Il faisait beau, il faisait chaud, le rhum coulait à flots, c’est dans ces conditions difficiles qu’un commando spécialiste de l’agitprop a ouvert un nouvel espace dans la désormais longue histoire du tourisme mondial. Les impétrants, Jean Luc Boulin, Brice Duthion et votre serviteur ont développé lors des 7èmes Francophonies de l’etourisme, les 14 et 15 juin à La Réunion, le concept novateur du Passeport du Citoyen Voyageur du Monde (avec des majuscules pour marquer le caractère plénipotentiaire de l’initiative).

Les faits préalables

Constatant un certain détachement des voyageurs et des touristes en général pour le respect des destinations et la rencontre avec leurs habitants au fur et à mesure que le tourisme se développe, le trio a passé au tamis des impressions, mots et faits qui posent de plus en plus question :

  • Défiance envers les institutions
  • Creusement de positions opposées et de plus en plus tranchées sur l’ouverture des frontières en Europe
  • Tourismophobie, overtourisme, excès en tous genres sur le sujet
  • Essor constant des plateformes commerciales qui décontextualisent lieux de vie et d’achat et lieux de consommation et qui déplacent les mêmes problématiques urbaines d’une destination à l’autre (si loin que l’on parte, on part d’abord avec soi-même, y compris avec ses soucis et ses comportements)
  • Propagation d’un nouveau mode de gouvernement, la démocrature, qui pend au nez enrhumé des vieilles démocraties
  • Changement climatique, dégradations environnementales et les ruptures sociales, économiques…engendrées
  • etc…

Face à ces observations (non exhaustives), le trio a réfléchi aux impressions, mots et faits qui peuvent représenter des voies nouvelles et positives :

  • Une conscience mondiale (à l’exception d’un grand blond avec des chaussures noires), notamment au regard du changement climatique et de ses incidences, à commencer par la modification de nos modes de vie et de nos impacts, en particulier lors des voyages
  • Un besoin d’engagement utile au profit des communautés réceptives (tourisme solidaire, respect humain et commercial, relations équilibrées entre usagers et usages)
  • etc…

Une nouvelle notion révolutionnaire

Débordant d’imagination, le trio a considéré la chose suivante : quand nous voyageons, nous conservons notre citoyenneté d’origine, mais nous pouvons, voire devons, nous approcher de la citoyenneté d’accueil, sinon autant dormir dans sa valise. Le sens du voyage est ainsi réaffirmé : nous ne deviendrons pas ce que nous ne sommes pas, mais nous souhaitons temporairement manifester une bonne volonté de découverte, d’ouverture, d’appréciation des destinations et des habitants qui nous reçoivent. Le temps long du voyage nous paraît plus adapté que le temps court du tourisme.

En conséquence, le trio a proposé la création d’un statut temporaire du Citoyen Voyageur du Monde. Un peu moins ici, un peu plus là, pendant la période du voyage. Pour que les idées vivent, il ne faut pas que des écrits, mais des faits : dire c’est bien, mais seul le faire compte. Aussi, nous avons acté de la création d’un passeport dédié, temporaire, qui matérialise le temps, le lieu, l’étiquette (pas celle du tee-shirt) du voyage et du voyageur. Le sceau local sera le tampon, le visa de l’organisme local reconnaissant ce Citoyen Voyageur du Monde.

Il en va de la responsabilité de chacun, potentiel accueilli et potentiel accueillant, de la liberté également car sans prise de conscience et matérialisation de droits et devoirs accrus des voyageurs, le tourisme et le voyage d’ouverture seront appelés à disparaître au profit d’immenses centres de vacances entièrement dévoués à la concentration temporaire, commerciale, pour débloquer les zygomatiques et les portefeuilles.

