Second billet inspiré des #FIT2019 de la semaine dernière à Montréal après l’introduction de Paul Fabing dans son article de ce mardi.
Pour ma part, je souhaite aborder la question, abordée en toile de fond de l’événement, de la collaboration entre OGD et Start-up. Bref, de la rencontre entre deux univers fondamentalement différents qui peuvent pourtant s’enrichir mutuellement, au propre comme au figuré.
Mais pour que la rencontre fonctionne, quelques clés de compréhension mutuelles sont nécessaires; je me propose de vous les livrer à la lumière des échanges entretenus avec les deux camps protagonistes au cours de ma semaine montréalaise. Le tout, sans langue de bois ni complaisance pour un camp ou pour l’autre mais bien dans un esprit constructif.

La start-up, tu connais ?

On va commencer par aborder la start-up. Si cette notion, chers amis lecteurs et lectrices, vous est un peu vague, je préfère laisser le soin au Professeur Serge Benamou de l’Université de Paris-Sentier, vous l’expliquer…

Vous l’aurez compris, il y a beaucoup de fantasmes et de clichés autour de la start-up. En fait, une start-up, c’est avant tout une jeune entreprise (pas forcément une entreprise de jeunes) à fort potentiel de croissance.

Ce cadrage implique d’ores et déjà d’apporter deux précisions: le côté “jeune entreprise” des start-up fait que vous n’êtes pas face à une société au capital solide qui peut se permettre, financièrement parlant, d’attendre six mois avant d’être rémunérée pour le travail accompli: il faut bien vivre.
Bref, inutile de croire qu’une start-up, même si elle est incubée par un “lab” (Welcome City Lab de Paris, MT Lab à Montréal, Open Tourisme Lab de Nîmes), va travailler des jours et des jours pour vous gratuitement ! C’est un peu comme le cliché qui court sur les musiciens… (illustration ci-contre). C’est plus qu’un cliché, c’est un réel problème, confirmé par les directeurs d’incubateurs précités rencontrés lors la semaine d’échanges.

Autre cliché et seconde précision: “la start-up, c’est avant tout des solutions technologiques”. S’il est vrai que beaucoup de celles-ci proposent des applis ou des solutions technos, on peut trouver des start-up qui développent des solutions répondant à de toutes autres besoins, sans aucune dimension technologique mais bel et bien innovantes.

Il y a par contre quelques clichés qui ne sont pas dénués d’une certaine réalité, particulièrement sur la perception qu’ont certaines start-up d’elles-mêmes: elles sont convaincues d’avoir créé une solution unique, à laquelle personne n’a pensé avant, et qui va changer le monde. Ce n’est pas forcément négatif: cela démontre bien l’enthousiasme, la candeur et la fraîcheur des ces jeunes entreprises qui n’ont peur de rien, pas même de se planter et là, je leur tire mon chapeau; nous autres européens, à l’inverse des nord-américains (en ce compris nos cousins du Québec), avons peur et honte de l’échec là où outre-atlantique, l’échec n’est vu que comme un ingrédient “normal” dans un parcours, un élément formatif qui démontre que vous avez “osé”. Changeons notre rapport à l’échec bon sang !

L’OGD vu par la start-up…

Soyons clairs : les start-up connaissent assez mal le secteur qui est le nôtre. Peut-on leur en vouloir finalement ? Entre les différentes couches institutionnelles et la multitudes d’acteurs en présence, il faut bien avouer que l’industrie du tourisme est peu lisible pour ceux qui n’en sont pas issus.

Les start-up n’identifient pas toujours vraiment qui est l’interlocuteur le plus à même de les recevoir et d’identifier le potentiel de leur solution.
Ensuite, nous le savons tous pour côtoyer des amis, de la famille ou des prestataires hors industrie touristique: “le tourisme, on connaît !”. 
On connait parce qu’on est touriste, parce qu’on voyage régulièrement.
À ceux-là, je répond invariablement : “Vous conduisez une voiture ? Alors vous vous y connaissez forcément en mécanique automobile, non ?”. Cela remet généralement les choses en perspective dans leurs esprits à propos de nos métiers.

J’ai également pu constater chez certaines start-up, dont le concept avait pourtant un réel potentiel pour des destinations touristiques, une certaine méfiance vis à vis des OGD qui “n’ont pas de budget pour travailler avec nous”. Et pourtant… Quel territoire n’investirait pas dans une solution qui répondrait à un besoin crucial ?

