L’iPhoneographie est un barbarisme pour définir une nouvelle tendance qui consiste à prendre une photo avec son iPhone, la retoucher éventuellement avec les applications de son choix puis à la partager en ligne. Bien entendu ce comportement se retrouve aussi chez les possesseurs d’Androïd mais le terme d’iPhoneographe s’est imposé. A la croisée de la prise de vue en mobilité et des réseaux sociaux, l’iPhoneographie est en train d’amorcer une vraie révolution numérique, celle des nouveaux influenceurs de l’image.

On utilise beaucoup les réseaux sociaux avec son smartphone

Avec le développement du marché des téléphones intelligents et de toujours plus d’applications, les usages évoluent et comble du téléphone on s’en sert de moins en moins pour passer des appels ! Pour garder le contact avec son entourage, d’autres fonctionnalités ont pris le pas sur la fonction “voix”. Au premier rang des usurpateurs figurent les réseaux sociaux comme nouveau média de communication et parmi les usages les plus fréquents avec plus de 17 minutes de consultation quotidienne, juste derrière la navigation Internet et l’écoute de musique.

Source The Telegraph
consommation smartphone tourisme

Les paradoxes de la société de consommation

Les constructeurs proposent chaque année (voir tous les 6 mois) un renouvellement de leurs modèles avec de nouvelles fonctionnalités et équipements attendus par les consommateurs comme le montre la frénésie autour du dernier keynote Apple et du finalement décevant iPhone 5.

Un flop qui n’aura sans doute pas grande incidence sur les ventes et n’arrêtera surtout pas les fans de la première heure déjà prêts à lâcher leur ancien modèle pour le nouveau prétendant. Une situation quelque peu ubuesque qui fait écho avec la pensée de Claude Levi Strauss : “nous avons tendance à devenir de plus en plus des consommateurs, et des consommateurs boulimiques, des richesses qui nous entourent, qu’il s’agisse des richesses concrètes de l’univers et que nous détruisons en les consommant, ou des richesses intellectuelles que nous absorbons avec une intensité, une rapidité beaucoup plus grandes que nous ne parvenons à les renouveler.”

Est-ce à dire que l’offre évolue plus vite que notre propre appropriation des technologies comme en témoigne le NFC, ou les tags 2D encore sous ou mal exploités ?

Ou bien que les constructeurs ne sont plus assez inventifs ni créatifs pour subvenir à l’appétit boulimique des consommateurs qui en veulent toujours plus ? Ils sont pourtant à l’origine du paradigme capitaliste de la société de consommation quand le produit crée le besoin. Comme pris à leur propre piège, entraînés dans l’énergie cinétique du numérique, ils semblent eux-mêmes avoir du mal à suivre et proposer de réelles innovations, même  parmi les plus brillants élèves comme Apple, au delà de la multiplication des formats d’écrans et autres gadgets technologiques qui ne sont que subterfuges.

L’appareil photo sur smartphone est une “vraie révolution”

Ceci étant posé, force est de constater tout de même en terme d’équipement que les appareils photos ont été nettement améliorés au fil des années et disposent désormais de capteurs à 8 millions de pixels qui permettent de réaliser des photos en haute définition (étant attendu que le piqué et la qualité d’une photo ne se limitent pas seulement aux millions de pixels).

On garde toujours son téléphone sur soi au détriment de l’appareil photo numérique moins nécessaire au quotidien et plus encombrant, ce qui est encore plus vrai pour le reflex que pour le compact même si la qualité de photographie est incomparable.

Rien de plus simple pour prendre une photo avec son smartphone, on lance l’application photo, on appuie sur le bouton principal et le tour est joué !

Ainsi, la praticité et la simplicité de l’appareil photo sur smartphone jouent considérablement dans l’appropriation exponentielle auprès des utilisateurs débutants comme confirmés.

Les Mobile Native

Les réseaux sociaux et la photo se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Le plus emblématique d’entre eux, Instagram est un réseau social de photos, vous partagez vos clichés en apposant au préalable un filtre pour donner un effet plus artistique. L’effet Waou de ce type de rendu étant d’autant plus amplifié sur les tablettes avec les photos plein écran et grand format.

En voici une illustration avec la Place de la Comédie à Montpellier, photo prise à l’emporte pièce qui donne pourtant un résultat artistique intéressant.

Place de la Comédie Montpellier

Comme on parle des Digital Native pour identifier les générations nées sous l’ère du numérique, on pourrait étendre le terme aux sociétés de production d’applications comme Instagram qui n’ont pas leur pendant sur le web, jouissant pleinement et entièrement de l’univers mobile, des entreprises Mobile Native en quelque sorte (le viewer web.stagram.com n’étant pas le site officiel de l’application).

Dès leur création, ces sociétés nées avec le mobile, l’ont nativement intégré dans leurs produits et applications au détriment de gros acteurs du web qui se sont adaptés tant bien que mal dans l’écosystème complexe du mobile comme le montre les déboires et retards invraisemblables de Facebook.

Ce qui explique pourquoi en partie, des géants comme Google et Facebook devraient avoir disparus d’ici 5 ans, bien que le deuxième ait déjà racheté Instagram pour la modique somme de un milliard de dollars ! Google et Facebook n’en finissent pas de racheter ici et là, bien souvent pour intégrer ces services en “marque blanche” dans leurs propres produits et gagner ainsi tout un pan de développements technologiques ou de contenus, et d’autre part dans une logique protectionniste, racheter pour fermer et étouffer la concurrence potentielle. Si certains rachats sont des paris sur l’avenir, on aura l’occasion d’en reparler rapidement, notamment avec Instagram (racheté par Facebook) qui continue à co-exister avec la flambant neuve application photos Facebook Camera, pour combien de temps encore ?

Ces nouveaux influenceurs de l’image

On connaît l’importance de la photo dans le tourisme en matière de séduction. Par ailleurs, selon une étude Skyscanner 52% des utilisateurs de Facebook seraient influencés par les albums photos de leurs amis dans le choix de leur destination de vacances.

Parmi les iPhoneographes les plus suivis sur Instagram dont l’essentiel de leur production est orienté sur des prises de vues touristiques avec des styles artistiques très différents et identitaires, l’on peut citer Vutheara (134000 abonnés), Ovunno (61000 abonnés), Timbrado (26000 abonnés). Bien que parmi ces cadors, certains trichent un peu en important dans Instagram des photos issues d’un réflex numérique et donc non nativement prises avec leur smartphone.

Mais en conclure que l’influence n’appartient qu’aux photographes chevronnés et suivis par des dizaines de milliers d’utilisateurs serait faire une erreur grossière d’appréciation sur le caractère intrinsèque et la toute puissance des réseaux sociaux. Mes amis, même beaucoup moins suivis, sont eux aussi, voir plus, des influenceurs et leurs photos vont être toutes aussi convaincantes et inspirantes pour ma prochaine destination de vacances.

De là pour les gestionnaires de destination à élaborer sur ces nouveaux outils une stratégie de veille, de production, de modération, d’animation autour de photos existantes pour la promotion de leur territoire, il n’y a qu’un clic-clac Kodak !

En tant qu’utilisateur, que pensez-vous de ces nouveaux influenceurs ?
En faites-vous partie ? Et jusqu’ici sans avoir réellement conscience de votre influence ?
En tant que  gestionnaires de destination, des retours d’expériences à partager sur vos territoires ?