J’ai parcouru le dernier Document de Politique Transversale qui revient sur la politique gouvernementale pour le tourisme et détaille les 21 programmes liés au tourisme dans 13 missions gouvernementales différentes pour un total de 5 milliards d’Euros.
C’est dans le document de politique transversale de 2014 qu’était annoncé le fameux objectif « 100 millions de touristes internationaux en 2020 », désormais repoussé à 2022 au vu du ralentissement de croissance des dernières années. Les raisons invoquées pour cette perte de vitesse sont d’abord les attentats de Paris et de Nice en 2015 et 2016 puis les gilets jaunes à partir de 2018 et enfin l’impact du Brexit et baisse de la livre face à l’euro.

Que nous dit le document de politique transversale ?

Le gouvernement va agir sur 4 axes pour développer l’attractivité touristique de la France : volet économico-social, volet promotionnel, volet environnemental, volet innovation et numérique.

Volet économique et social

Le volet économique porte sur le classement des hébergements (révision des méthodes et des critères) et sur le classement des stations touristiques, avec une simplification globale du dispositif.

Le volet social repose sur le déploiement du Plan Qualité Tourisme pour un meilleur accueil du visiteur, sur un plan de performance de l’ANCV et sur une amélioration de l’accès aux équipements touristiques pour les personnes en situation de handicap.

Volet promotionnel

Le volet promotionnel met en avant les contrats de destination, créés pour fédérer les acteurs publics et privés du tourisme autour de marques de destinations identifiées, afin de faire émerger une offre touristique cohérente et lisible à l’international. Il est précisé dans le document que ce dispositif a ensuite été remplacé par les contrats SpôTT : des contrats plus locaux, « sans ambition internationale ». Ce dispositif a lui-même pris fin après 2016.

Ce volet inclue également la structuration du tourisme de mémoire via la marque Qualité Tourisme « lieu de mémoire » et l’appel à projets « Services numériques innovants et tourisme de mémoire et d’histoire en France » et la valorisation globale du tourisme culturel.
Enfin on trouve dans ce volet la volonté de « renforcer l’action d’Atout France sur les marchés en croissance, afin de conquérir la clientèle des nouveaux pays émergents (Chine, Inde…) et d’accroître les nouvelles clientèles venant d’Europe de l’est et de Russie, mais aussi des clientèles d’Europe occidentale et de France ».

Volet environnemental

Ce volet prévoit le soutien au « Réseau des Grands Sites de France », association créée en 2000 qui regroupe aujourd’hui 46 sites fragiles et protégés, une politique en faveur du tourisme à vélo et le développement d’une filière touristique fluviale performante. On note également la création d’un « groupe de travail interministériel (MINEFI, MEAE, MTES) relatif à la structuration d’une politique de développement du tourisme durable en France » dont l’objectif est de définir une feuille de route du tourisme durable pour les dix prochaines années.

Volet innovation et numérique

Concernant l’innovation, il est prévu le soutien de France Tourisme Lab, le réseau national d’incubateurs et accélérateurs du tourisme et le projet www.datatourisme.gouv.fr permettant l’accessibilité des données des institutions touristiques en open data.

Le développement numérique se concentre davantage sur l’encadrement des plateformes en ligne de locations hôtelières et de meublés de tourisme, la taxation des revenus tirés de la location de meublés de tourisme et la veille numérique offerte à tous les professionnels français via le site veilleinfotourisme.fr.

Une politique assez ambitieuse pour 100 millions de touristes internationaux ?

Si les actions sont intéressantes, le programme paraît limité dans le sens où beaucoup d’actions sont limitées au portage de labels, de marques et de référentiels. Il semble à la lecture de ce document que la politique transversale en faveur du tourisme est une superposition d’actions à portée micro-territorial, avec dans le meilleur des cas la garantie d’une structure de « coordination » des actions.
D’ailleurs la politique transversale vient elle-même panser le fait qu’il n’existe toujours pas de ministère du tourisme…

Mais force est de constater qu’il n’est pas question de grands projets structurants pour le développement touristique de la France, ni de plan global de développement d’infrastructures durables pour améliorer l’accessibilité des communes et sites de visite, ni d’intermodalité des transports, ni de grand projet culturel, …

Je me souviens, étudiante, des professeurs qui nous faisaient rêver avec les mots magiques « Plan neige » ou « Plan montagne ». On étudiait alors comment l’Etat et les collectivités territoriales avaient compris l’enjeu que représentait le tourisme pour la dynamisation des territoires, pour le désenclavement des territoires isolés, pour la reconversion économique des territoires en déclin. On nous racontait comment les années 90 et 2000 avaient vu le boom des formations en tourisme et pourquoi les territoires avaient besoin de professionnels qualifiés en développement territorial spécialisés en tourisme. On nous racontait que le Futuroscope avait permis la création de 13000 emplois en 25 ans et favorisé la création d’un Technopole composé de 225 établissements publics et privés. On nous racontait l’épopée de la Compagnie des Alpes, structure publique – finalement privatisée en 2004.

Puis en nous lançant dans le marché du travail, dans les années 2010 nous avons vite réalisé que l’ère du développement touristique semblait révolue, remplacée par l’ère du marketing touristique où les budgets étaient davantage concentrés sur la promotion du territoire que pour les projets de développement. De développeurs, il nous fallait nous convertir en experts du marketing, nous avons été nombreux à suivre les formations d’animateurs numériques du territoire. L’ère des nouvelles technologies, du « 2.0 » avait tout reconfiguré.

Mais avons-nous épuisé le potentiel du développement des années 60 à 90 ? Est-il temps de se remettre aux grands projets ?

A l’heure du développement durable et de la crise économique sans fin, a-t-on besoin d’un grand projet de relance nationale basé sur de nouvelles infrastructures durables et innovantes ? A-t-on besoin d’inventer le transport de demain et de reconnecter les territoires enclavés aux villes et métropoles ? Le nerf des « 100 millions de touristes internationaux » est-il celui de l’accessibilité ? Dans le pays d’Airbus et de la recherche sur les transports du futur, peut-on s’enorgueillir d’avoir un « 20 % du territoire accueille 80 % des flux touristiques » (DPT 2020) ? A quand la connexion entre gares et aéroports, entre gares et sites touristiques ?

François Perroy abordait d’ailleurs l’enjeu de l’accessibilité pour le développement touristique dans son article du mois de décembre.

Le Document de Politique Transversale prévoit bien que « l’une des priorités stratégiques est de faire de la France une destination toujours à la pointe des tendances, un leader mondial de l’innovation touristique ». Oui, mais comment ?

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Diplômée de l’ESTHUA de l'Université d'Angers en conduite de projets touristiques, Amélie Perrin a d'abord été chargée de promotion pour l'Agence Touristique de la Touraine Côté Sud à Loches. Elle est ensuite partie en Inde s'occuper d'une association humanitaire, et a vécu deux ans en Chine où elle était lectrice de français à la Faculté de Tourisme de l'Université de Ningbo. Après une expérience de directrice d'office de tourisme dans le Tarn-et-Garonne, elle travaille maintenant pour l'Aéroport Toulouse-Blagnac comme chargée de développement de la clientèle loisir.