…Elle me croit claviste dans un office. Aujourd’hui, je viens vous entretenir, non d’une nouveauté ou d’un benchmarking, mais d’un point de vue. Oui, ça m’arrive et j’aime bien les partager avec vous, surtout après voir discuté avec un certain nombre de professionnels et d‘élus touristiques lors des derniers événements professionnels auxquels j’ai participé depuis le début de l’année.

Voici quelques remontées qui m’ont été formulées :

  • vous êtes gentils avec l’etourisme, mais il ne faut pas détruire nos emplois dans nos offices de tourisme
  • vous êtes gentils avec l’etourisme, mais c’est pas avec ça qu’on remplit nos hébergements
  • vous êtes gentils avec Internet, mais c’est pour demain
  • vous êtes gentils avec l’etourisme, mais il ne remplacera jamais nos brochures

Enfin, vous l’avez compris chers lecteurs, nous sommes gentils, nous sommes de doux illuminés et nous nous amusons bien. Ce n’est pas toujours faux j’en conviens, mais je tiens à préciser que si nous avons la tête dans les nuages, nos pieds descendent bien jusqu‘à terre et que c’est l‘économie qui guide nos travaux.

Mes réponses dans l’ordre :

  • L’etourisme ne détruit pas d’emplois, il en crée même puisque comme tous les secteurs innovants, il guide les investissements générateurs de gains de productivité (premier principe de l‘économie depuis la nuit des temps), il forme les équipes en place (au-delà de l’acquisition de compétences, mieux vaut avoir des équipes en prise avec leur environnement et motivées), il offre des occasions d’image, de notoriété et d’audience (anciens mots peu à peu remplacés par visibilité chez les gentils de l’etourisme). Pour rappel, il ne s’agit pas que de vos emplois dans vos offices, mais d’emplois qui correspondent à de réels besoins de la part des consommateurs finaux.
  • D’après l’INSEE, entre 1964 et 2004, le taux de départ en vacances des résidents vivant en France est passé de 43% à près de 65% avec une croissance rapide jusqu’en 1989. Depuis, ce taux progresse plus lentement, voire stagne et recule dans les années 2005 et 2006. Mais les dernières données du Crédoc « Vacances 2010 : les contraintes financières favorisent de nouveaux arbitrages » indiquent que 47% de la population n’est pas partie en vacances en 2010, soit par déduction, seulement 53% qui seraient parties. Cependant, on estime qu’entre les vacances et les courts séjours, 78% des Français effectuent au moins un déplacement touristique par an. Fort heureusement, notre pays accueille beaucoup de touristes étrangers : un tiers des 104 millions de nuitées des campings leur sont dues. Comment croyez vous que nos professionnels de l’hébergement touristique fonctionnent ? Je rappelle que les outils des disponibilités et de réservation sur Internet font déjà leurs preuves depuis plus de 10 ans. Si la France n’avait pas pris le train de l’etourisme, pensez-vous sérieusement qu’elle occuperait encore le devant de la scène avec une telle stagnation de son marché domestique ?
  • Internet, c’est pas demain, c’est déjà hier. Cessez de regarder derrière vous. Savez-vous qu‘à chaque fois que vous levez le nez vers le ciel, les étoiles ne vous renvoient pas leur éclat actuel mais celui du passé. Si la lumière voyage à 300 000 km/s, nous sommes cependant toujours dans le passé. Avec l’etourisme nous avons la chance de réduire les distances et les temps de conversation avec nos prospects et de nous projeter auprès d’eux au plus près de leurs moments de décision. Internet n’est pas un futur à envisager, il est l’instantanéité.
  • Ah, les brochures ! Elaborer des contenus qui sont vétustes lorsque les touristes en ont besoin, c’est un peu saugrenu quand même. Pensez-vous réellement que quiconque compare et réserve ses vacances sur des dépliants et brochures touristiques ? Les yeux dans les yeux ? Vos acteurs de l’office de tourisme ne se tournent pas les pouces depuis qu’ils produisent moins de brochures : soyez-en sûrs, ils travaillent surtout en temps réel. Toute l’année ils traitent des contenus mis à jour en continu et établissent des conversations en temps réel avec les prospects. Pourquoi les saisons sont-elles plus longues, avec des séjours plus courts ? Les outils du web et de la mobilité bien évidemment !

Alors voici mon message conclusif que vous pouvez tenir à l‘égard des défaitistes de l’etourisme. Il ressort du dernier rapport du Centre National du Tourisme dédié à l’analyse du « Poids économique et social du tourisme » qui réclame une meilleure prise en compte de ses apports : « l’activité touristique peut apporter des réponses et des solutions (recherche de points de croissance et de créations d’emplois) pour peu qu’on la considère comme un acteur économique majeur à part entière et non comme un secteur qui marche tout seul ». Ayez confiance, soyez innovant et si vous ne l‘êtes pas vous-même ne freinez pas le goût de l’innovation qui occupe la majeure partie des acteurs français du tourisme institutionnel. Faites en sorte, vous aussi, de considérer que l’etourisme et le tourisme ne font qu’un, une économie majeure, dynamique et exportatrice. Franchement, notre destination a bien besoin de confiance sur ses atouts numériques face à la montée en puissance de pays émergents qui bientôt nous passerons devant.

Et si vous avez envie de ferrailler sur le tourisme, ne vous trompez pas de sujet : ce n’est pas contre l’etourisme qu’il faut s’arc-bouter, mais plutôt sur le fait que l‘économie touristique perd régulièrement de sa vigueur et l’intérêt de nos dirigeants ! Quelques schémas pour vous en convaincre : La balance des paiements du secteur touristique affiche un solde positif depuis 1978. Pourtant, les choses se gâtent du côté du solde, à savoir de la différence entre les recettes enregistrées par les dépenses touristiques effectuées en France et les dépenses engagées par les Français à l’étranger. On est ainsi passé de 12,8 milliards d’euros de solde en 2007 à 7,8 en 2009. Si l’on compare à l’année 2000, meilleur cru depuis fort longtemps avec un solde de 14 milliards d’euros, on observe une diminution de 40% ! Voilà un sujet qui mérite un peu d’implication et d’innovation !

 

Idem le taux de départ en vacances des plus modestes : il ne cesse de baisser ! Voilà chers amis, mon plaidoyer pour une rénovation du regard à l‘égard des efforts de la profession qui a bien raison de s’etourismiciser comme elle le fait depuis plusieurs années. Si l’etourisme n‘était pas à son niveau d’appropriation actuel en France, notre destination serait reléguée. C’est de stratégie et d‘économie qu’il faut désormais parler. Clairement !