Je suis à Berlin dans un appartement avec 5 blogueuses voyage en train de préparer le salon ITB qui démarre. Forcément, nous discutons assez rapidement de la question des femmes, de l’entrepreneuriat au féminin et des récentes polémiques autour de #MeToo. Quel moment idéal pour rédiger un billet pour ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, non ?

D’ailleurs, le timing est plutôt bon car j’ai reçu la semaine dernière dans ma boîte aux lettres le numéro 00 du nouveau magazine Bossie. Ce numéro de lancement, malheureusement déjà en rupture de stock, je l’ai dévoré comme je l’explique sur Twitter.

Des portraits de femmes entrepreneures, des conseils, des idées, du design. Bref. Une belle réussite ! Pour la fondatrice Yolande Libene, la volonté est claire :

« On a voulu créer quelque chose d’intelligent et d’inspirant, pour les femmes de notre génération qui ont des rêves. Notre objectif est qu’elles se sentent mieux après avoir lu la revue, pas frustrées. Bossie est une lecture qui fait progresser, qui parle de la vie professionnelle avec un angle nouveau »

À travers ce numéro, je suis resté accroché à une phrase prononcée par Melinda Gates dans le cadre de la Fondation qu’elle dirige avec son mari : « Nous envoyons nos filles dans des entreprises conçues par nos grands-pères ». J’ai longtemps réfléchi à cette phrase qui me paraît lourde de vérité surtout en lien avec notre société où l’état d’esprit n’est pas propice à l’épanouissement de toutes les femmes. Pourquoi les femmes osent moins que les hommes ? Pourquoi les femmes pensent avoir moins de légitimé que les hommes ? Ce n’est bien sûr pas une question de talent ou d’intelligence mais bien une question de société et de culture et ce n’est donc pas normal.

Alors, pour revenir à cette phrase prononcée par Melinda Gates, je me suis demandé à quoi pourrait ressembler une entreprise ou une organisation développée par une femme au service de tous ? En quoi cela différerait d’une entreprise développée par un homme. Bien sûr, je joue forcément sur des stéréotypes en disant cela (il existe des femmes avides de pouvoir & d’argent et des hommes très humanistes dans leur fonctionnement) mais malgré tout, je pense qu’il y a des valeurs inhérentes chez une femme qui pourraient faire un bien fou à nos organisations touristiques, publiques et privées.

6 valeurs fortes portées par les femmes

  • La communication interne & la bienveillance :

Et oui, les femmes sont de meilleures communicantes, tout le monde le dit (dans les couples aussi non ? 😊). Et ce besoin d’écoute, il est aujourd’hui primordial dans les organisations avec des salariés, des partenaires, des bénévoles pour arriver à sortir le meilleur de chacun. Avec une meilleure communication interne & une certaine bienveillance (sans rentrer dans le côté trop bisounours), ces personnes pourraient alors plus oser, plus prendre des risques, sortir de leur zone de confort. Et ce sont des besoins qui sont présentés très souvent dans les lignes des papiers rédigés ici et cela passera forcément par plus d’humain !

 

  • L’humilité :

Est-ce que nos organisations trouveraient plus de succès et de performance avec des leaders avec un pouvoir plus fort ? Je n’y crois pas. Le pouvoir à la House of Cards, ce n’est pas pour nos structures. L’humilité, c’est une valeur aujourd’hui importante à promouvoir dans les organisations. Elle n’est pas synonyme de manque d’ambitions mais simplement de savoir d’où l’on vient. Selon moi, les femmes ont une capacité à prendre plus de hauteur sur les succès et les échecs, peut-être justement du fait de savoir que tout n’est pas acquis avec facilité. Alors, humble & ambitieuse ?

 

  • La coopération & la coopétition :

Dans la continuité des valeurs de communication interne, la coopération est une valeur essentielle aujourd’hui à la réussite des organisations touristiques. « Seul, on va plus vite. Ensemble on va plus loin. » Comprendre la logique de coopérer au service d’un objectif commun, c’est une chose que les femmes ont intégré parfaitement, sûrement car le pouvoir et l’individualisme ne sont pas les priorités. Elles seront très douées pour développer des formes coopératives d’organisation également… les fameuses SCIC proposées dans les offices de tourisme du futur par exemple… Même, travailler ensemble au service de l’attractivité d’une destination plus large paraît tout de suite plus intéressante et on verrait peut-être moins apparaître des plateformes de marque de destinations totalement inconnues, n’est-ce pas Jean-Luc ? Les femmes, actrices de la coopétition ?

