Notre nouveau Président de la République n’a pas trouvé nécessaire d’accorder un ministère au tourisme, ni-même de maintenir un secrétaire d’Etat. Toutefois, le gouvernement vient d’accorder à 10 pays supplémentaires le « visa en 48h » afin de renforcer l’attractivité touristique de notre pays : c’est bien qu’il croit quand-même à l’économie touristique…

Parmi les pays ciblés : l’Inde. On a longtemps vendu l’Inde comme le deuxième géant, après la Chine, prêt à dévorer la planète. Par sa population, peut-être, mais par son développement, le pays a encore du chemin à parcourir pour rattraper son concurrent.  En termes de voyages, c’est à peu près la même chose. Alors que les voyageurs chinois ont déjà envahi Paris et commencent à parcourir le reste de la France, qu’en est-il des indiens ? Sont-ils notre prochaine clientèle ? Que recherchent-ils ? Comment consomment-ils ? Pour répondre à ces questions, j’ai interviewé Kedar Verma, directeur de l’agence « Voyage in India ».

 

Les indiens sont-ils « prêts » à voyager à l’étranger ?

Oui, actuellement la classe moyenne supérieure indienne voyage déjà à l’étranger. Le départ des indiens à l’étranger est en pleine croissance. Avant, il s’agissait surtout d’un tourisme intérieur mais les pays étrangers attirent de plus en plus. Les pays d’Asie du Sud-Est comme la  Thaïlande, ou la Malaisie sont très prisés car ils sont proches et le coût de la vie y est très bas. Les pays du Golf attirent aussi énormément, car les vols sont très abordables et les indiens s’y rendent surtout pour faire du shopping. Enfin, l’Europe est aussi une des destinations prisées des indiens.

La France est-elle un pays susceptible d’attirer la clientèle indienne ? Pourquoi ?

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Oui, elle a un potentiel, mais elle ne représente pas encore une mono-destination pour les indiens. Aujourd’hui, la France fait seulement partie d’une étape dans un voyage en Europe. Toutefois, elle pourrait à terme devenir une mono-destination car elle présente tous les atouts touristiques que cherchent les indiens : métropoles, architecture remarquable, sites historiques (certains, comme le Mont St Michel, sont inconnus des indiens mais ébahissent ceux qui les découvrent), côtes maritimes et montagnes. De façon générale, les indiens sont attirés par la beauté naturelle des montagnes, conforme à ce qu’ils voient dans les films Bollywood.

Le tourisme industriel a également un potentiel de développement en France : des entreprises de renommée internationale comme Airbus peuvent attirer les touristes indiens.

Le problème à l’heure actuelle est que les indiens ne connaissent pas du tout les différentes régions françaises. Les seules villes connues sont Paris et Cannes, par le festival.

 

Qui sont les indiens qui commencent à voyager en France ? Quelles activités aiment-ils pratiquer ?

Il y a quelques années les indiens voyageaient à l’étranger en groupe, par des circuits organisés. Mais récemment, une nouvelle clientèle individuelle se développe. Elle recherche des voyages plus actifs. Des jeunes couples sont aussi attirés pour faire leur voyage de noces.

Il s’agit surtout d’une catégorie moyenne supérieure, avec d’un côté une clientèle familiale (la famille au complet avec grands-parents, parents et enfants) et d’un autre côté les jeunes actifs, de 30 à 40 ans. Ceux qui ont une bonne situation professionnelle (travaillant dans une compagnie internationale,…) peuvent être intéressés par la France.

Ces jeunes sont attirés par les villes et les découvertes culturelles, par l’œnologie, par les activités d’aventure (comme le saut en parachute,…). La Champagne par exemple, aurait sa carte à jouer, car le produit bénéficie d’une grande réputation en Inde.

Le cinéma est très important pour les indiens, pensez-vous que les films puissent influencer leur choix de destination, voire même être un motif de départ ?

Le cinéma est très clairement un motif de départ. Les indiens sont des rêveurs, partir sur les lieux de tournage leur permet de se mettre dans la peau des acteurs.

NB : « Belfikre », un film Bollywood tourné intégralement à Paris, sorti le 9 décembre dernier, a connu un succès sur les écrans indiens. Ma recherche sur Google Trend a mis en exergue le lien entre le nombre de recherches sur le mot clé « Paris » en Inde et la sortie du film. 

Que doit faire une destination touristique pour attirer la clientèle indienne ? (actions marketing, dispositifs d’accueil).

Atout France aurait un rôle important à jouer pour faire connaître les destinations françaises. Il y a un volet promotionnel à assurer mais également de diffusion de l’information pratique, pour aider les indiens à planifier leur voyage. Elle pourrait également établir une stratégie collaborative avec les régions intéressées par la clientèle indienne de façons à proposer une offre globale attirante (par exemple vendre ensemble les destinations Paris + Champagne + Alpes + Côte d’Azur).

Il faut faire des roadshow sur place avec des agences réceptives et accueillir des journalistes. Et surtout il ne faut pas minimiser le rôle puissant du cinéma ! A l’instar de pays d’Europe de l’Est comme la Bulgarie, la République Tchèque, l’Autriche ou la Hongrie, Il faut attirer les réalisateurs indiens et leur donner des facilités de tournage.

De façon plus pratique, il faut adapter l’accueil aux exigences des indiens : personnel et outils d’accueil anglophones, repas végétariens (et épicés !),…

Enfin il est nécessaire de communiquer sur les facilités de transport et de logement à prix abordable. Dans la tête des indiens, l’Europe est une destination très chère. Mais avec des dispositifs comme les nouvelles lignes de bus, les auberges de jeunesse,… il est aujourd’hui possible de voyager à travers la France pour un prix abordable, 1000 à 1500€ par personne pour 15 jours. Encore faut-il être au courant…

Merci Kedar !

 

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Diplômée de l’ESTHUA de l’Université d’Angers en conduite de projets touristiques, Amélie Perrin a commencé par une première expérience dans la communication et le numérique au CDT du Doubs avant de travailler pendant deux ans comme chargée de promotion et Animatrice Numérique de Territoire pour l’Agence Touristique de la Touraine Côté Sud à Loches. Elle est ensuite partie en Inde, gérer une association humanitaire, et a vécu en Chine où elle était lectrice de français à la Faculté de Tourisme de l’Université de Ningbo. Elle est désormais directrice d’un office de tourisme dans le Tarn-et-Garonne.