Bref, entre OGD et start-up, on se regarde, on s’observe mais surtout, on se connait mal.

L’allégorie du paquebot et du dériveur

C’est l’image que nous avons choisie pour décrire l’OGD d’un côté et la start-up de l’autre.
L’OGD, qu’il soit CRT ou Office de Tourisme, c’est un paquebot. Une “grosse machine” avec beaucoup de membres d’équipage et surtout, un bâtiment difficile à manoeuvrer et qui met un temps certain pour virer de cap ou freiner.

La start-up est un petit dériveur, avec un équipage réduit, habile dans ses manoeuvres et rapide dans ses adaptations.

En ce sens, la start-up est inspirante pour les OGD que nous encourageons à quitter leur posture de paquebot pour se rapprocher le plus possible de celle du dériveur; ce n’est pas facile, nous en convenons.
Le point le plus problématique, selon nous, de la rencontre entre OGD et start-up, c’est la lenteur décisionnelle et administrative inhérente aux services publics (parfois, voire souvent, près de 18 mois pour un cycle complet); la start-up doit avoir, financièrement parlant, les reins solides pour assurer le développement attendu avant de se voir rémunérée et pendant ce temps, les taxes et autres impôts courent et n’attendent pas !

5 Conseils pour un OGD efficace avec la start-up

Pour conclure, voici quelques suggestions et autres pistes pour aboutir à un bénéfice mutuel entre OGD et start-up. Soyons clairs: les start-up n’ont pas réponse à tous les problèmes du monde; les entreprises traditionnelles du secteur sont encore pleines de ressources elles-aussi, parfois avec une meilleure connaissance du secteur que les start-up. Néanmoins, en matière d’innovation aujourd’hui, il est bon que vous variez les types de partenaires dans vos différents projets, quels qu’ils soient.

Voici donc, en quelques points, nos préconisations:

  1. Identifiez clairement votre problématique et définissez clairement vos besoins. Souvent, les start-up démarchent les OGD pour leur proposer des solutions à des problèmes non-identifiés par ces derniers, voire pire, des problèmes qu’ils n’ont pas ou qui n’en sont pas. Anticipez la relation éventuelle avec les start-up en étant prêts à leur soumettre VOTRE problème. Einstein disait “si un problème n’a pas de solution, c’est que la question a été mal posée”. Cela permet d’introduire le point suivant.
  2. N’attendez pas la visite d’une start-up; allez vers elle ! Une fois vos besoins bien définis (gestion des flux, exploitation de données, accueil hors les murs, …), suscitez la rencontre avec DES start-up. Elles sont nombreuses et présentes dans divers endroits, forcément aussi près de chez vous: espaces de co-working, incubateurs spécialisés ou généralistes, chambres de commerce, Hautes Ecoles,…
  3. Si nécessaire, faites-vous accompagner en amont par un tiers de confiance. Nous avons identifié ce tiers de confiance, un intermédiaire non officiel aujourd’hui, comme un facteur potentiel de réduction des risques dans la relation entre OGD et start-up. En tant que consultant (et c’est le cas aussi pour mes confrères), sans que ce soit le mandat qui m’était initialement confié en tant que tel, j’assume de plus en plus souvent ce rôle d’intermédiaire de confiance ces derniers temps. Nous avons d’ailleurs baptisé cet intervenant facilitateur “impulseur d’innovation touristique“.  Son profil: une connaissance fine des deux mondes: OGD et start-up. Il peut être du secteur public comme du secteur privé. 
  4. Osez ! Accueillez la start-up dans vos murs !  Faites lui partager votre quotidien: comme nous l’avons précisé plus haut, la start-up connait mal votre univers et votre réalité quotidienne. La vivre peut lui permettre de vous proposer des réponses qui sortent du cadre et vous apporter beaucoup.
  5. Soyez conscients des réalités des start-up ! Nous voulons ici attirer votre attention sur la nécessité d’adapter vos cahiers des charges et vos procédures de paiement aux réalités des start-up; il serait dommage de voir celles-ci mettre la clé sous la porte en pleine mission par manque de liquidités ! Tout en restant dans le respect des procédure et prescriptions légales, il nous semble qu’un effort est bel et bien possible.

 

J’en ai terminé pour ce second retour des #FIT2019; d’autres devraient suivre à n’en pas douter. Le jet lag me rappelle au lit. Au plaisir de vous retrouver bientôt dans un prochain billet.