Lors des #ET13 à Pau j’ai eu la chance de participer à une battle sur “les DMO et les nouvelles générations”. Pour vous résumer un peu le débat : 

  • un manager nous exprimait ces réticences à travailler avec ces nouvelles générations très/trop mobiles, avec un besoin constant de reconnaissance et qui amènent un chamboulement dans l’entreprise.
  • un second manager qui, au contraire, était heureux d’accueillir ces nouvelles générations qui apportaient une vision neuve, de nouveaux outils, de nouvelles façons de travailler et un changement positif au sein d’une équipe.

Face à eux, deux jeunes diplômées exprimaient leur vision :

  • l’une parlait des moyens qui permettent de s’épanouir : une organisation du temps de travail plus souple, un aménagement de l’espace de travail, la mise en place du télétravail … 
  • l’autre défendait une nouvelle vision du travail où l’objectif premier est avant tout de s’épanouir, pour cela il faut aimer les missions que l’on réalise, se sentir bien sur son lieu de travail mais aussi avec son équipe.

Une battle rondement menée ou tous les partis ont fini par se mettre d’accord : les jeunes générations peuvent, certes, bouleverser un mode de fonctionnement mais elles peuvent aussi amener des changements positifs. Le DMO a ici un rôle primordial puisqu’il doit  passer du manager qui s’assure de l’efficience de sa structure, à un leader qui autonomise ses employés et s’assure de leur qualité de vie au travail pour rendre sa structure efficiente. 

 

Le choc des générations ou la culture du changement ? 

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Il est vrai que je n’imaginais pas qu’il puisse y avoir des retours négatifs sur cette battle et pourtant … il y a une semaine j’ai eu l’occasion d’échanger avec une collègue du réseau qui était littéralement choquée de ce qui avait pu se dire lors de cette battle. Elle ne comprenait pas les arguments avancés par cette jeune génération. Par exemple, elle ne comprenait pas du tout :

  • qu’on puisse revendiquer de venir en chausson au travail, 
  • qu’on demande à aménager nos horaires,
  • qu’on puisse travailler de chez nous ou depuis un autre lieu que notre bureau habituel, 
  • qu’on prenne du temps à faire des “after-work” car le travail c’est le travail et les collègues ne sont pas des ami(e)s

J’ai essayé de lui expliquer davantage notre position en lui expliquant que: 

  • les chaussons pouvaient nous permettre d’être à l’aise, et à partir du moment qu’on les mets derrière notre bureau et que l’on est pas à l’accueil, pourquoi cela serait refusé ? 
  • arriver plus tard le matin pour pouvoir aller à son cours de yoga pourrait arranger un jeune mais aussi une maman qui en échange pourra partir une heure plus tôt le soir pour chercher son enfant à l’école,
  • le télétravail peut permettre d’être plus efficace, si une personne habite loin de son lieu de travail et doit traiter des dossiers indépendamment de son équipe, pourquoi ne pourrait-elle pas le faire directement depuis chez elle ?
  • les moments de détentes avec son équipe permettent de mieux se connaître, de développer des affinités, de travailler dans la bonne humeur et de travailler sur des missions qu’on aime et avec des personnes qu’on apprécie, ça donne tout de suite beaucoup plus envie !

Malgré mes explications, nous n’étions pas du même avis et cette collègue me rétorquait que cela était peut être possible dans une entreprise à la Google mais certainement pas dans un Office de Tourisme.

Je reste convaincue que des aménagements sont possibles pour être heureux au travail et par conséquent améliorer l’efficience de chacun et la performance collective. Et ceci, même en Office de Tourisme. Et si finalement cette problématique n’était pas liée à un choc de génération mais plutôt à une culture du changement

Pour vous illustrer mes propos, j’ai choisi de vous citer l’exemple de l’Office de Tourisme des Grands Lacs (qui regroupe depuis le 1er janvier 2017, les Offices de Tourisme de Biscarrosse, Sanguinet et Parentis en Born) et qui était mis à l’honneur lors des sixièmes rencontres des Francophonies de l’Etourisme pour leur méthode du bonheur. 

Source des images : http://www.biscarrosse.com/

 

LE #BONHEUR EN ENTREPRISE

Suite à la fusion des 3 Offices de Tourisme en janvier 2017, les équipes se sont réunies pour réfléchir à leur objectif. Un maître mot est apparu d’un commun accord : donner du bonheur aux touristes, aux clients, aux élus, aux partenaires, aux habitants et même à soi-même. L’équipe s’est donc mise à travailler dans ce sens notamment en interne où un véritable défi a été mené pour trouver le bonheur au travail.

Le bonheur n’est pas à voir comme une fête au quotidien mais comme le précise la directrice de l’Office de Tourisme « c’est un état d’esprit, c’est savoir pourquoi on se lève le matin, c’est l’épanouissement » (source des citations: Sud Ouest). L’idée va donc au delà d’une simple ambiance agréable en voulant mener tout salarié à un épanouissement au travail

Pour créer une véritable dynamique l’équipe à mis en place plusieurs outils : 

  • une mascotte qui identifie l’équipe et permet de répartir le temps de parole lors de réunions de travail
  • une newsletter interne a été créée, sous forme de bi-hebdomadaire #OnEnEstOù permet de faire le point sur les actions de chaque membre de l’équipe
  • la mesure hebdomadaire du taux de bonheur de chaque employé via un outil anonyme (pour aller plus loin sur la thématique)
  • l’installation d’une cloche du bonheur utilisée à l’annonce d’une bonne nouvelle (à l’image des pubs irlandais sonnant la cloche à chaque pourboire donné)
  • Le meilleur salarié du mois est élu sous la forme du #happygirl ou #happyboy du mois et reçoit en guise de récompense des bonbons Dragibus transformés en #happypièce
  • des réunions de travail mais aussi des moments plus informels et conviviaux : apéritifs, repas encore collègues, célébration des anniversaires des employés …
  • des moments de partage et de détente sont mis en place au long de la semaine tels que des moments de sieste, des courses à pieds entre collègues … 

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L’HUMAIN D’ABORD

On y revient toujours : l’humain est au coeur du dispositif. L’idée de Frédérique Dugeny, directrice de l’Office de Tourisme, est de remettre l’humain au coeur de l’entreprise en l’encourageant à prendre des initiatives. Pour cela, différents dispositifs sont mis en place sur l’idée d’une “entreprise libérée” où le système hiérarchique traditionnel est remplacé par un système horizontal ou les collaborateurs s’autogouvernent.

