Source Wikipedia, Chalon sur Saône, la place du marché

J’ai eu récemment l’occasion de participer à un débat intéressant sur la notion de place de marché, avec les avis croisés de directeurs d’offices de tourisme et d’hôteliers.

L’origine de la discussion part du constat de la disruption des organismes de gestion de la destination dans la phase “booking” du cycle du voyageur. Que peut faire alors l’office de tourisme pour s’adapter à ce monde qui change, et où la réservation en ligne est dominée largement par les OTA’s ?

Réponse d’un participant : il y a quand même les places de marché. Un outil qui s’est largement développé ces dernières années, toujours à l’initiative d’organismes institutionnels. Le principe est simple, comme l’explique clairement Tarn Tourisme : c’est “Une place de marché multi fournisseurs, multi produits et multicanaux de commercialisation, une solution de commercialisation en ligne pour les professionnels adaptée à chaque secteur d’activités : hôtellerie, camping, chambre d’hôtes, locations de vacances, billetterie….”

Cet outil permet de promouvoir l’ensemble des produits existants sur la destination en facilitant leur réservation.”

Les ADT/CDT et offices de tourisme promeuvent donc ces outils auprès des prestataires de leur territoire. Même s’il existe souvent un commissionnement, tous les coûts ne sont pas supportés par le prestataire, et il y a donc un fort investissement public (subventions…) sur ces solutions.

Illustration Tourisme Pro Centre

La place de marché est-elle adaptée à l’expérience utilisateur ?

L’idée de la place de marché est attractive : l’internaute peut trouver au même endroit hébergement et activités, voire produits locaux et ainsi remplir un panier de tout ce qui va constituer son séjour. Un excellent moyen de booster ses vacances.

Lors du débat, les hôteliers notaient qu’il était très rare que le client réserve ses activités en même temps que son séjour, à part dans de rares cas, comme dans une station de ski. En effet, la sortie en canoë dépendra de la météo, la randonnée accompagnée de la motivation des enfants le jour J, etc.  De plus, les prestataires d’activité sur un territoire sont diffus, souvent loin des outils web, avec de la difficulté à alloter des places. Et ce sera donc plus l’hébergeur sur place qui pourra motiver son client à consommer des prestations d’activité, des visites, etc. Et ensuite prendre la résa lui-même

C’est sans doute pour celà que les majors du web, à part des essais (comme “AirBnB experiences”) n’ont pas encore transformé l’essai en trouvant LA plateforme qui révolutionnerait totalement la vente de visites et d’activité de loisirs au même titre qu’ils ont réussi à disrupter la vente d’hébergement en ligne. Malgré tout, comme l’expliquait Ludovic dans ce billet, les récentes initiatives vont encore un peu plus venir sur les platebandes des places de marché locales .

 

Les professionnels s’y retrouvent-ils ?

Les chiffres d’affaire des places de marché sont variables, mais il y a de belles progressions, comme par exemple l’Auvergne, qui passe de 300 000 euros à 2,7 millions de chiffres d’affaire en cinq ans.


Malgré tout, rapporté aux 140000 lits touristiques marchands de la région, cela ne représente que 20 euros par lit. Même si tous les prestataires ne sont évidemment pas présents sur la place de marché.

Le site pro Auvergne Rhones Alpes explique que la progression des ventes est majoritairement portée par les ventes effectuées en direct sur les sites des prestataires. 

Et pour en revenir à notre débat, c’est un argument favorable apporté par les offices de tourisme : “la place de marché, c’est aussi un moyen pour de nombreux prestataires de bénéficier d’un outil de vente en ligne“.

Oui, rétorquent les hôteliers, mais il existe aujourd’hui des moyens simples de paiement en ligne qui sont très accessibles pour les hébergeurs“.

 

Et si la place de marché, c’était plus l’animation que la solution technologique ?

Conclusion de notre débat animé : la place de marché, c’est une excellente idée, car c’est le meilleur moyen d’accroitre la consommation en local du visiteur, en lui proposant des produits complémentaire à son hébergement. Et la notion de marché  est essentielle. 

Mais pourquoi cette place est aujourd’hui juste numérique ? Pourquoi, en respectant le cycle du voyageur, n’incite-t-on pas les hébergeurs à promouvoir des activités de loisirs et des visites lorsque le visiteur est là? En commissionnant l’hébergeur sur ses ventes ? L’Office de Tourisme de Saint-Emilion a mis en place avec bonheur un tel système pour la commercialisation des visites des monuments souterrains du village. 

Il faut pour cela, s’accordaient les hôteliers et les offices de tourisme que l’on passe beaucoup plus de temps à l’animation, à la mise en réseau, à la rencontre des prestataires et à l’animation.

La place de marché sera ainsi réelle, et l’outil numérique sera un support, peut-être simplifié car utilisé moins par les internautes et plus par les différents membres de la place de marché qui vont conclure des transactions pour le compte de leurs clients.

Or aujourd’hui, force est de constater que l’investissement public est d’abord mis sur l’outil et moins sur la mise en réseau. Le discours des offices de tourisme et CDT aux prestataires pour “vendre” la place de marché s’appuie surtout sur la capacité technologique de celle-ci, plus que sur les effets positifs de la mise en réseau d’acteurs locaux. Si l’on regarde les sites pros de ces acteurs institutionnels, on s’aperçoit que les formations sont quasiment toujours destinées à la prise en main de l’outil, plus qu’à la stratégie de travail en réseau.

C’était donc la conclusion de notre débat : une place de marché est un excellent outil, mais travaillons plus l’organisation, la mise en réseau, avant de forcément investir dans une solution technologique magique…

Ce serait une place de marché réelle, beaucoup plus axée sur la relation entre les acteurs que sur l’outil numérique..

Sans doute des avis contraires, amis lecteurs ?

 

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Jean Luc Boulin est directeur de la Mission des Offices de Tourisme Nouvelle-Aquitaine (MONA). Cette structure, unique en France, regroupe les Pays Touristiques et les Offices de Tourisme de Nouvelle-Aquitaine. Elle est soutenue par le Conseil Régional. Deux missions principales lui sont confiées : la structuration touristique des territoires et la professionnalisation. Dans ce cadre là, la MONA assure une veille permanente sur le etourisme et accompagne des expériences dans son réseau. Directeur de l’office de tourisme de l’Entre-deux-Mers (Gironde) et du pays d’accueil touristique du même nom pendant plus de dix ans, Jean Luc Boulin dirige la MONA depuis sa création en 2003. Le manque de source d’information au même endroit sur le etourisme institutionnel et le besoin d‘échanger sur cette formidable mutation du métier des offices de tourisme vers l’Internet ont donné l’idée à Jean Luc Boulin de créer ce blog “etourisme.info”, qui se veut être le creuset de l’etourisme institutionnel sous toutes ses formes. Jean-Luc Boulin est également enseignant en Master Tourisme AGEST (aménagement et gestion des sites et territoires touristiques) à l'université de Bordeaux Montaigne. Le site Internet de la MONA. |Email : jlboulin at etourisme.info (cette adresse apparait en toute lettres pour éviter les robots). |Twitter : @JeanLucBoulin