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Derrière l’opendata, le changement de modèle

Publié le 15 octobre 2013
5 min

Pour témoigner des ateliers des #et9, la rédaction a demandé à plusieurs animateurs d’être rédacteur invité sur le blog. C’est aujourd’hui Alexis Mons qui présente l’atelier A4 sur l’opendata.

 

J’ai eu l’honneur et le plaisir d’animer l’atelier sur l’Opendata des dernières #ET9. L’intérêt des Rencontres sur ce sujet, c’est sa constante inscription comme atelier au programme depuis 4 éditions. Sachant que je les ai moi-même toutes faites, et animées deux fois, c’est dans la durée que je vais vous parler de cela.

 

La singularité de cet épisode tenait dans le fait qu’il rassemblait des acteurs déjà valorisés au 4e Dataconnexions qui a eu lieu juste avant l’été. Dataconnexions est le concours d’application d’Etalab, la mission du gouvernement pour l’opendata. En précisant que Emakina intervient pour Etalab depuis deux ans, vous comprendrez que je n’ignore rien du sujet.

Ce Dataconexions a donné lieu à un focus tourisme et à un prix spécial remis à l’ADT des Alpes de Haute-Provence, avec un jury dans lequel figurait Karine Feige de SITRA et la RN2D, les 3 intervenants de l’atelier 4 de Pau. Surtout ce Dataconnexions a été le lieu d’annonces importantes pour le secteur. Madame le Ministre Sylvia Pinel a annoncé la mise en opendata effective des données Atout France sur data.gouv.fr et invitant le secteur institutionnel à faire de même, objectif annoncé de 50% d’ADTs jouant le jeu à fin 2013.

C’est sous cet angle que j’ai voulu lancer les débats avec la RN2D. Pascal Vinot a fait le boulot en reposant les bases du sujet et en insistant sur l’importance de prendre le train, dans le contexte d’un Etat qui aiguillonne le secteur.

 

Deux jours avant l’atelier, la Gazette des Communes a opportunément sorti un dossier sur le sujet. Intitulé Open data et tourisme : un potentiel qui reste à transformer, il revenait notamment sur le dernier Dataxonnexions, avec un angle d’observation classique de l’opendata, sa capacité à susciter des applications mobiles. C’est un classique car l’opendata a bâti sa légende sur ses concours et hackatons, cette capacité à susciter des vagues applicatives. Sans surprise, l’article montre que ces marées ont peu de lendemains et que ce sont les acteurs installés qui en profitent.

Tout cela est d’une banalité affligeante et ne peut maintenir le secteur que dans l’inertie, au motif de l’inefficacité de l’opendata à susciter de lui-même des services et applications. C’est ignorer que l’on n’a rien sans rien et que ces concours n’avaient de sens que pour évangéliser le marché. On n’en est plus là aujourd’hui. Dataconnexions lui-même, couronne des réalisations installées et appuyées sur un solide business-model. L’opendata n’est pas une recette à fabriquer des applications, c’est un constituant des modèles d’affaires modernes et un enjeu du nouveau modèle que recherche le secteur.

 

Car ce n’est pas comme si cette 9e édition des ETs n’avait pas été marquée par la quête frénétique de la bonne solution de mutation, comme je l’ai dit dans un billet récent. Or, tant l’ADT04 que SITRA, invités dans l’atelier opendata, sont de parfaits exemples de mutation.

Pour l’ADT04, Pierre Dabout a joué le jeu du pragmatisme et des choses simples, positionnant l’opendata comme la réponse à l’ère post-SIT, celle où l’on ne possède pas les données, mais où on les exploite. L’inscrivant comme modèle dans le choix structurant de refonte de l’environnement informatique de l’ADT, il a insisté sur les économies réalisées, la rapidité de réalisation, la practicité au quotidien. J’aurai aimé qu’il évoque un peu plus l’exploitation transfrontalière avec ses collègues italiens, mais le temps nous a manqué.

Karine FEIGE a une nouvelle fois présenté SITRA. Nous avions déjà joué ensemble deux ans auparavant sur le même thème. SITRA a bien grandi, s’est affirmé et Karine a couronné tout cela en présentant cet ancien CRT devenu « entreprise de service », terme qu’elle reprendra le lendemain sur la scène des 15′.

 

Il y a quatre ans, l’ouverture des données était un sujet des plus casse-gueule, de la pure innovation dans un contexte où les SITs régnaient en maître avec leur modèle propriétaire et centralisé. Pourtant, l’opendata gouvernemental montait grandement en puissance, via l’exemple américain et surtout britannique.  Il ne faisait aucun doute dans mon esprit de l’irrésistibilité de la vague, pour un motif culturel, et c’est entre autres pour cette raison que j’ai délivré ce fameux 15′ chrono sur les valeurs qui se diffusent dans le code de l’internet et qui changent les gens l’année d’après.
Aujourd’hui, l’opendata est une sorte d’évidence et l’Etat, au motif qu’il l’a fait pour lui-même et inscrit comme un pilier de gouvernance numérique, montre du doigt la montagne. L’opendata n’est plus un choix, pas tout à fait une obligation, mais une directive claire.
Dans tout cela, le professionnel institutionnel du tourisme reste circonspect. Il y a quatre ans, les réactions dans le public étaient fraîches. Il s’agissait d’évacuer l’intrus au motif que les données des SITs n’étaient pas de la donnée publique en puissance. Quatre ans plus tard, on tergiverse sur le retour sur investissement et sur de vastes considérations technologiques parfaitement secondaires. 
Mais dans le fond, le public se divise en deux. Il y a ceux qui ont adopté leur siècle et un mode de pensé renouvelé au numérique et les autres. Les premiers n’ont pas à être convaincu, car l’ouverture des données et un fondamental. Les autres ne pensent pas comme cela et cherchent en l’opendata un outil technique qu’il n’est pas. 
 
Alors j’insiste encore et encore sur le « modèle », le « mode de pensée », la valeur de transparence dans la culture digitale actuelle, ou les bénéfices de stratégies ouvertes, connectées aux acteurs de la chaîne de valeur, etc. Cela fait sourire les convertis, qui n’y voient là qu’évidences. Cela rend les autres nostalgiques d’un monde qui disparaît chez les autres. Il y a quatre ans, ils étaient hostiles. Ils sont aujourd’hui résignés à n’avoir pas compris que l’opendata n’est pas un outil, mais un symbole de leur nécessaire et impérieuse mutation. 
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Alexis Mons est co-fondateur et Directeur Général Délégué de Emakina.fr, agence de marketing à l'ADN digital. Activiste et entrepreneur de la société de l'information depuis 1995, il est passionné par les usages et comment internet change l'économie, la société, les gens. Il a consacré un ouvrage à ce sujet : "Marketing et Communication à l'épreuve des foules intelligentes", paru chez FYP Editions en novembre 2012. Stratégiste, il conseille les organisations [...]
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