À l’origine, c’était un petit topo de quelques « bullet points » (ouais, c’est comme ça qu’on dit si on veut être in…), qui était destiné à devenir une présentation en intervention avec  un support powerpoint (enfin des slides quoi). Et puis finalement, l’intervention n’aura pas lieu, alors j’ai décidé d’y ajouter quelques images, plein de vidéos, et d’écrire quelques vraies phrases avec des liens hypertextes dedans, d’enlever des trucs et d’en ajouter d’autres, pour en faire un billet de blog, d’autant plus bordélique que prévu pour jeudi, je l’ai bouclé rapidos pour qu’il soit en ligne à la place de celui d’un collègue en déplacement ce mardi matin 😉 Bref, vous êtes prévenus, prenez un peu de temps avant de vous plonger dedans ! Désolé…

sticker-je-suis-desole-javais-faim-8764Je sais, c’est pas nouveau, mais j’ai l’impression que cela empire en ce moment ! On nous bassine en permanence avec la sinistrose ambiante, les medias en font des tonnes, et on a beau vous envoyer du bananomètre ou du B2P plein nos conférences et billets, vous n’avez pas l’air dans votre assiette, ou alors le nez dedans, et vous faites rattraper par ces tenants du Dark web et du Big Brother qui nous serine à longueur de reportage.

Pourtant y’a de quoi être enthousiastes malgré toutes les catastrophes qui nous entourent ! On vit quand même l’une des périodes les plus bouleversantes de notre humanité avec toutes ces techno qui nous débarquent en pleine face, et c’est quand même plus sympa que le néant ou le moyenâsse dont ont dû se contenter toutes les générations qui nous précèdent !

Et puis surtout, ça s’accélère, et on a intérêt à se tenir au jus, nous autres les vieux de la vieille, si on veut pas vite être ringardisés, et surtout dépassés, plus rien comprendre à rien.

VR Mon amour?! Ou la pornographie est-elle le seul avenir à court terme ?

En ce moment par exemple, c’est la VR ! La réalité virtuelle est partout, on nous l’annonce (depuis déjà quelques temps) comme LE truc de l’année 2015… heu 2016… heu 2017 ! Et c’est sûr cette fois, Fred Cavazza en a même fait un billet. Enfin c’est pour bientôt, c’est certain, parce que c’est bluffant, parce que Zuckerberg a racheté très cher Oculus Rift et investit à fond dedans, parce que les chinois sont à fond dessus et montent tout un business sur le sujet, parce que l’industrie pornographique s’en est enfin réellement emparé, et ça, c’est un signe qui ne trompe pas ! En même temps, quand je vois Facebook qui essaie de nous faire rêver avec un truc en démo mondiale qui me rappelle vaguement Second Life… qu’est-ce qu’on était en avance sur notre temps !

Le matériel, aussi bien pour créer que pour visionner commence à être accessible en terme de tarif, et la qualité est un peu plus au rendez-vous ; entendez par là que c’est moins pixellisé qu’avant, et qu’on a moins mal à la tête, moins envie de vomir au bout de cinq minute… même si !

Même si pour l’instant, on en reste à un premier effet Wow en terme de découverte, y compris avec un simple Cardboard, mais qu’on peine à voir ce qu’il y a plus loin. Ca fait un peu penser à la 3D qui marche pas mal au cinéma mais bon, on a beau l’intégrer dans tous les téléviseurs, ils sont pas nombreux encore à réellement l’utiliser dans leurs salons.

Bon allez, il suffit d’attendre la killer app, ça va bien arriver, peut-être que ce sera Timescope pour les territoires et destinations, dont nous parlait récemment Nicolas Barret dans son excellente veille hebdo.

Mobiliser les sens dans tous les sens

Et puis on n’est pas dépourvu en terme de techno pour favoriser l’immersion, l’émotion, solliciter les sens. Du cher, du simple, du super cher, et du complexe, il y en a pour tous les goûts ! Enfin non, justement, le goût pour l’instant, c’est un peu chaud à distance avec les techno… Mais on y revient.

Le problème des technos innovantes, c’est qu’il faut rencontrer son public au bon moment, au bon endroit, sur la bonne attente, avec la couche d’ergonomie, de comm’, de chance nécessaire. Par exemple, j’ai eu l’occasion de tester en avril 2015 la visite de l’exposition Velazquez avec des Google Glass. Réalité augmentée, il suffit de viser le tableau pour qu’il soit reconnu et l’audio guide classique se trouve enrichi d’une image superposée sur les différentes zones du tableau pour mieux l’expliquer, d’oeuvres en relation qui sont affichées, d’une vidéo d’un expert… C’est simple, c’est bien moins encombrant que tout autre système, mes enfants n’ont jamais autant retenu d’une visite au Musée (et c’était pourtant la cinquième de la semaine). Et pourtant, les Google Glass ont été (pour l’instant) remisées, Google est même devenu pendant quelque temps la risée du monde des techno à cause de cet échec. Mais c’est comme Second Life, un jour… vous verrez 😉

Alors oui, il va falloir continuer d’expérimenter, de tester, de se planter… et de recommencer ! Prévoyez du budget, du temps, de la bonne volonté pour ça, et à l’occasion, faudra faire passer le message aux dirigeants, des entreprises comme des institutions.

