bellecour ne ferme que deux jours par an, le 1er mai et le 25 décembre, c’est ballot Angela, tu aurais dû y faire un tour !

Quatre choses à retenir, de mon point de vue de cette malheureuse expérience :

  • Angela, comme beaucoup d’américains, de touristes étrangers, mais aussi français (notamment chez les plus jeunes), n’a semble-t-il pas considéré l’Office de Tourisme comme un moyen de s’informer, voire même de sociabiliser. On peut considérer que c’est son tort, mais aussi s’interroger sur le fait qu’on n’ait pas réussi à la « harponner » lors de son arrivée, depuis l’aéroport ou le train, dans la ville.
  • Les « influenceur-ceuses » ont un véritable pouvoir, et en disposent à leur gré. Le « sadfishing« , tendance sur les réseaux sociaux qu’évoquait le Monde au printemps 2022 semble toujours d’actualité au vu des succès de ces deux vidéos lyonnaises, et pour la destination, il est bien difficile de se défendre, le mal est fait, le message est passé, même vis-à-vis des internautes perplexes eu égard à cette mise en scène.
  • les médias sont toujours prompts à relayer ce type de bad buzz : on a beaucoup plus parlé d’Angela à Lyon que de Keanu Reeves qui s’est régalé en Corrèze à Noël. BFM TV en a même rajouté des tonnes (surprise !?), en allant jusqu’à interviewer une américaine installée à Lyon, en mode random, pour confirmer qu’à Lyon, « il n’y a rien en anglais et que les touristes n’ont aucune ressource pour trouver les bonnes adresses, la ville de Lyon ne s’occupe que des touristes français ». Une petite place pour le démenti de l’Office, et hop, emballé c’est pesé, super ! On a encore du boulot en relations presse…
  • Malgré toutes les démarches initiées sur l’hospitalité, l’accueil, on a une petite marge de manoeuvre collectivement pour être plus accueillants semble-t-il… Pas de « fake smile » à l’américaine chez nous, c’est sûr, mais on doit pouvoir trouver un juste milieu. Le petit essai « Le mythe du laquais« , paru en 2014, reste terriblement d’actualité.

J’ai souvenir de l’initiative de l’Office de Tourisme de Biscarosse qui allait intervenir à l’école primaire pour expliquer aux enfants à quel point le tourisme était important, pour l’économie locale, l’ouverture d’esprit, et qu’il était capital d’être accueillant avec les gens qui débarquaient pendant la saison, même s’ils entendaient parfois leurs parents pester contre ces satanés touristes ! C’est du long terme, mais probablement la meilleure solution si l’on veut être un peu plus accueillants sans renier notre culture de râleurs invétérés !

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Ludovic a démarré sa carrière en Auvergne, à l’Agence Régionale de Développement, puis dans un cabinet conseil sur les stratégies TIC des collectivités locales. Il a rejoint en 2002 l’Ardesi Midi-Pyrénées (Agence du Numérique) et a plus particulièrement en charge le tourisme et la culture. C'est dans ce cadre qu'il lance les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel dont il organisera les six premières éditions à Toulouse. À son compte depuis [...]
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