Tous les samedis, parfois les jeudis ou d’autres jours légalement inscrits au calendrier grégorien, Lapensiondesfuites publie un nouvel épisode en moins de 2019 signes. La vie au temps du Covid19 s’étire autour des aventures émollientes de Monsieur Sauternes. Ses semblables, souvent solitaires face à la pompéisation du monde et à l’effacement de certitudes englouties dans d’imprévues dolines, cherchent des solutions. Amie lectrice, ami lecteur, tu retrouves aujourd’hui l’épisode #6 alors que les problèmes d’argent commencent à surgir chez Monsieur Sauternes et dans la société. Dans l’épisode précédent, une rencontre avec un ami gendarme avait alerté Sauternes sur des trafics de masques et des cambriolages dans le quartier forestier huppé proche de l’océan où il tente de préparer une belle maison pour une insaisissable saison touristique. Si tu as loupé les premiers épisodes, en voici la chronologie. Commence par le début, c’est mieux ! Le #1, le #2, #3, le #4, le #5.

Les retraités Tannat s’inquiétaient des événements. Non pour leur santé en laquelle ils avaient une confiance absolue. Véganes, parés de toute intrusion animalesque dans leur alimentation et ne connaissant pas personnellement de pangolin, ni de Chinois, ils s’estimaient à l’abri de la maladie. Leur préoccupation portait sur la location de la belle maison dont les 1000 euros la nuit ruisselaient dans leurs comptes. La retraite sertie d’or perdait de sa consistance. Déguster des daïquiris au bord des mers du Sud devenait moins joyeux. D’autant que leurs autres investissements dans des boxes automobiles s’avéraient incertains avec ce besoin qu’avaient les jeunes citadins à préférer le vélo à l’auto. Le monde avait perdu de sa lucidité pestait Tannat.

Les écureuils dansaient dans les pins avant d’en balancer les pommes dont ils avaient boulotté les pignons. Le matin, le ciel se levait vert pâle d’inquiétude alors que les pissenlits tonifiés par la météo ne résistaient pas à la taille qu’en faisait Sauternes pour ses poêlées sautées. Ni au broutage assidu des lapins libérés. Les jours du silence s’écoulaient dans la pignada tandis qu’au loin rugissait la souffrance des malades de l’inconnu virus. De touristes, il n’y en avait point à l’horizon. Le vieux Paolo Tannat surveillait l’avancement des travaux de Sauternes par un réseau de caméras. Personne ne fondait de projets touristiques. La vie s’était arrêtée et cela rendait les propriétaires plus confits que jamais. Ils rôtissaient à vue d’oeil d’être si désemparés face au reflux de leurs rentes. Et aussi, de l’abus de daïquiris dans ce Pompéi mondial.

Pendant ce temps long du vide relationnel, Sauternes voyait également s’éloigner ses perspectives de rémunérations. Il vivait de sa mince pension d’ex-militaire et de quelques expédients de brocante. La saison qu’il organisait en majordome pour les clients de luxe de la maison ceinte d’une haute clôture de planches brutes, s’avérait de plus en plus hypothétique. Après avoir remis en état la propriété à chaque printemps, il se réfugiait dans la cabane sise au fond du jardin au milieu d’une bambouseraie égayée des chants des mésanges charbonnières et chardonnerets élégants. Six mois de service, nourri et blanchi, même modestement payé, cela avait du sens. Surtout que Sauternes voulait devenir écrivain. La solitude imposée lui convenait assez bien dans les premières semaines.