Alors que trois éléments majeurs occupent la France cette semaine, Vinexpo à Bordeaux, le Salon du Bourget à Paris et les #FQ2 à La Rochelle, qui nous intéressent particulièrement, je choisis cette expression aérienne pour mon article du jour. Je viens vous parler de vos prestataires hébergeurs et de l’opportunité de valoriser ou pas leurs offres dans votre univers touristique public. Et j’ai comme l’impression que votre espace d’action en tant qu’office de tourisme se referme rapidement sur vous.

Postulat : vos hôtels et vos campings, pour ne parler que d’eux, vous échappent. Les plateformes commerciales ont pris le pouvoir et des opérations locales et récentes, qui tentent d’alerter les clients sur l’intérêt de revenir à une relation courte et directe entre professionnels et hébergeurs, comme par exemple http://www.fairbooking.fr/ à Nantes et plus largement en Bretagne, illustrent la mainmise de Hotel.com ou Booking. De plus, Google Hotel Finder pourrait s’imposer très vite. Que leur proposer quand on gère un office de tourisme alors que l’on n’a pas les moyens d’une politique de mots clefs, d’audience, de comparaison d’offres ?

 

fairbookingLa question de la réduction du nombre des prestataires privés, tels que campings et hôtels, est de toute façon majeure et partagée dans le monde occidental. A La Rochelle, notre ami québécois Paul Arsenault évoque une observation américaine du recul du nombre d’hôtels balnéaires. Partout dans notre vieux monde, la question du maintien d’une offre professionnelle et de son adhésion au concept de l’OGD (Organisation de Gestion de Destination, autrement dit vous, chez gestionnaire touristique territorial) se pose. Un rapide travail sur les statistiques de l’offre française le confirme avec les données suivantes qui indiquent un recul en dix ans du nombre d’hôtels et de campings, avec l’émergence simultanée d’hébergements chez l’habitant. Cependant les chambres d’hôtes, gîtes et meublés en ville ne compensent pas le recul de l’offre professionnelle. Restera-t-il à long terme des entrepreneurs de l’hébergement, hors des hôtels d’affaires ? La question ne mérite surtout pas d’être éludée… Et donc votre place en tant qu’OGD au service des prestataires, soit de parfait Metteurs en Scène de Territoire, est aussi sous les feux de la rampe.

 

Au 1er janvier en France

 

2002

2012

Nombre d’hôtels

 

18 468

17 000

Nombre de campings

 

8 354

7 792

 

La question de l’essor des hébergements chez l’habitant est aussi majeure avec un effet de vases communicants entre les marques (Gîtes de France et Clévacances par exemple) qui perdent de leur audience (ce jour, le journal Sud Ouest, publie un appel au recrutement de propriétaires dans les Pyrénées Atlantiques pour Gîtes de France…) et la mise en marché d’offres personnelles, non qualifiées, principalement urbaines et jeunes, voire très jeunes, avec des surfaces locatives réduites.  Pas toujours seulement du fait de propriétaires, mais aussi de locataires. L’essor des Homelidays et Airbnb par exemple, confirme cette tendance.

Il me semble que plusieurs éléments expliquent cette migration vers un système ouvert dans lequel les OGD ont moins d’impact. La confiance dans l’information est au coeur de cette modification rapide de la relation entre prestataires et consommateurs finaux via l’office de tourisme. Les touristes l’accordent moins au travail de qualification des OGD et du coup ceux-ci se retrouvent au milieu de l’allée, alors que l’équipage assure le contrôle en vis à vis des portes et sans qu’on puisse s’échapper dès lors qu’on est à bord d’un avion prêt à décoller, on ne sait vers où… La comparaison des offres, la réactivité des plateformes commerciales (ouverture le soir, la nuit, le week-end…), la personnalisation des offres, le caractère humain de l’éditorialisation des produits…, tout cela contribue à une migration des OGD et des marques anciennes, vers des outils puissants, internationaux, relationnels, valorisés par des photos proposées gratuitement chez certains, etc…

