Quelque chose change dans le tourisme. Parlera-t-on encore de tourisme et de touriste dans un futur proche ? Je n’en suis pas sûr du tout. Je viens de relire et je vous invite à le faire, le joli sketch écrit par l’auteur Hanokh Levin, A l’hôtel, dans le recueil Que d’espoir aux Editions Théâtrales. Tout en subtile satire sur une relation inattendue entre un touriste et un réceptionniste d’hôtel à Londres. Malgré tous ses efforts, le réceptionniste, que l’on pourrait appeler concierge ou expert ou conseiller en séjour dans les offices de tourisme d’aujourd’hui, n’est pas à la hauteur des attentes du touriste. On comprend bien pourquoi quand à la fin de l’entretien sur le mode de fonctionnement de l’hôtel et sur la liberté du touriste d’agir comme il l’entend, ce dernier demande au réceptionniste un bisou avant d’aller se coucher. Et de se faire envoyer paître.

J’ai comme l’impression que les touristes attendent et vont attendre encore plus de considération, voire d’estime ou encore d’amitié. Les manifestations d’énervement à l’égard du tourisme de masse, les remises en cause de l’impact des locations chez l’habitant et de l’absence de retombées économiques directes pour la population locale ont créé beaucoup d’incrédulité chez un grand nombre de touristes. Alors quoi, on dépense notre argent, on vous fait vivre et on ne veut plus de nous ?

Et pour beaucoup, ce n’est plus du tourisme qu’ils feront désormais. Mais du repli, de la discrétion absolue, voire du staycation pour les moins aventuriers. Quant aux téméraires qui partiraient passer des vacances ? Hop là, il ne faut pas trop pousser le bouchon : on n’est pas en vacances, on n’est pas touriste. On est en voyage ! En itinérance. En périple, en aventure. Comme dans les premiers temps du tourisme qui n’était concevable que lors d’un tour. Merci à la New York Public Library qui met à disposition d’incroyables photos d’archives.

Envoyez balader les touristes !

Du coup, s’ils sont en voyage, envoyez-les carrément balader ! Vous n’êtes pas là que pour les guider quand le temps est mauvais, pour recevoir leurs perles invraisemblables, à croire que certains les préparent, comme celle-ci révélée par le journal Sud-Ouest au cours de l’été : « est-ce que toutes les plages sont en bord de mer ? ». Envoyez-les carrément voyager, faire de l’itinérance, éprouver le relief, parcourir un jeu de piste touristique sans le leur dire (on n’est pas des gamins !).

Alors voici quelques tendances observées sur de récents sites de destination que j’affectionne et qui me font susurrer à vos oreilles qu’un changement d’organisation des contenus touristiques est à l’oeuvre dans les institutions touristiques. Le voyage en lieu et place du tourisme. Offices du Tourisme et des Voyages ?

Tout d’abord sur le site de VisitDetroit aux Etats-Unis. On envoie les voyageurs découvrir la ville de l’automobile, à la réputation sordide, dans 41 points recommandés et cartographiés. Si vous en revenez vivants, vous aurez droit à rejouer en quelque sorte (humour noir au regard des données caractérisant cette grande cité).

Puis sur le nouveau portail de la Route Basque. En 7 itinéraires, particulièrement bien choisis, les visiteurs sont invités à voyager pas à pas et à sortir de la concentration urbaine et de l’esprit festif qui peut les habiter passée une certaine heure. Les suggestions sont intéressantes et du coup, on ne passe pas des vacances au Pays Basque, mais on y fait un voyage, un tour. Comme dans l’ancien temps.

Autre exemple, d’envergure et soigné, la découverte des Alpes en 50 idées, organisées comme autant de traversées enrichissantes et inattendues par l’association de la Grande Traversée des Alpes. Son initiative n’est pas nouvelle, mais on la détecte comme une vraie réponse aux besoins du moment. La richesse de l’offre repose sur des parcours balisés, des hébergements référencées, des informations détaillées.

Dans une autre veine du périple, de l’aventure du voyage, de la mise en connexion éphémère, à l’écart des spots de concentration, on peut remarquer le bon positionnement du département de la Lozère sur le tourisme à moto, le succès des épreuves sportives de haute volée qui évoluent dans des sites remarquables comme par exemple les courses de vélo d’amateurs accomplies via l’organisation de la Haute Route. Les événements sportifs, ou culturels, comme ce tour festif et culturel, assez perché, qui change de site chaque année, à savoir évolution dans un château différent, participent de ce mouvement. Et je fais le pari que bientôt, les mots voyages et voyageurs, même pour des pratiques de proximité, reprendront du sens et de la vigueur dans les stratégies des destinations touristiques.