Voilà, ça va faire un mois dans quelques jours. Le Président de la République vient de doubler la mise. Il remet 4 semaines de confinement sur la table. Dans quel état serons-nous au moment de refaire des apéros en terrasse ou de retourner bivouaquer dans les montagnes ? Economiquement, financièrement, psychologiquement, écologiquement ? Pour nous, professionnels, quid d’une relance du tourisme?

Dans ma tête, c’est déjà un sacré bordel au bout de 4 semaines… alors préparez-vous à l’article du mois de mai ! Bon, je vais essayer de vous délivrer ces pensées en lien avec le tourisme et mes réflexions habituelles qui évoluent bien entendu avec l’actualité du COVID_19.

 

Pour une relance du tourisme ?

C’est le mot qui est dans toutes les bouches. Les experts tentent d’analyser chaque signal faible pour détecter les effets possibles de la relance. Quand ? Comment ? On commence à voir apparaître dans certaines études les potentiels critères de consommation des voyageurs suite au déconfinement. A priori, rien de révolutionnaire côté consommateur. Plutôt un business as usual avec un peu de solidarité pour notre pays et une bonne envie de se revoir et de se faire plaisir.

Après le confinement en Chine, les gens se sont ruées dans le Massif du Huangshan…

Or, la définition de relancer, c’est remettre en marche, redémarrer. Mais au fond, je me demande bien si nous voulons remettre en marche, comme avant. Comme dans la dernière crise économique, on remet de l’argent dans le moteur et on repart ! Mais cette fois, n’est-ce pas différent ? N’est-ce pas plus systémique ? Ne doit-on pas apprendre de nos erreurs et justement ne pas repartir comme avant ?

Malgré la bonne volonté et les énergies positives que l’on entend ça et là, en est-on capable ? Le système permettra-t-il de faire autrement ?

La région PACA vient par exemple de voter 2.6 millions d’euros pour financer un plan de relance du tourisme dont plus de la moitié pour faire de la promotion vers le marché intérieur (B2B et B2C). Malgré le fait que je comprenne l’importance en priorité de sauver les entreprises du secteur avec un plan d’urgence (ce qui est prévu en partie par la région PACA).

Or, de manière générale, les sommes allouées à la promotion (internationale voire nationale) ne pourraient-elle pas être allouées de manière différente pour une fois. Au lieu de remettre de l’argent dans la machine comme avant, ne pourrait-on pas soutenir les entreprises à s’adapter, permettre aux citoyens en difficulté à partir en vacances : les aider dans le départ, dans la mobilité (TER gratuits?), dans la garde d’enfants, dans les séjours des jeunes, etc. 

 

Un plan de transformation citoyenne plutôt qu’un plan de relance

Dans cette vision-là, de nombreuses voix s’élèvent déjà (dont la mienne) pour critiquer cette vision classique d’une relance économique. On est nombreux à penser que la transition de notre société (et de notre tourisme) ne se fera pas en faisant comme avant. Parmi les choses que j’ai pu lire, cet appel à monter un plan de transformation citoyenne plutôt qu’un plan de relance sonne plutôt juste.

Je reprends ici les mots : « L’Histoire nous rappelle sans cesse que les périodes de crise profonde sont propices à un travail collectif, réflexif et prospectif sur l’évolution de nos modèles de société. C’est pourquoi, nous appelons le gouvernement à gérer l’urgence (puis la sortie de crise) avec plus de transparence, de collaboration, de participation, c’est à dire, plus de démocratie. C’est en effet la seule voie à même de rassembler l’ensemble des Français dans la construction du “monde d’après”, comme le souligne la Convention Citoyenne pour le Climat dans sa dernière déclaration : “Cette crise nous concerne tous et ne sera résolue que grâce à un effort commun, impliquant les citoyens dans la préparation et la prise de décision.”

Et le tourisme devrait suivre cette voie ! Pourquoi la stratégie du tourisme devrait se construire au niveau national alors même qu’elle se traduit par une diversité d’acteurs et de territoires, dont une partie en pleine transition ?

Je vous invite à participer largement à la plateforme en ligne pour faire émerger la question du tourisme dans le monde d’après… 

 

Travailler plus pour rattraper le retard ?

Dans le même état d’esprit, j’ai pu lire ces derniers jours les appels du président du MEDEF, repris largement par la Secrétaire d’Etat à l’Economie, Agnès Pannier-Runacher. “Il faudra bien se poser tôt ou tard la question du temps de travail, des jours fériés et des congés payés pour accompagner la reprise économique et faciliter, en travaillant un peu plus, la création de croissance supplémentaire”, explique Geoffroy Roux de Bézieux, président du MEDEF.

Alors, êtes-vous tous prêts à mettre les bouchées doubles pour rattraper le retour de l’économie française et permettre au pays de rembourser les dettes accumulées pendant la crise du COVID ? Prêts à sacrifier RTT, 35 heures et congés payés ? Non ?! Etonnant.

Pour autant, avec cette crise, j’avais bien le sentiment que les Français étaient prêts à faire des efforts, à se montrer solidaire. Oui ! Mais pas pour ce genre de projet apparemment…

Je reprends largement la réaction de Aurélien Barrau, célèbre astrophysicien, sur Facebook.

Oui ! Les gens sont prêts à se battre pour un projet qui fait sens pour eux. Ici à Grenoble, on a entendu un appel pour réaliser des masques à la maison. De très nombreuses personnes se sont motivées pour faire, pour agir, pour prendre le temps de ce qu’il trouvait comme une action de sens ! C’est ainsi que nous devons donner envie aux gens de se battre pour un projet qui fait sens et société. Et les résultats de l’étude portée par le CRT Auvergne Rhône-Alpes sur la perception du tourisme par les habitants ne me contrediront pas. Les gens sont prêts à donner du temps pour échanger, partager et pour participer à un beau projet commun.