L’initiative peut paraître utopique, mais elle s’inscrit dans un mouvement ancien qu’il est possible de rénover. Quelques principes : création d’un Touring Club Mondial (à la mode ancienne des touring-clubs européens), initiative de résistants après guerre créant la démarche Citoyens du Monde, avec volonté de promouvoir une démocratie mondiale et exemple, étudié par l’ami et auteur Nicolas Barret, de Cahors Mundi, ville monde, volonté de changer d’unités de mesure en prenant en compte le bonheur et pas seulement l’économie (démarche du Bhoutan), coquille Saint Jacques des pèlerins, idée hutopique d’étendre  la taxe aérienne carbone au profit d’un fonds de solidarité des peuples réceptifs et peu dotés en richesse et dégradés (îles fragiles, comme celles de la République de Palaos où il faut prêter serment en faveur de l’environnement avant d’y débarquer, pays pauvres et en développement, régions malmenées par des crises naturelles, climatiques, économiques, démographiques…). Les exemples à considérer ne manquent pas.

Le concept

C’est d’abord une affirmation en faveur du tourisme et du voyage, à finalité humaniste et à vocation mondiale. Il s’agit d’un vrai passeport de Citoyen Voyageur du Monde, avec ses attributs : reconnaissance signalétique, timbres et visas de destinations locales et son imaginaire (collection de timbres, visas, narrations, photos).

  • Qui affirme notre volonté (engagement) et disponibilité pour aller à la rencontre des communautés de destination
  • Qui témoigne de l’utilité du voyage fondé sur la reconnaissance de l’altérité
  • Qui souligne notre intérêt pour développer une communauté de voyageurs et de résidents orientés dans la rencontre bienveillante, au profit de pratiques respectueuses des valeurs hospitalières, démocratiques et environnementales

Il repose sur une responsabilité du détenteur et une liberté de mouvement, de rencontres, de participation à la vie locale. Il s’appuie sur l’article 13.1 de la déclaration universelle des droits de l’homme : “Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat”. En échange de son passeport, le voyageur aura des engagements à tenir. Il contribuera à la vie de la destination, à sa protection et son développement. Cette contribution pourra être financière, mais aussi sous forme de temps ou de compétences apportées. Finalement, il revendique un statut de voyageur pleinement assumé, en conscience. L’ensemble des principes fixant l’organisation et le fonctionnement du passeport sont définis dans la constitution du “Citoyen Voyageur du Monde” (qui reste à écrire).

Il affirme clairement que l’on souhaite entrer en relation (une sorte de Meetic du voyage en quelque sorte, enfin vous voyez). Il n’est pas une carte de fidélité, mais à terme il peut offrir des avantages comme être reçu dans les Délégations ou mieux, dans les Consultants du Citoyen Voyageur du Monde (le patrimoine immobilier de l’oeuvre est aujourd’hui inexistant, mais demain, qui sait ?).

Pourquoi le singulier ? Parce que Citoyen Voyageur du Monde signifie chacun, chacune et donc responsabilité (un peu à l’identique du Bonjour à Chacun et à Chacune dans la parole protestante) et non tous, au sens des autres qui pratiquent le tourisme habituel c’est à dire l’immense majorité.

Ses avantages

Pour les différentes parties prenantes :

  • Les voyageurs : il permet d’affirmer une éthique du voyage, il permet d’être reconnu comme un voyageur engagé, il met en relation des voyageurs du monde entier qui partagent la même motivation. Il rénove l’engagement citoyen à un moment où la défiance à l’égard de la puissance publique est forte. Le passeport est aussi une reconnaissance de type VIP du voyage. Il peut comprendre une assurance responsabilité civile pour des actions en faveur de la participation à la vie locale (contreparties à un hébergement par exemple)
  • Les résidents : il engage tout ou partie des citoyens d’une destination à accueillir les voyageurs selon des engagements éthiques clairs, valorisant les cultures et les savoir-faire locaux et favorisant le partage d’expériences véritables
  • La destination : il formalise la destination comme communauté de responsabilité et de liberté, (principauté touristique), comme facilitatrice (consulat local qui peut être porté par une OGD), comme agrégatrice des volontés locales
  • Les professionnels du tourisme : ils s’engagent dans l’affirmation d’un tourisme hospitalier qui ne se traduit pas seulement par une dimension commerciale même si elle est fondamentale

Mise en oeuvre

Le trio, arrêté dans son élan par le soleil couchant et le vent dans les filaos de la Réunion qui invitait à l’apéro a cependant défini les premiers principes :

  • Méthodologie de mise en oeuvre : par de l’agitprop, un petit groupe de militants au départ oeuvrant en faveur de cette nouvelle conscientisation dans les OT, media, conférences, dans les rues des grandes villes, dans les réseaux sociaux… La viralité de l’opération sera d’autant plus forte que l’objet Passeport sera beau, attractif et collector

Deux parties sont constitutives de l’existence de ce passeport : le Citoyen Voyageur du Monde, et les Destinations Voyageur du Monde qui choisissent de rentrer dans le dispositif.

