Avant de débuter, votre lecture, veuillez noter que le titre de cet article “Lâchons Instagram et voyageons !” est issu de l’article “Mes meilleurs souvenirs de voyage ne sont pas sur Instagram !” du blog voyageetc. Un article qui a agit comme un véritable déclencheur et qui su poser les mots sur ce que j’ai ressenti suite à un retour de voyage. Outre le titre, sachez que Adeline Gressin du blog voyageetc a été une grande source d’inspiration pour ce billet, je vous recommande donc naturellement d’aller jeter un oeil à son billet !

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Bientôt l’été, vous avez sûrement prévu de partir en vacances et de revenir avec un tas de belles images que vous aurez photographié avec votre plus bel appareil et posté sur quelques réseaux sociaux. Et si ce geste n’était pas si anodin que ça ? Avez-vous vraiment été créatif en prenant cette photo ? Ou avez-vous été influencé ? Et si votre photo pouvait mettre en danger le lieu visité ?

Ces questions se rejoignent en une seule : avez-vous déjà songé à l’impact que peut avoir le partage de photos sur les réseaux sociaux ? Aujourd’hui je souhaitais revenir sur cette pratique qui peut paraître anodine mais qui ne l’est finalement pas tant que ça …

Instagram et la démocratisation la photo

Avec l’innovation perpétuelle et constante en matière de Smartphone et d’applications d’aide à la prise et à la retouche photo, faire une belle photo est à présent à la portée de tous ! Et les réseaux sociaux permettent de partager facilement ces photos avec son entourage voir même avec le monde entier.

Instagram est le premier média de partage d’image et c’est un formidable outil puisqu’il permet de découvrir de grands artistes mais aussi des inconnus possédant pourtant de vrais talents. Véritable moteur de recherche grâce à ses hashtags, il est devenu une source d’inspiration incontournable que ce soit pour cuisiner, s’habiller, voyager … 

C’est un outil formidable qui permet notamment de démocratiser l’art de la photographie. Par exemple, faire connaître des mouvements jusqu’alors peu voir quasiment inconnus ! Prenons l’exemple du “Knolling” à présent connu sous le nom de “flat lay”. Un mouvement particulièrement en vogue qui consiste à prendre une photo de haut en ayant mis différents objets en scène permettant ainsi de raconter une histoire, faire passer un message. Allez, avouez-le, vous aussi, vous avez déjà cédé à la tentation et essayé cette composition !

Exemple avec le hashtag #flatlaymood
Exemple avec le hashtag #flatlaymood

Copycats : mais où est passé la créativité ?

La première feuille de l’automne tendue fièrement devant soi, une jeune femme de dos tenant la main de son compagnon en avançant, une personne sur une barque ramant sur un lac magnifique … Quand vous parcourez votre fil d’actualité Instagram vous avez surement déjà vu ce type de photos ! En effet, ces scènes sont devenues célèbres et se sont multipliées sur le réseau social. Si bien, qu’aujourd’hui, les comptes se ressemblent quasiment comme deux gouttes d’eau. Et le tourisme n’y échappe pas ! Par exemple, le compte @Insta_repeat répertorie les “copycats” les plus copiés en terme de tourisme outdoor. 

Des initiatives qui tournent parfois à la dérision. Par exemple, en 2015, apparaissait la première photo d’une tente de campeur installée à un endroit où la vue est à couper le souffle … Depuis ce ne sont pas moins de 29 776 photos avec le hashtag #tentview qui sont apparues sur le réseau. Le compte @Youdidnotsleepthere répertorie d’ailleurs les spots de camping les plus absurdes de la toile. Une initiative qui montre ce que pourrait devenir la photographie sur ce réseau si on n’y fait pas attention : des millions de photos copiées avec un contenu fictif mais magnifique, pensé uniquement pour faire réagir le plus de monde possible et ainsi … susciter de la fameuse interaction !

Exemple du compte @insta_repeat
Exemples issus du compte @insta_repeat

Quand la mise en scène prend le dessus et dérive

Savez-vous que l’environnement est parfois menacé par les personnes mêmes qui le mettent en valeur ? En effet, certains clichés vus sur les réseaux sociaux sont parfois réalisés dans des situations très dangereuses et parfois même tout simplement immortalisés dans des zones interdites d’accès.

Parmi les exemples récents et extrêmes, on peut citer la récente série Tchernobyl qui a créée une augmentation du tourisme dans la ville de Prypiat qui est devenue un endroit “branché” où la mode est de se prendre en photo en l’exposant sur Instagram et en oubliant parfois même toute décence et respect. Affaire qui fait écho à celle du mémorial du camp de concentration d’Auschwitz qui a récemment dû demander à ses visiteurs de respecter la mémoire du lieu et de ne pas réaliser des copycats de personnes marchant sur les poutres des rails. Des images parfois choquantes et qui pourtant existent et sont représentatives d’un black tourisme. 

Mais ces situations dangereuses sont beaucoup plus quotidiennes qu’on ne le pense et peuvent toucher tous les territoires. On peut ainsi citer les photos prises dans certains parcs nationaux des États-Unis et montrant des situations interdites telles qu’un feu de camp, un selfie pris avec un animal sauvage ou encore un vol en drone au-dessus d’une zone protégée. Plus récemment, on peut citer l’exemple de la Californie et des collines du Walker Canyon où les prairies colorées de coquelicots se sont vues détruites par des milliers de touristes venant immortaliser l’instant devenu célèbre via le fameux réseau Instagram.

