A priori, on a du mal à imaginer un lien entre Réalité Virtuelle, cercle vertueux de l’expérience vécue et tourisme et tourisme durable, responsable, voire solidaire ! C’est pourtant l’objet de ce billet que de partager une réflexion (inaboutie), pour tenter de faire résonner ces 3 concepts clés, tellement tendances dans notre petit écosystème eTouristique. Et si, finalement, la Réalité Virtuelle pouvait être un moyen d’enrichir la qualité de l’expérience vécue, tout en impliquant les habitants et en favorisant la diffusion des flux touristiques… ?!

Réalités virtuelle, augmentée et mixte : des exemples vraiment pertinents !

La semaine dernière, j’étais invité à La Rochelle pour introduire une série de retours d’expériences, en marge de la seconde édition de Pixii (Parcours Interactif d’eXpériences Immersives et Innovantes). L’occasion de rencontrer des acteurs du domaine mais surtout de me (re)questionner sur la place et l’intérêt de ces technologies, en particulier dans une perspective de tourisme durable mais pourtant bien réel. Je ne suis clairement pas un expert des technos VR, mais l’idée qu’on puisse, parfois, en faire quelque chose qui ait du sens et de la valeur a tendance a me titiller… Je ne vais pas vous faire un panorama des solutions et tendances de réalité virtuelle, Nicolas Barret l’ayant déjà parfaitement fait il y a quelques mois. En complément malgré tout, une petite mise à niveau sur le sujet (© Pixii) :

Sur ce sujet, je vais donc me contenter de relayer 2 retours d’expériences qui m’ont paru intéressants sur Pixii.

Montreal en Histoires

Cette initiative vise à permettre aux Montréalais, aux visiteurs et aux touristes de découvrir, d’explorer et de célébrer l’histoire de la métropole. 2 points ont particulièrement retenu mon attention :

  • l’oeuvre “Cité Mémoire”, plus grand parcours de projection extérieur au monde (je vous laisse découvrir le teaser) avec ses “25 tableaux qui se déploient en image, en parole et en musique à même les murs, les ruelles, le sol, et les arbres” de la ville  
  • l’application mobile qui permet de vivre l’expérience optimale de Cité Mémoire, en enrichissant le dispositif réel au travers de contenus en réalité augmentée et virtuelle

Au-delà de ces dispositifs en tant que tels et des technologies sous-jacentes (qui ne doivent rester que des outils), ce qui est marquant, c’est l’intégration globale, la complémentarité entre l’oeuvre réelle (enfin virtuelle, mais projetée en réel, vous me suivez ?…) et l’app mobile qui l’enrichie, la signalétique physique qui balise les parcours et points d’intérêt tout en faisant la promotion du dispositif, et le WiFi gratuit de la ville “MTLWiFi” qui rend le tout accessible et fluide…

(© Montreal en Histoires)

(© Montreal en Histoires)

(© Montreal en Histoires)

Un modèle d’expérience client qui porte ses fruits, chiffres à l’appui : 200 000 téléchargements de l’app (à comparer aux stats des apps de destinations qu’on est en train d’enterrer…) et plus de 2 millions de visiteurs physiques ! Un succès qui pourrait faire des petits, avec des projets internationaux prévus à Paris, Chicago et Shangaï. On est loin du dispositif gadget réservé aux geeks et autres fans de PokemonGo…

Visites sonores

Dans un tout autre style, la solution “ça s’est passé ici” (passe-ici.fr), portée par la société “Narrative”, consiste en des “séries sonores immersives dans la ville qui racontent l’Histoire à l’endroit où elle a eu lieu, en explorant un quartier, une rue, un bâtiment et en donnant la parole – grâce aux archives – à ceux qui l’ont vécue”. Une belle exploitation du son binoral qui permet d’immerger le visiteur dans un univers sonore en 3D avec un simple casque stéréo ! La encore, ce n’est pas la technologie qui m’intéresse mais bien le contenu et le contexte d’usage, sur place, qui sert parfaitement l’expérience client (il est certes possible de vivre ces visites sonores à distance, mais l’intérêt est clairement moindre).

Cette approche me fait d’ailleurs penser au célèbre Timescope, la “machine à voyager dans le temps” (passé ou futur) qui permet, in situ, de :

  • rendre visible ce qui ne l’est plus (reconstitutions historiques 3D immersives)
  • enrichir ce qui est visible (réalité augmentée)
  • donner à voir ce qui n’est pas encore (réalité virtuelle de projets urbanistiques ou architecturaux)

Ce qui est magique avec Timescope, c’est d’être au “coeur de l’action”, là ou ça c’est passé, se passe ou se passera ! L’expérience de visite ! Pour avoir personnellement testé le Timescope du Monument des Fraternisations tout près d’Arras, je peux vous garantir que l’expérience vécue sur les lieux mêmes de la reconstitution, en plein hiver (très) rigoureux, est toute autre que le simple visionnage du même contenu confortablement installé dans son canapé… On a juste l’impression d’être plongé au coeur des tranchées en 1915 ! Enfin avec de bien moindres chances de se prendre un obus sur la tête malgré tout…

(© Timescope)

Le contenu et le contexte de l’expérience avant tout !