Bien sûr, nous ne sommes pas dans une startup ou dans une entreprise “à la Google”, il y a des limites. L’idée n’est pas de contester le rôle décisionnaire d’un membre de l’équipe, chacun ayant sa mission et étant en mesure de prendre une décision adaptée. Tout ne se fait pas en un claquement de doigts, pour y parvenir, il faut également écouter, comprendre et valoriser le travail de ses collègues. C’est un long processus auquel chaque membre de l’équipe se doit de participer. 

Comme le dit Frédérique Dugeny : « On est sur quelque chose de collaboratif, qui repose sur l’intelligence collective ». Les outils précédemment cités permettent de créer une ambiance de travail agréable, une relation entre les membres de l’équipe mais aussi de leur donner de nouvelles idées, une envie de développer de nouveaux projets et ainsi de s’épanouir au travail.

Pour donner la parole à chacun et pour faciliter l’organisation de réunions, un objet à été mis en place : un petit canard en plastique jaune. Cette mascotte de l’office de tourisme devient alors un véritable moyen d’expression, chaque membre de l’équipe parle une fois le canard en main. Idéalement la parole n’est prise qu’une fois ainsi cela permet aux plus loquaces de limiter leur temps de parole et aux plus timides de s’exprimer quand même. 

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Autant d’outils qui peuvent bouleverser l’organisation du travail ou le management traditionnel d’une entreprise (comme quoi ce ne sont pas toujours les nouvelles générations qui en sont la cause!) mais qui restent professionnalisants et qui permettent un épanouissement personnel et ainsi une amélioration de la performance de l’entreprise. 

 

OSER LE BONHEUR AU TRAVAIL

Cette nouvelle stratégie va au delà du bonheur en entreprise puisque les objectifs initiaux étaient de développer un meilleur esprit d’équipe, de créer une ambiance conviviale et d’accroître la motivation par la responsabilisation. Tout ceci a également permis d’optimiser la performance collective mais aussi d’améliorer l’image de l’office de tourisme et ainsi d’attirer de nouvelles clientèles. 

Bien sûr, pour arriver à ce stade il faut d’abord mettre en place une culture du changement. Ce qui est inévitable dans le contexte actuel des regroupements effectués suite à la loi NOTRe, pour en savoir plus à ce sujet, je vous invite d’ailleurs à redécouvrir l’article de Jean-Baptiste sur la culture du changement.

En guise de conclusion, je vous laisse méditer sur cette phrase de la directrice Frédérique Dugeny : « On tente, on se plante, on avance… En tout cas, on est en évolution permanente et maintenant, il y a de la vie ! ».

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Diplômée en master AGEST à Bordeaux et apprentie blogueuse. Passionnée par les nouvelles technologies, les voyages, la plongée, le fromage et le spritz. Sophie à la bougeotte, elle aime donner du temps, de l’énergie et de l’enthousiasme. Curieuse, elle s’intéresse à des domaines aussi divers que le management, la communication, le numérique, le marketing et la professionnalisation. Toujours à la recherche de nouveaux défis, elle a décidé de s’immerger pendant 1 an en Nouvelle-Zélande to develop these english skills ! Pour ne pas perdre la main elle raconte ses aventures sur keewitouch.com. Sophie rêve d’être un jour responsable du bonheur d’une entreprise mais en attendant elle cherche à développer ses compétences dans la communication dés son retour en France en septembre 2017. Si son profil vous intéresse, n’hésitez pas, offrez lui une tasse de thé et une connexion internet … vous serez surpris !

  • Anaïs Vrolant

    Je travaille en tant que référente webmarketing pour l’Office de Tourisme du Boulonnais Côte d’Opale, et j’habite Le Havre. Je suis en télétravail depuis septembre 2015, à 75%. Ce mode de fonctionnement s’est imposé “presque” naturellement. Ma productivité est plus importante, et le fait de vivre “ailleurs” me permet d’avoir un regard neuf sur mon territoire. Je ne peux qu’encourager les managers à sortir du cadre traditionnel !

    • Sophie Duprat-Caouré

      Merci baucoup Anaïs pour ce témoignage, il illustre très bien l’article !

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  • Mme Sirtaqui

    Je partage le point de vue des jeunes (à part peut-être pour les chaussons 😉 et pourtant j’ai plus de 40 ans ! La confiance, la souplesse, la convivialité sont des valeurs qui comptent beaucoup pour moi au travail. On y passe quand même un paquet de temps chaque semaine, alors autant que ce soit le plus agréable possible, que ça laisse de la place au reste, et si on se sent bien, on s’investit d’autant plus et tout le monde est gagnant !

    • Sophie Duprat-Caouré

      Merci pour cette réaction, vous avez tout à fait raison, ce n’est pas une question d’âge ou de génération juste une envie d’aimer ce qu’on fait et de le faire partager 😉

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