On l’a bien compris il n’y aura pas de D-Day, jour du déconfinement. Il n’y aura pas de capitulation subite du virus qui donnerait lieu à de grandes scènes de liesse collective et à la reprise de la vie d’avant. Il n’y aura pas les fêtes de la libération.

Ce virus et cette crise sanitaire, il va falloir apprendre à vivre avec pendant des semaines, des mois et peut-être même plus.

Qu’en est-il pour nos secteurs du tourisme et de la culture ? Ce 16 avril 2020, il est évidemment trop tôt pour le dire.

Mais on peut affirmer que la crise sera sans précédent. On entend beaucoup parler de plans de relance, de soutien, de campagne de communication, etc.  Mais il me semble qu’on ne pas en compte ni la singularité de cette crise qui a conduit à un confinement quasi-planétaire ni à ses répercussions sur la demande touristique et culturelle.

Le 11 mai, Tourisme et Culture encore confinés

Le déconfinement sera donc progressif à partir, si tout va bien, du 11 mai. La priorité des « ré-ouvertures » envisagées nous livre quelques enseignements sur notre société et ses hiérarchies.

D’abord une confirmation : les bars, restaurants, hôtels, campings, musées, cinéma, centre culturels, lieu de rassemblement, etc. seront les derniers à rouvrir. Après les entreprises, les écoles, les centres commerciaux, etc.

Première confirmation pour ceux, qui d’un côté comme de l’autre, en doutaient encore : tourisme et culture ont bien un destin commun. Ils ne sont pas « liés » ils sont indissociables. Je rappelle (étude Ministère de la Culture) qu’une visite de musée sur deux se fait sur un temps de vacances.

Généralement le tourisme est considéré comme une seule activité économique, la culture comme une activité non marchande. On nie à la culture son importance économique, on nie au tourisme son rôle social et culturel.

Ikea ré-ouvrira-t-il avant le Centre Pompidou ?

Il n’est pas interdit, loin de là, de le penser à l’annonce des premières indications pour le déconfinement progressif. Les magasins rouvriront avant les musées, avant les campings et les cinémas.

Ce tempo est porteur d’une hiérarchie implicite. Ce que cette stratégie du déconfinement nous apprend ne relève pas seulement de la politique sanitaire mais bien d’une échelle des valeurs.

Ce qui n’est pas dit, tout juste murmuré, c’est que la priorité d’après le confinement sera la remise au travail. Le mot d’ordre est la relance de la machine économique devant laquelle le tourisme et la culture apparaissent secondaire voir obscènes dans cette reconstruction nécessaire puisque relevant du superflu et de l’oisiveté. Honte à ceux qui rêvent de vacances estivales et de joyeux festivals…

Le débat sur les vacances  est en effet abordé du seul point de vue de la production : le Medef a tenté de réclamer l’augmentation du temps de travail et la réduction des congés payés qui, de fait, aura lieu puisque nombreux sont salariés qui ont été contraints bien au-delà des 6 jours légaux de prendre des congés pendant le confinement. Le représentant de l’association des DRH, sur France Inter, a rappelé que sans vacances « le corps social serait en septembre épuisé ». Reprenant ainsi une vision toute marxiste des vacances comme le temps de reconstitution de sa force de travail.

Reformuler lien entre Vacances et Tourisme

Il est peut-être temps de rappeler que le tourisme en tant que secteur économique c’est d’abord les vacances de ceux qui travaillent. Le moment est peut-être opportun de rappeler que le tourisme n’est pas qu’une activité économique (pourtant largement sous-estimée) mais que les congés payés sont une conquête récente (moins de deux générations) des travailleurs.

Rappeler que les vacances sont un temps de déconnexion (certes remis en cause par le portable) avec les activités de production. Un temps de loisirs, de culture, de bien-être, de reconstruction et un temps d’intégration sociale. Un temps de retrouvailles, de découvertes, de rencontres et d’épanouissement.

C’est un temps de sens profond. On entend souvent ce mot parmi entre employés de bureaux ou travailleurs :  « les vacances, c’est pour cela qu’on travaille dur toute l’année ».

Mais les vacances, et on a l’a largement oublié ces 20 dernières années, sont aussi un temps d’exclusion sociale : 40 à 50% des français ne partent pas en vacances. Et ne pas partir en vacances c’est être exclu d’une grande transhumance physique et mentale. C’est être exclu de la récompense que la société s’accorde.