De nouveaux réseaux, certains anecdotiques aujourd’hui, illustrent de mon point de vue cet effacement progressif des offices de tourisme ou OGD comme interlocuteurs uniques et privilégiés des prestataires d’hébergements et a fortiori des clients finaux et l’actualité est riche dans ce domaine :

– le premier est dédié aux entrepreneurs en voyage d’affaires (danger potentiel pour les hôtels à terme) comme Bizpora. Une sorte d’Airbnb pour les voyageurs d’affaires, il fallait y penser.

bizpora

– le second est sorti récemment et vise à concurrencer Airbnb, dont un récent communiqué de presse annonce un apport de 185 millions € sur Paris et consors: Sejourning.  Sejourning est le fait de jeunes entrepreneurs parisiens et bénéficie actuellement d’une levée de fonds selon Frenchweb alors que plus la location touristique privée prend de l’importance, plus elle est attaquée comme on a pu le découvrir tant à NYC via un privé, membre d’Airbnb, condamné, qu’en France selon l’hebdomadaire  Challenges

sejourning

Fred Gonzalo participant aux #FQ2 a partagé ce site Priceonomics dont la seule existence semble démontrer l’impact montant de ces hébergements chez l’habitant et l’autonomie croissante des prestataires et des clients finaux

– le troisième favorise l’essor des “porteurs de valises”, en réalité des voyageurs qui se chargent de transporter et livrer des biens d’un point à un autre (drogues évitées évidemment 🙂 comme Piggybee. Une sorte de covoiturage de colis en quelque sorte.

Enfin, certaines OGD développent des plateformes de production et commercialisation de produits secs ou packagés, sans pouvoir offrir le plus souvent une audience suffisante pour garantir des résultats probants aux prestataires. Il existe pourtant des plateformes loisirs qui fonctionnent sur la base de fiches produits et d’argumentaires étayés, complétées par des centres d’appels performants et utilisés par de nombreux tour-opérateurs comme par exemple Orchestra. Je me demande d’ailleurs bien pourquoi les OGD n’investissent pas plutôt ce type de plateformes qui savent vendre du tourisme lointain : elles sauraient aussi probablement bien vendre du tourisme réceptif, de surcroît avec une grande amplitude horaire, par exemple les samedis et dimanches et le soir.

 

 #FQ2

En fait, chers représentants d’OGD, vous êtes confrontés à une concurrence nouvelle qui chamboule profondément votre socle. Elle est massive, privée et majoritairement nord américaine. Votre influence s’est réduit comme une peau de chagrin. Que vous restera-t-il ? Je n’en ai pas la réponse à ce stade, nous la cherchons ensemble ici, une vingtaine de pros québécois, belges et français, à La Rochelle pendant ces trois jours des #FQ2013, à suivre sur TW et tout au long de l’année dans ce blog et sur le terrain de nos missions publiques et privées, en bonne intelligence partagée. Et maintenant, quid ?

Vérification de la porte opposée.

 

 

 

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François Perroy est aujourd’hui cofondateur d'Agitateurs de Destinations Numériques et directeur de l’agence Emotio Tourisme, spécialisée en marketing et en éditorial touristiques. Il a créé et animé de 1999 à 2005 l’agence un Air de Vacances. Par ailleurs, il produit et anime le classeur “Diriger un office de tourisme” chez Territorial. Précédemment, il a occupé des fonctions de directeur marketing au sein de l’agence Haute Saison (DDB) et de journaliste en presse professionnelle du tourisme à L’Officiel des Terrains de Camping et pour l'Echo Touristique. Il écrit par ailleurs des ouvrages et articles techniques sur le tourisme ainsi que des créations plus personnelles. Contact : fperroy at etourisme.info (cette adresse apparait en clair pour éviter les robots)