Je ne vais pas chercher à vous convaincre des enjeux autour du vélo (mobilité douce en général) dans l’évolution de notre industrie… d’autres ici sont bien mieux placés et plus légitimes que moi sur ce sujet 😉 Mais si la perception de cet enjeu semble être avérée et généralisée, j’ai du mal à observer des initiatives concrètes dans le domaine, pour réellement favoriser et faciliter l’usage du vélo dans les pratiques touristiques. Alors je voulais profiter d’un des derniers billets avant la trêve estivale pour vous parler d’une expérimentation qui devrait, je l’espère, inspirer bon nombre de destinations dans les mois à venir… Suivez-moi (idéalement en vélo), on file dans le Pays Basque, à Anglet, à la rencontre de Weelskeep !

Tourisme et vélo, comme un serpent de mer…

La mobilité douce, dans le “tourisme institutionnel”, on en parle beaucoup… C’est tendance écolo-durable, ça correspond aux nouvelles aspirations et pratiques, ça ouvre des perspectives sur de nouvelles cibles, on y voit un moyen de désengorger certains flux… bref, on sent bien qu’il faut y aller !

Sauf que dans la pratique, on a du mal à aller au-delà de la suggestion de parcours et itinéraires à nos visiteurs. Parfois on loue quelques vélos à l’Office, on fait de l’accueil cyclo-touristes, on édite une carte… c’est déjà très bien, mais si on regarde concrètement les flux, on se rend vite compte que l’écrasante majorité des usagers “touristiques” du vélo n’ont pas recours à ces services.

Je vous propose de nous concentrer sur 3 “pseudo-personas”, usagers caricaturaux du vélo en situation de tourisme :

  • La famille Durand : Elle vient de Tours pour 2 semaines en camping dans une station balnéaire de la côte Atlantique. Son objectif : ne pas utiliser la voiture pendant les vacances, tout faire en vélo (vélos qu’ils ont prévu de louer au camping), de la plage au marché en passant par quelques balades dans les forêts et l’arrière pays. 
  • Paul, Estelle, Thibault, Camille et Mathieu, la tribu itinérante : Etudiants à Lyon, ils se font le ViaRhôna en juin, avec un budget limité. Leur objectif : profiter des spots d’étapes et consacrer le plus possible leur budget à quelques kiffes au fil de l’eau (bars, restaurants, visites et loisirs…).
  • Bernard et Marie, couple retraité : camping-caristes, amateurs de longues balades à vélos électriques dans lesquels ils ont investi et qu’ils amènent partout avec eux, viennent visiter le Pays Basque à l’arrière saison. Leur objectif : visiter l’arrière pays en choisissant quelques camps de base et en rayonnant à vélo vers les sites de visites moins saturés que l’été.

Bon, ok, c’est cliché, et si on voulait faire un travail spécifique sur une destination, il faudrait naturellement aller bien au-delà. Mais ça permet déjà de flécher une grosse partie des clientèles concernées et d’assoir le propos de ce billet 😉

Sur ces 3 pseudo-personas, un office “classique” apporte déjà un certain nombre de réponses concrètes et opérationnelles, ainsi que nombre d’arguments pour inciter à préférer SA destination :

  • d’innombrables pistes cyclables en sites propres,
  • des solutions variées de location de vélos en tous genres,
  • des hébergements adaptés,
  • un réseau de sites accessibles en VAE,
  • un label “accueil vélo”,
  • bien d’autres services originaux,
  • et parfois même des arceaux pour poser son vélo à proximité de la plage ou des sites de visite…

Mais malgré tous ces efforts déployés, reste un maillon faible dans cette chaîne plus complexe qu’il n’y parait : la crainte du vol et du vandalisme, réputée comme LA raison de renoncement aux déplacements en vélo pour 60% de la population concernée ! On a donc d’un coté des destinations qui auraient un énorme intérêt à réellement développer la mobilité douce et de l’autre diverses clientèles concernées mais qui, pour partie, renoncent par absence de réponse à un besoin essentiel !

Parking à vélos sauvage

Un parking à vélo surveillé ? Quelle drôle d’idée !

Car même si les Durand louent leurs vélos, les CGV des loueurs prévoient souvent une responsabilité du client en cas de vol et dans tous les cas un franchise / caution qui en décourage plus d’un (enfin ceux qui les ont lues…). Et si les jeunes itinérants peuvent laisser leurs vélos à l’hébergement labellisé “Accueil vélo”, ça se complique dès qu’ils veulent aller faire une visite de ville à 4km du gite ou s’ils veulent juste, au beau milieu d’une étape, profiter d’une terrasse à l’écart de l’itinéraire : ils restent pieds et poings liés avec leurs équipements… S’ils étaient sur la Vélodyssée, ils n’envisageraient même pas d’aller se baigner en laissant les remorques sur le parking de plage…

Et bien c’est justement sur cette problématique que je voulais vous faire découvrir Wheelskeep, au travers d’une expérimentation menée cet été à Anglet ! Wheelskeep, c’est une jeune startup fondée par Mathieu Labey, qui propose à ses clients entreprises et collectivités un concept “clés en mains” de parkings vélos sécurisés et surveillés. Récemment, Wheelskeep assurait avec succès le stationnement vélo au stade Matmut Atlantique de Bordeaux pour les demi-finales du top 14 (plus de 1000 places proposées). Après 2 ans de tests variés, Mathieu semble avoir trouvé la bonne formule et s’ouvre désormais au champs du tourisme. 