La vue, ça, on connaît bien, pas de problème. L’ouïe, ça varie un peu : un coup vaut mieux éviter de l’ajouter, un coup ça favorise l’immersion, on ne sait pas si ce sont nos clients qui font les girouettes, ou les marketeux qui font des enquêtes et études. Une chose dont on est sûr, ce que la musique, vous pouvez y aller ! La partager, la faire écouter, si vous êtes lecteur-trice de ce blog, vous n’avez pas pu passer à côté, on en parlait dans ce billet, et encore dans celui-ci ! Et puis le fait que le Guide du Routard (qui se sent quand même obligé de dire que ce n’est pas une blague, c’est dingue ça !!!), AirFrance, iDTGV, la Maison Blanche (sous Barack Obama hein, pas sûr que le suivant le fasse…), et bien d’autres encore s’y mettent, ça devrait vous donner des idées non ? D’ailleurs, c’est trop tard mais ce mardi 28 novembre, Spotify France organisait un petit-déjeuner pour expliquer comment une marque peut exploiter la musique pour s’intégrer dans les moments de ses clients… Ca, on se répète, c’est facile, pas cher, ça se glisse dans toutes les communications, les échanges !

breakfast-spotify

Maintenant on a aussi l’odeur qui débarque ! Cela fait aussi quelque temps qu’on teste le truc, je me souviens des films en odorama, d’imprimante à odeurs sur des salons de l’innovation. Comble de l’innovation, à l’image de l’Oculus, l’éditeur de jeu Ubisoft nous sort le Nosulus, ça ressemble presqu’à un 1er avril non ?

nosulus

À côté de ça, en Angleterre, l’Office de Tourisme de York a sorti il y a déjà deux ans son Smell City Guide, où à chaque page est associé une photo et une zone à gratter qui libère une odeur correspondant. N’ayant pas eu l’occasion récemment de me rendre à York, et ne trouvant que des coupures de presse en ligne suite à un bon travail de RP, je ne sais pas si l’expérimentation a trouvé son public, se poursuit (il ne figure en tout cas pas dans la liste des guides sur le site de l’Office), mais l’idée paraît excellente !

On nous promet maintenant encore et toujours, non plus dans le domaine de l’immersion cette fois, mais celui du souvenir. Apprêtez-vous à chausser vos lentilles Sony qui vous permettront tout simplement d’enregistrer vos meilleurs moments pour vous les rejouer par la suite !

Bon, en attendant, on n’a pas parlé du toucher, on n’a pas parlé du goût. À vous de faire preuve d’inventivité, sur des trucs pas compliqué, parfois vieux comme le monde. Le sable de la plage, l’eau de Lourdes et d’ailleurs, le petit panier local avec la saucisse, la terrine locale, le gâteau qu’on a que chez nous, ça devient bien plus simple de le vendre, de le livrer, avant ou pendant ou après le séjour, selon l’envie du voyageur et vos objectifs !

Et puis on n’arrête pas de se focaliser sur la vue, mais ce sont aussi les autres sens qu’il faut tenter de mobiliser ! Et quoi de plus illustrant sur ce thème que cette vidéo que Pierre nous avait partagée sur Facebook, et qu’il montre désormais à tous ceux qu’ils croisent en formation à chaque tour de France hebdomadaire. Sont forts ces québécois tout de même !

Allez, séquence tu chiales dans moins de 4mn !

Créer de la valeur avec des valeurs

C’est sûr que ce n’est pas toujours facile de les suivre nos clients dans leurs envies. Ils vont clairement bien plus vite que nous, ils adoptent des trucs qu’on n’auraient jamais imaginé, en adoptent certaines sur lesquelles on aurait pas misé un kopek.

En ce moment, j’aime bien prendre l’exemple d’Accorhotels. J’en ai déjà parlé dans ce billet, et François a renchéri peu après. Avec Jo & Joe, le groupe s’aventure sur un nouveau segment, une nouvelle philosophie, de nouvelles offres. Il a clairement compris que bien plus qu’un concurrent, Airbnb était un aiguillon, un révélateur de comportements, et un exhausteur de tendances. De quoi sérieusement flipper si on veut se faire peur, s’enthousiasmer comme jamais si on est un peu optimiste et aventurier.

D’ailleurs, le groupe nous révèle que  le concept est né au sein du « Marketing Innovation Lab », un incubateur permettant de générer des idées de les tester puis de les partager. Et tout cela a été co-créé avec les futurs clients, les équipes d’AccorHotels, le Shadow Comex (ce Comité Exécutif composé exclusivement de collaborateurs de moins de 35 ans), mais aussi des experts externes, des étudiants et des professeurs de la Webschool Factory (école de Management à Paris spécialisée en design, marketing et technologies numériques). Cela va d’ailleurs dans le sens du projet plus global dénommé « Nest » qu’Hervé Bazin expliquait dans cette interview donnée à Frenchweb. Un hôtelier qui travaille aussi pour et avec les riverains, et pas seulement pour ses clients, en remettant par exemple les clés d’un appartement voisin, en faisant en sorte que l’habitant puisse s’approprier le bar, le restaurant, le spa du Novotel voisin, … On n’est pas du tout dans la philanthropie, mais bien dans la création de valeur, pour le client quel qu’il soit, tout comme le prestataire.