 

Individualisme et racisme vs coopération et entraide

Mais tout n’est pas rose dans ce bas monde. La crise fait naître ou resurgir le pire. Délation, racisme et individualisme sont de sortie. Vous avez tous vu ces articles autour du racisme anti-chinois, puis du racisme anti-africain en Chine mais aussi des vols de masque et autre. Tout ça, c’est le pire. C’est la mauvaise réponse à ce défi collectif que nous traversons.

Mais, il y a aussi de magnifiques réponses positives de coopération et d’entraide. Les offices de tourisme se font d’ailleurs les magnifiques porte-paroles de ces initiatives citoyennes pour soutenir les plus démunis, les entreprises en galère, l’ensemble des métiers en première ligne dans cette crise.

« Il y a un lien organique entre effondrement et entraide. C’est ainsi : à chaque fois qu’il y a pénurie ou crise, les liens de coopération entre espèces se renforcent. La compétition est un sport de luxe, très dispendieuse en énergie, qu’on ne peut se permettre qu’en période d’abondance, et lorsque les risques sont minimes. Si les ressources viennent à manquer, tous les agents en présence sont spontanément poussés à coopérer, car il y va de leur survie à tous. » Voilà ce que nous disent Gauthier Chapelle et Pablo Servigne dans leur livre L’Entraide, l’autre loi de la jungle.

Et dans ce cadre-là, on aura bien besoin du tourisme et du voyage bien sûr ! Pour se voir, pour se comprendre, pour confronter nos visions du monde et apprendre la suite.

 

Et l’environnement dans tout ça ?

Bien entendu, je ne pouvais pas faire un billet sans parler de la protection de l’environnement et du tourisme durable. Cette pandémie n’est pas due au hasard. Elle est bien sûr liée à l’impact de l’Homme sur le vivant. On fait n’importe quoi. On détruit toujours plus. Pourquoi s’étonner de ce qui arrive ?

« Le SARS-CoV-2, le SARS-CoV ou encore H1N1, tous ces virus ont causé des épidémies d’ampleur mondiale et proviennent d’animaux sauvages ou d’élevages. » De nombreux chercheurs pointent du doigt les interactions humains-nature qui peuvent menacer largement l’humanité. On parle de zoonose, ces maladies infectieuses des animaux transmissibles à l’être humain.

Ainsi, que ce soit dans nos vies ou à travers nos actions professionnelles, nous devons placer la protection du vivant au plus haut niveau. Et il ne s’agit pas simplement de se cacher derrière le fait d’avoir des parcs naturels régionaux et des parcs nationaux sur le territoire. Il s’agit d’intégrer au plus haut niveau cette objectif de préservation de l’environnement, du climat et de la biodiversité. Et nous sommes encore loin d’être parfait dans notre secteur du tourisme donc continuons à préserver le vivant !

 

Tracking, utopie et liberté

Enfin, je finirais ce long billet en parlant de liberté. C’est l’un des points qui sera peut-être sacrifié sur l’autel de la relance économique et de l’urgence sanitaire. Vous avez tous entendu parler du projet d’application, STOP COVID, pour tracker suivre les personnes qui pourraient être touchées par le COVID19. Voilà le pitch : « développer une application qui pourrait limiter la diffusion du virus en identifiant des chaînes de transmission. L’idée serait de prévenir les personnes qui ont été en contact avec un malade testé positif, afin qu’elles se fassent tester elles-mêmes, et si besoin qu’elles soient prises en charge très tôt, ou bien qu’elles se confinent ».

Séduisant sur le papier mais voilà de nombreuses personnes se lèvent pour dire « Attention objet liberticide ! ». Et oui, outre les notions de Stratégie du Choc (avec la crise, on va nous imposer des choses plus facilement et limiter nos droits…), il est clair que le fait que chaque citoyen qui devient tracké dans tous ces mouvements nous fait largement penser à la Chine ou la Corée.

exemple d’application de tracking en Corée du Sud.

Je vous en avais déjà parlé mais ce n’est pas le projet de société dont les Français rêvent en majorité. En 2019, les Français préféraient très largement une utopie écologique (55%) contre une utopie sécuritaire (29%) ou techno-libérale (16%).

Dans notre secteur du tourisme, la notion de liberté a bien sûr beaucoup de sens (et mériterait même un papier dédié). Dans l’avenir, aura-t-on encore le droit et la capacité à se déplacer sans heurt et sans suivi ? Pourra-t-on encore se perdre ? Ou serons-nous dans l’obligation de subir push marketing et tracking de l’Etat…

A un moment donné, ce sera bien à nous tous de construire cette société et ce tourisme de demain et il ne faudra pas attendre trop longtemps pour le faire. Je vous invite à suivre la Fabrique des transitions territoriales et le cluster de la transition des territoires des montagnes

Bon confinement, 

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Hey! Moi, c'est Guillaume Cromer, je pilote ID-Tourism, cabinet d'ingénierie sur le marketing du tourisme. Historiquement, je suis bien impliqué sur les questions de tourisme durable mais depuis quelques temps, je m'intéresse beaucoup à la question de la prospective du tourisme pour bien comprendre comment vont évoluer les attentes des voyageurs et de quelle manière il va falloir adapter les organisations publiques et privées du tourisme. Hyper curieux et de culture open-source, je passe ma vie à partager mes réflexions, mes idées, mes volontés pour faire évoluer ce secteur génial qu'est le tourisme!