  • L’équité :

Selon l’Insee, le salaire mensuel net moyen des hommes, en équivalent temps plein, est de 2 410 euros en 2014, celui des femmes de 1 962 euros, soit un écart de 448 euros (-22,8%), presque un demi-smic (variation de 26% pour les cadres). De plus, un classement de Bloomberg en 2017 montrait que les patrons du CAC40 gagnent en moyenne 70 fois plus que le revenu moyen annuel en France. Ces chiffres montrent bien que l’équité n’est pas encore au rendez-vous en France, même si les chiffres sont moins pires qu’aux Etats-Unis. On s’imagine bien qu’avec les valeurs plus humanistes portées par les femmes, ces écarts se réduiraient fortement dans les organisations !

  • La responsabilité :

Les femmes, meilleures gestionnaires, meilleures « bon père de famille » ? Si elles sont moins avides de pouvoir, on peut se dire qu’il y aurait donc moins d’abus de leur part quand il s’agit de diriger et de gérer les entreprises ? D’ailleurs, pour l’anecdote, ce terme juridique de « en bon père de famille », plutôt masculin, devait sortir du droit français pour être remplacer par le mot raisonnable. Donc, on peut se dire que cette valeur pourrait aussi se traduire par une véritable politique de Responsabilité Sociale de l’Entreprise – RSE.

 

  • Le « multitasking » :

Multitâches les femmes ? Des scientifiques de la clinique universitaire de l’hôpital universitaire Balgrist de Zurich ont découvert des preuves que sur le plan du multitâche, les femmes sont plus performantes que les hommes. Quelle traduction pourrait-on envisager alors pour une entreprise ? Une forme de management forcément plus horizontal avec une tendance à l’holacratie ? On pourrait donc imaginer une organisation où les tâches des employées sont beaucoup plus polyvalentes et partagées entre les personnes. Au final, une vision véritablement dans l’air du temps et en plein dans les attentes des nouvelles générations…

 

A travers ces 6 valeurs, on s’imagine assez fortement le type d’organisation, sa gouvernance, son management, etc. Portées par des valeurs plus humanistes, ces organisations sont en réalité totalement inscrites dans l’actualité car elles répondent largement aux attentes des nouvelles générations de salariés qui rejettent justement un management trop vertical et des environnements hiérarchiques et de travail assez durs et qui recherchent une équilibre vie privée / vie professionnelle, du sens dans le travail, une qualité dans les relations de travail, du feedback régulier avec les managers et de la collaboration.

Des pionnières pour plus de parité

Mais alors, dans ce secteur du tourisme où l’on retrouve majoritairement des femmes dans les équipes des entreprises, des offices de tourisme mais aussi dans les études dédiées, pourquoi les femmes ne se reconsidèrent pas comme légitimes pour prendre ces postes de direction et appliquer leurs valeurs ?

Ma vision personnelle, c’est que l’on aurait clairement besoin de plus de femmes à la tête des organisations afin de faire évoluer les modèles de nos structures. Je pense que la légitimé doit être assumée car c’est de cette manière que la société pourra évoluer.  

Et merci à ces femmes pionnières qui se bougent pour développer de nouveaux projets dans le tourisme comme Alix & Julia (Copines de Voyages), Olivia (Les Voyages d’Olivia), Magali Boisseau (BedyCasa), Gilian Tans (Booking) et bien sûr toutes les femmes, membres de l’association Femmes du Tourisme. Merci aussi à ces hommes qui s’engagent au service de la bienveillance et de la parité dans les organisations.

Et pour finir, voici le Manifeste de Bossie que je vous partage et qui résume parfaitement les choses :

Tu es ambitieuse.

Tu as des rêves, des grands rêves et des désirs simples comme te réveiller avec la patate pour te rendre à un job qui te passionne, être reconnue pour tes talents, passer un maximum de temps avec les tiens, vivre dans une jolie maison dans un coin que tu adores, voyager davantage ou cultiver tes passions. Tu souhaites surtout te sentir belle, te sentir forte, te sentir libre.

Devenir un requin – non merci.

Tu veux être leader à ta façon, avec joie, gentillesse et plaisir.