Pour nous présenter son projet et le dispositif mis en place à Anglet cet été, je vous propose de rejoindre Mathieu sur place, les pieds dans le sable, pour une rapide interview au plus près du terrain :

Interview de Mathieu Labey, CEO de Wheelskeep

Coté usagers, il semblerait que la satisfaction soit totale et que le service proposé réponde réellement à un vrai besoin latent, si on en croit les quelques témoignages fournis par Mathieu (j’attire votre attention notamment sur le second témoignage de jeunes suivant la Vélodyssée) :

Témoignages d’usagers de Wheelskeep

On se projette un peu ?

Personnellement, j’ai une grosse envie de croire au potentiel de ce type de services dans le tourisme, des services basiques et essentiels qui répondent à des vrais besoins primaires ! Et je suis convaincu que les OGD sauront trouver de nouveaux modèles à expérimenter autour de cette belle et (relativement) simple idée.

Justement, quelques idées simples, en vrac, que je pose là :

  • il y a bien entendu toutes les stations balnéaires qui peuvent s’inspirer d’Anglet (même si c’est logiquement à la ville de piloter le projet, rien n’empêche l’OT d’être l’initiateur et apporter les idées de développements) et développer un réseau saisonnier de parkings surveillés permettant de circuler sereinement entre la ville, la plage, le port…
  • les moyennes et grandes villes pourraient favoriser les mobilités douces autour des microaventures métropolitaines et des grands évènements (à l’image de ce qui a été fait à Bordeaux pour le top14)
  • les destinations « plein air » pourraient organiser la répartition des flux (par exemple envoyer dans l’arrière pays des vacanciers de la côte avec des packs location/stationnement/recharge de VAE + visites de sites + dégustations (et pourquoi pas possibilité de se faire livrer à l’OT les produits dégustés…)
  • on pourrait même probablement réfléchir bien plus en amont avec un service associé au train : je viens en train, je récupère un vélo en parfait état au parking surveillé de la gare, j’en profite tout le week-end avec des parkings surveillés dans divers points de la destination, et je le laisse dans une autre gare à la fin de ma microaventure itinérante…
  • à une plus grande échelle, pourquoi ne pas envisager un service global, à l’échelle d’un grand itinéraire tel que la Vélodysée ?

Bref, les possibilités sont infinies et d’autant plus pertinentes si elles ne sont pas exclusivement touristiques mais apportent également des réponses à la population locale. C’est le cas à Anglet, et je connais bien d’autres stations balnéaires qui pourraient être concernées. Ou encore des grandes villes qui disposent d’un lac de proximité, desservi par une piste cyclable, mais où on ne sait jamais si on va pouvoir rentrer avec le vélo qui nous y a amené…

Et le numérique dans tout ça ?

Bah… y’en a pas ! Et par cette chaleur, ça fait du bien 🙂 Bon, comme bien des services innovants, y’a bien le pti bout d’app mobile qui va bien pour faciliter les choses, mais même un simple sms envoyé depuis un Nokia 3310 suffit à profiter du service ! qu’on ne s’y trompe pas, l’innovation est bien uniquement sur le développement d’usages autour du service proposé ! Service qui devrait d’ailleurs progressivement s’étendre au-delà de la simple surveillance de vélos… Stay tuned ! 

Et vous ? Ça vous inspire ? Si vous avez des idées dans le domaine, n’hésitez pas à les partager en commentaires, je me ferai un plaisir de vous mettre en relation et me porte même candidat pour réfléchir avec vous à d’éventuels projets si je peux être utile 😉

En attendant de le retrouver à Pau mi-octobre, vous pouvez suivre les aventures de Mathieu sur Twitter @Wheels_Keep et Insta wheels_keep.

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De formation marketing, Cédric Chabry a commencé son parcours digital il y a 20 ans en pilotant un projet eTourisme primé, pour le compte d’une collectivité territoriale. En 2000, il participe à la création de l’Agence Interactive à Lyon. En tant que Directeur Conseil et grâce à son expertise transversale du marketing digital, il accompagne ses clients dans la définition et la mise en œuvre de leurs stratégies. Expert en eTourisme, il s’attache tout particulièrement au développement de la visibilité des destinations et au pilotage de la performance globale de leurs dispositifs digitaux. Parmi les clients de l’agence qu’il a accompagnés : les OT de Lyon, Bordeaux et Montpellier ainsi que des destinations phares comme Savoie Mont-Blanc, le Nord-Pas de Calais, la Normandie, la Franche-Comté, l’Hérault, le Cantal, les Hautes-Pyrénées, Le Jura… En 2016, Cédric Chabry fonde ThinkMyWeb, agence conseil en stratégie digitale, et se positionne comme coach digital des dirigeants de DMO.