Je n’ai retenu que ces 2 exemples mais il existe de nombreuses applications pertinentes qui émergent. Malheureusement, une bonne partie est parfaitement dénuée de sens, sans aucun lien au réel, axé sur la technologie et/ou faisant office de gadget. Il me semble essentiel de rappeler que la technologie doit permettre de faire vivre des expériences inoubliables, mais qu’elle ne doit être qu’un moyen, qui doit même savoir se faire oublier le plus possible pour rendre l’expérience la plus réaliste possible. Il s’agit une bonne fois pour toutes de considérer que la très grande majorité des visiteurs et touristes n’ont que faire de la dimension technologique (voire y sont hostiles) et que la plupart ne sont pas du tout amusés à l’idée de se balader dans les rues avec un casque VR ou audio connectés à un smartphone. Et il serait bien dommage de considérer que ces dispositifs sont réservés aux plus jeunes…

Si le contenu et le contexte d’usage apportent une réelle valeur ajoutée, alors ces dispositifs sont parfaits pour enrichir l’expérience vécue…

Le cercle vertueux de l’expérience vécue

J’ai déjà eu l’occasion il y a plus d’1 an de vous présenter cette notion, qui permet de valoriser l’importance de la qualité de l’expérience vécue lors d’une visite de destination, en considérant notamment qu’une expérience positive, en phase avec la promesse voire au-dessus, favorise non seulement la fidélisation mais surtout la prescription. Et l’on est tous bien conscients de l’importance vitale de la prescription / recommandation dans notre économie touristique, qui est devenu avec les plateformes et réseaux sociaux le principal vecteur d’attraction d’une destination… (rappelons ici que Facebook et Instagramm sont devenus les principales sources digitale d’inspiration)

Pourtant, on constate que les DMOs sont encore majoritairement tournés vers le marketing de la destination, la communication, parfois l’accueil voire l’internet de séjour, mais que bien peu se tournent réellement vers des solutions d’enrichissement de l’expérience client, en tous cas via les réalités virtuelle ou augmentée. Et dans bien des cas, je me dit que c’est peut-être plus une question de culture et de conviction que de moyens 🙁

D’autant que ce type de projets pourrait s’avérer très vertueux si on est créatif sur la démarche et le contenu…

Le virtuel au service du tourisme durable ?

Alors voila, j’en arrive (enfin) à la réflexion que je voulais partager avec vous !…

Ma réflexion est peut-être un peu naïve, mais ne serait-il pas possible d’envisager un dispositif virtuel qui “tout simplement” :

  • mobiliserait les partenaires (villes pour le WiFi et la signalétique, équipements culturels pour le contenu, DMO pour l’intégration aux parcours de visites…) => un bon moyen de créer des synergies et réduire les budgets pour le DMO
  • impliquerait les habitants autour du contenu, en particulier ceux qui “font” le territoire, les “gens d’ici”, à l’image de cet ami qui nous accompagne à la découverte de SON territoire, bien loin des nuées de perches à selfies… (création d’histoires, secrets, points de vue… narration, guides locaux…)
  • favoriserait la diffusion et diversification des flux touristiques, en installant les équipements loin des grands incontournables et en proposant des parcours de visite qui permettent d’échapper aux embouteillages du tourisme de masse, par exemple en faisant découvrir les zones “secondaires” des tous frais regroupements territoriaux

Peut-être avez-vous déjà un tel projet dans les cartons (voire déjà réalisé) et pourriez dans ce cas le partager dans les commentaires ? Ou simplement des idées sur le sujet ? Bon, je vous laisse cogiter à ça sur la plage et on se retrouve à la rentrée avec plein de réels projets virtuels dans les cartons !…

Pendant ce temps là, à Mountain View, Californie…

Rien à voir avec la choucroute, mais quand même, vous avez remarqué vous aussi la tendance de nos amis de Google à mettre doucement mais surement fin au “tout gratuit” ? Après le modèle économique de Google Maps revu dans des proportions plus que brutales (quelle autre boite s’autoriserait à multiplier ses tarifs par 14 tout en divisant son seuil de gratuité par plus de 25 ???), c’est au tour de YouTube de lancer les offres YouTube Premium et YouTube Music Premium… Who’s next ?

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De formation marketing, Cédric Chabry a commencé son parcours digital il y a 20 ans en pilotant un projet eTourisme primé, pour le compte d’une collectivité territoriale. En 2000, il participe à la création de l’Agence Interactive à Lyon. En tant que Directeur Conseil et grâce à son expertise transversale du marketing digital, il accompagne ses clients dans la définition et la mise en œuvre de leurs stratégies. Expert en eTourisme, il s’attache tout particulièrement au développement de la visibilité des destinations et au pilotage de la performance globale de leurs dispositifs digitaux. Parmi les clients de l’agence qu’il a accompagnés : les OT de Lyon, Bordeaux et Montpellier ainsi que des destinations phares comme Savoie Mont-Blanc, le Nord-Pas de Calais, la Normandie, la Franche-Comté, l’Hérault, le Cantal, les Hautes-Pyrénées, Le Jura… En 2016, Cédric Chabry fonde ThinkMyWeb, agence conseil en stratégie digitale, et se positionne comme coach digital des dirigeants de DMO.