Sébastien Bazin (AccorHotels): «Avec le projet… par frenchweb

Quand on regarde Jo&Joe, le résultat fait d’ailleurs penser à un Mama Shelter (récente acquisition d’Accorhotels) dont le concept est poussé à fond en cohérence avec ce que semble vouloir ces millenials. Est-ce compatible avec ce que souhaite cette génération, ses valeurs, peut-on investir durablement sur ce que l’on pressent de cette jeunesse virevoltante ? Cette génération taxée d’individualisme, voire d’égoïsme, et qui en même temps est la prière clientèle d’une économie de partage, ou collaborative, a-t-elle des valeurs fortes ?

Donner du sens à nos valeurs

Il semble que oui, on le constate à longueur d’études et d’enquêtes, et l’entreprise le « subit » en interne comme en externe.

Vous vous souvenez du client interne qu’évoquait Pierre dans ce billet ? Il nous y parlait de Glassdoor, mais aussi d’entreprises sans bureau, pour coller à la perméabilité, la flexibilité, la porosité des moments personnels et professionnels.

Sur de plus en plus de métiers, les jeunes gens peuvent vous déserter s’ils ne se sentent pas utiles à quelque chose, d’autant plus s’il y a un peu d’offre ailleurs. De plus en plus de sociétés s’adaptent donc pour permettre à leurs collaborateurs, au sein même de leur société, pendant leur temps de travail, de compenser ce sentiment d’inutilité. Google avait bien commencé en octroyant 10% de son temps de travail à tous ses salariés pour qu’ils développent un projet ou un intérêt perso. Mais les successeurs font moins dans l’égoïsme, plus dans le partage. J’en veux pour preuve l’initiative Pledge 1%, à laquelle participent plus de 500 entreprises, avec en tête de proue Salesforce. L’idée, donner 1% du temps de travail de ses salariés, et/ou 1% de son capital, et/ou 1% de sa production à des fondations, associations, caritatives ou humanitaires.

pledge-1De nombreuses entreprises ont associé leurs produits, leur marque à des opérations caritatives ; là encore ce n’est pas nouveau mais cela a tendance à prendre toujours plus d’importance pour les nouveaux consommateurs, emprunts d’éthique, de durable, de circuits courts. Et force est de constater que dans le tourisme, on est encore peu nombreux à pratiquer ce genre de choses, qui corresponde aux valeurs que l’on souhaite véhiculer.

Ce regroupement d’hôtel « Bien-être », dénommé Healing, affiche clairement en page d’accueil qu’un pour cent des réservations faites seront reversées à des oeuvres caritatives. Ne serait-ce pas une arme de plus dans l’arsenal anti-booking ?

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Châteaux et Hôtels Collection, le groupe d’Alain Ducasse, organise chaque année les Dîners de Chefs dont l’intégralité des revenus sont versés aux Restaurant du Coeur. Une action alignée sur les valeurs que veulent promouvoir les participants, mais qui génèrent également chaque année d’importantes relations presse !

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Bon comme je n’ai pas de conclusion dans l’immédiat, j’ai juste envie de vous demander si vous avez déjà travaillé sur vos valeurs, en quoi peuvent-elles correspondre à celles de vos clients, voyageurs, collaborateurs, prestataires, partenaires, habitants, comment peuvent-elles produire de la valeur pour votre structure et toutes ces personnes en relation avec vous, quels sens leur donner, dans quels sens les prendre, à qui donner 1% de vos ventes, de votre temps, donnerait de la valeur à votre offre, et puis ça fera déjà un long commentaire si vous répondez à tout cela 😉 !

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Ludovic a démarré sa carrière en Auvergne, à l’Agence Régionale de Développement, puis dans un cabinet conseil sur les stratégies TIC des collectivités locales. Il a rejoint en 2002 l’Ardesi Midi-Pyrénées (Agence Régionale pour le Développement de la Société de l’Information) et a plus particulièrement en charge le tourisme et la culture. C'est dans ce cadre qu'il lance les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel dont il organisera les six premières éditions à Toulouse. À son compte depuis mai 2011, il est Consultant etourisme & Web social, intervient sur de nombreux séminaires, manifestations et congrès, accompagne des structures sur leur stratégie, en AMO, ou en formation. Il organise les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel pour le compte de l'AEC et la Région Aquitaine à Pau, après les avoir initiées à Toulouse. En 2013, il co-fonde avec ses associés et blogueurs Pierre Eloy et François Perroy la société Agitateurs de Destinations Numériques. C’est à partir de ce travail quotidien qu’il se propose d’alimenter ce blog, en livrant ses impressions et commentaires quant au développement des nouvelles technologies au sein des structures publiques de tourisme.