Exemple avec le hashtag #walkercanyonpoppies
Exemple avec le hashtag #walkercanyonpoppies

Et si Instagram révolutionnait le voyage jusqu’à le faire disparaître ?

Ces copies et dérives nous amènent à plusieurs reflexions. Les copycats nous montrent que l’esthétique ne dépend plus uniquement de l’endroit que l’on visite mais de la façon dont on traduit son expérience en la prenant en photo. La multiplication de ces photos démontre que photographier un paysage maintes fois relayé sur les réseaux sociaux, n’est finalement pas un souvenir de voyage mais plutôt une démonstration d’égo, juste pour dire “j’y étais”.

N’oublions pas qu’Instagram reste un formidable outil marketing et que les images diffusées ne traduisent pas forcément la réalité. Aujourd’hui on a de quoi s’y perdre. Et face à des voyageurs qui ne veulent plus que partir vers des destinations instagrammables, les destinations ont de plus en plus tendance à avoir un compte totalement harmonisé qui montre uniquement les aspects les plus photographiables de leur territoire pour attirer le plus d’engagement et ainsi de visiteurs possible. Dans cette course à l’égo et l’engagement, les valeurs du voyages ont tendance à se perdre

Et si un jour, nous avions suffisamment accès à toutes les images d’un pays pour ne plus avoir envie de nous déplacer pour le découvrir de nous même ? En effet, n’avez-vous jamais cherché des images sur Instagram avant de faire le choix de votre destination ? Cela ne vous ai jamais arrivé d’être déçu par un spot que vous aviez déjà vu maintes et maintes fois sur les réseaux sociaux et qui, du coup, n’était pas conforme à l’image que vous vous en faisiez ? Ou encore de visiter un lieu et de vous retrouver confronté à une horde de touristes qui plutôt que d’apprécier le moment présent sortent leurs smartphones et perches à selfies pour réaliser le meilleur cliché qui leur garantira la meilleur interaction. 

Photographier ou vivre l'instant présent
Photographier ou vivre l’instant présent : une scène à présent devenue classique lors d’un voyage

Le secret : adopter une utilisation raisonnée

Il ne faut pas noircir le tableau, Instagram c’est aussi, comme on le soulignait en introduction un formidable réseau de partage qui permet de faire connaître de nouveaux talents. Depuis peu, on a même l’apparition de nouveaux mouvements promouvant de bonnes actions. Les exemples en matière d’écologie sont nombreux. On peut ainsi citer le défi Trashtag challenge qui consiste à prendre des photos avant / après d’un lieu rempli d’ordures, les ramasser, puis montrer le résultat nettoyé. Ou encore le compte 1dechetparjour qui encourage à ramasser un déchet par jour et à le poster sur les réseaux sociaux.

Un autre geste simple et pourtant pas anodin : le marquage de vos contenus. Ce dernier, peut sembler innocent mais peut pourtant avoir un réel impact qu’il est possible de réguler ! Si l’on prend encore une fois l’exemple des parcs nationaux aux Etats-Unis, combien de fois, des influenceurs ont géolocalisé une cascade inconnue, un paysage unique, un spot pour la faune locale … Résultat de l’expérience, ces lieux ont subi une forte affluence qui est parfois particulièrement dangereuse : oubli de déchets, fuite d’animaux sauvages … Une utilisation raisonnée consisterait alors à garder ces lieux secrets pour nous, afin de protéger la fragilité de l’endroit. Le marquage deviendrait alors plus général (en se limitant à la commune par exemple) et à l’internaute de chercher le lieu par lui-même s’il le souhaite réellement.

Hashtag : 1dechetparjour
Exemples de publications avec le #1dechetparjour

A travers ces quelques lignes, je ne prétend pas dicter une marche à suivre mais vous incite à réfléchir sur votre pratique et poser un regard subjectif sur vos voyages et les photos que vous en ramènerez. Soyez honnête avec vous-même quant à votre intention lorsque vous partagez des images et des récits de voyage.

Nous ne pouvons pas lutter contre les tendances des copycats et encore moins contre l’obsession du monde pour l’autogratification d’une mise en scène permettant de susciter de l’engagement. Mais nous pouvons examiner de plus près notre propre comportement, notre éthique et nos envies à travers ce partage de photos.

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D’ailleurs que restera t-il de vos souvenirs dans 10, 20 ou 30 ans ? Les instants précieux vécus ou la story partagée sur Instagram ? D’ailleurs que sera Instagram dans 10, 20 ou 30 ans ?! Des questions qui concluent bien l’article de Voyagesetc, mes meilleurs souvenirs de voyages ne sont pas sur Instagram.

 

 

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Après un master en aménagement et gestion des sites et territoire touristiques, Sophie a quitté son cher Sud Ouest, ses ferias et ses chocolatines pour arpenter l'awesome Nouvelle-Zélande pendant 1 an. Elle a profité de cette expérience pour raconter ses aventures sur keewitouch.com puis elle est revenue en France pour une nouvelle expérience à la découverte de la Destination Vendée Grand Littoral ou un nouveau défi l'attend en tant que chargée de stratégie digitale. 

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