  • Le Citoyen Voyageur du Monde prend un vrai engagement lorsqu’il sollicite son passeport. Il approuve la constitution du “Citoyen Voyageur du Monde” et s’engage à porter fièrement l’étiquette que lui impose le dit Passeport (nous sommes au départ dans une démarche volontariste, exigeante)
  • Les destinations délivrent des timbres et des visas qui vont orner le Passeport
    • Le timbre est délivré au moment de la rencontre d’un résident lui-même engagé dans la démarche d’Hôte (accueillant) Voyageur du Monde (en général à l’office de tourisme)
    • Le visa est thématique et descriptif des valeurs de la destination (hébergement, transport, cuisine, partage, engagement, etc…). Il nécessite l’engagement du Citoyen Voyageur du Monde qui est matérialisé, soit par un versement financier, soit par du temps passé ou bien par des compétences apportées
  • Il existe des détenteurs du passeport qui sont des bi-nationaux lorsqu’ils sont à la fois hôtes et voyageurs
  • Les jeunes : le passeport peut être offert à un jeune à l’âge de 16 ans (lien subtil avec une banque)
  • Le réseau des Francophonies du Tourisme contribue à la viralité de l’information et la diffusion du passeport

Pour commencer quelque part

Il faut bien des candidats. Les participants aux Francophonies du Tourisme, des destinations réceptives et la communauté des professionnels du tourisme et du voyage qui le souhaitent. Des citoyens de partout.

  • Le laboratoire d’expérimentation idéal serait la commune réunionnaise joliment nommée… Le Tampon (premier éditeur de…visas/timbres)
  • Les TAAF (Terres Autrales et Antarticques Françaises), sachant le voyage aux Kerguelen reste l’un des plus rares de France: une vraie valeur, un voyage qui se mérite au long cours (bateau, long séjour sur place, en plus des timbres des TAAF qui sont rares)

Bien évidemment, toutes les destinations sont en capacité de s’intéresser au sujet. Un territoire a déjà développé son passeport, mais à finalité principautaire : la Principauté de Laas en Béarn vend un passeport pour dégager des moyens afin d’oeuvrer au développement touristique et culturel local. C’est un très bon début local mais sans contre-valeur dans le monde.

Le trio de départ, fort de son autorité incontesté sur le sujet, s’est arrogé de plein droit, une autorité et un régime plénipotentiaire. Autrement dit, tout engagement local dans la démarche se fera en concertation étroite avec le trio fondateur qui sera seul à avoir autorité pour, au moins établir, numéroter signer les passeports. C’est correct, non ? Bien évidemment des voyages d’étude et d’expérimentation sont indispensables au préalable.

Pitch pour le Citoyen Voyageur du Monde

Tu souhaites découvrir le monde en donnant du sens à ton voyage ?

Demande donc ton Passeport de Citoyen Voyageur du Monde !

Ainsi tu t’engages à avoir conscience de respecter les territoires où tu tribules, à privilégier la rencontre avec les accueillants, à afficher et démontrer les bienfaits de ton Passeport au profit de l’Hôte Citoyen Voyageur du Monde et du Citoyen Voyageur du Monde.

Les territoires qui se sont engagés à te délivrer un visa ont également sensibilisé les professionnels du tourisme et les habitants aux valeurs d’échange.

Ton engagement sera financier (achat du passeport, des visas), mais il peut-être aussi du temps ou des compétences que tu donnes au territoire.

Lors de tes voyages, ton statut de Citoyen Voyageur du Monde te permettra des rencontres et des informations sur les projets de développement locaux.

Tu appartiendras à une communauté ouverte, respectueuse, engagée dans des relations équilibrées et consciente de la nécessité de conférer du sens au tourisme et au voyage.