La double peine

On sait que le confinement n’est pas vécu de la même façon selon les quartiers, qu’il jette une lumière crue sur les inégalités les plus brutales de notre société, à commencer par celle du logement. Ceux pour qui le confinement est le plus difficile, les classes populaires et moyennes qui vivent en HLM, dans les périphéries des grandes villes. Le confinement à Vaux en Velin n’est pas le confinement de  Versailles. On devine la double peine à venir : être confinés en HLM, continuer à travailler parce qu’on est caissière, éboueur, aide-soignant, livreur, chauffeur, etc. et ne pas avoir les marges économiques pour partir en vacances et permettre à sa famille de partir tandis qu’à l’autre bout de la chaîne sociale, on télétravaille depuis sa résidence secondaire.

Et si c’était justement le moment de reparler du droit aux vacances, aux vacances pour tous et ses dispositifs de tourisme social et associatif, du tourisme solidaire.

 Plus largement cette question de l’accès aux vacances, qui sera dans les mois à venir  brûlante, n’en doutons pas, il faut bien reconnaître que les questions de soutien et de relance des secteurs du tourisme et de la culture n’envisagent que le point de vue de l’offre, jamais celui de la demande.

Pire encore, l’Etat est myope le plus souvent quand il considère l’offre touristique : tout y est mélangé et les représentants de « l’out-going » (ceux qui font voyager les français à l’étranger) constitue des lobbys bien plus puissants que les destinations françaises. Dit autrement, l’Etat pense le tourisme en grande partie sous l’influence des voyagistes, des transporteurs aériens, des Tours opérateurs et Agences de Voyage.

Penser territoire, Penser demande : inventer un plan-vacances !

Pourtant, penser une éventuelle relance ne peut se priver de considérer l’offre et là ce n’est pas les riches retraités de l’out-going qu’il faut écouter mais bien les destinations. Qui se souvient de cette belle notion de destination qui allie territoire, acteurs privés et publics, touristiques et culturels.

Et si la relance économique cet été passait d’abord par un plan-vacances pour les travailleurs et employés en première ligne ce printemps face à la pandémie. Un plan d’actions élaboré par les destinations françaises en liens avec nos grandes entreprises, Accor, Sncf, Pierre & Vacances, etc et qui dépasse la simple campagne de communication « partir en France ».

Et pour dépasser la simple campagne de communication, il faut considérer la demande, toute la demande. Penser une relance doit aussi poser la question de la demande : de quoi vont-avoir besoin les français cet été et après cette période ? comment la nation peut-être permettre à ceux qui ont n’ont pas compté leurs heures dans les hôpitaux, les EPHAD, les supermarchés,  les fonctionnaires mobilisés,  ceux pour qui le confinement a été le plus dur, aux plus jeunes de partir en vacances ? Se souvient-on du chèque Vacances ? Peut-on en faire un outil de relance du secteur ? et l’étendre aux non-salariés ? et au secteur public largement sur le pont en ces temps de crise ?  

Il n’y a pas de réponse toute faite mais je crois profondément que nous devons construire une stratégie de l’offre, celle des territoires et destinations mais également une stratégie de la demande qui rappelle que tourisme et culture ne sont pas qu’un secteur économique, ne sont pas que des activités superflues mais bien des fondements d’une civilisation humaniste.

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Nicolas BARRET est aujourd'hui fondateur & CEO de UNIGO. Expert du marketing de destination, du e-marketing, Il propose aux entreprises du Tourisme, de la Culture et du Digital un accompagnement personnalisé, agile et engagé pour la création de valeur. Il publie, notamment, la revue de presse Tourisme & Digital, synthèse hebdomadaire et gratuite de l'actualité de la transformation numérique. Auparavant, il a été Directeur Destinations France de du Groupe Voyages-sncf.com où il a conduit le développement du marketing de destination. Il a, pour le leader européen du e-travel, élaboré de nombreux partenariats avec les acteurs du Tourisme français et mis en oeuvre d'importantes campagnes de promotion on-line.De 2002 à 2012, il était DGA du CRT Paris-IDF en charge du marketing, des études, de la promotion et des partenariats. Il a, en outre, mené une stratégie innovante de collaboration avec les OLTA, hébergeurs et transporteurs pour promouvoir et distribuer la destination Paris et sa région dans le monde entier. Entre 1995 et 2002 Nicolas BARRET a successivement été Consultant pour Price Waterhouse Management, Chef de projet Billetterie au Comité d’Organisation de la Coupe du Monde de Football FRANCE 98 et Conseiller Technique auprès de la Ministre du Tourisme.