Allez, on poursuit avec nos petits compte-rendus perso des ateliers des #ET14 !

Pour ma part, j’ai eu la chance d’animer deux Focus, avec l’Islande et la Creuse, ainsi qu’une Battle (qui n’en avait que le titre) concernant la Digital Détox. Fait du hasard, mais il y avait finalement une certaine continuité entre ces trois sujets. Le billet a l’air long comme cela, mais tu vas voir, il y a pleins d’images et de vidéos, de quoi bien reprendre et se donner la pêche pour un lundi matin !

L’Islande, de la crise au succès

Dadi Gudjonsonn nous l’a expliqué en plénière comme en atelier, c’est bien l’éruption du Volcan Eyjafjallajökull qui a paralysé le monde entier en 2010 qui a constitué le lancement d’une véritable stratégie de promotion de l’Islande. Il faut dire que cela a jeté un froid (ahaha) et institué une vision plutôt négative… D’où la création d’Inspired by Iceland, en se basant sur l’excellent NPS des gens ayant déjà visité l’île, célébrités, inconnus, habitants et voyageurs. Le Président a ainsi pris la parole pour inciter tous les islandais à délivrer leurs secrets à propos de leurs coins préférés, en stoppant toute activité dans le pays pendant une heure, et à inviter des voyageurs à venir découvrir leur pays à travers leur hospitalité, donnant lui-même l’exemple (ah, les pancakes de Dorrit, la Première Dame…). Forcément, ça produit son petit effet…

A travers une photothèque cartographiée interactive (une première à l’époque), ce sont plus de 22 millions d’histoires qui ont été partagées, occasionnant plus de 60 millions de vues et un CA du secteur augmenté de £138,7 millions (ah la passion des chiffres de nos collègues !) en moins de deux ans !

Le tourisme est ainsi devenu une cause nationale, derrière lequel tous les acteurs se sont investis pour en faire en quelques années le 1er secteur économique. Mais derrière cette union sacrée mobilisatrice, se cachait un écueil : comment se renouveler et trouver un nouvel ancrage de communication chaque année ?

2015 correspondait à une baisse significative des régions les moins visitées… C’est ainsi que fût lancée la campagne “Ask Gudmundur” : demandez donc à un habitant du coin, il saura vous renseigner bien mieux que Google sur tous les secrets des moindres recoins de l’île !

Le résultat ? En l’espace d’un an, la croissance des nuitées dans les différentes régions a tout simplement doublé !

Quelle approche en 2016 ? Croissance du tourisme, conscience probablement exacerbée par rapport à d’autres destinations que l’environnement naturel est un capital à préserver, Inspired by Iceland lance Iceland Academy, dont l’objectif est d’éduquer le touriste avant qu’il ne vienne, de favoriser un tourisme plus qualitatif et bien entendu de continuer à augmenter la notoriété de l’Islande.

Avec toujours le même humour et la même finesse, des tutoriels vidéos sont mis en oeuvre, permettant aux “joueurs” de gagner des badges, de s’en enorgueillir sur leurs réseaux sociaux, et éventuellement gagner un voyage. Résultas là encore chiffrés : 8,52millions de vues représentant un équivalent en exposition média de £15.8 millions, 19 500 “diplômés” provenant de 75 pays différents.

Au vu de l’importance du sujet et la résonance prise dans le monde entier (on a réagi un peu plus tard sur l’overtourisme et pa prise en considération massive de notre environnement), l’Islande a continué sur cette lancée en 2017 avec The Icelandic Pledge.

Enfin, l’année 2018 mise sur une campagne dénommée “The a-ö of Iceland“, histoire de vous acculturer un peu plus avec les us et coutumes locaux, cette fois-ci à travers le langage. Toujours une belle façon de faire passer des messages qui peuvent paraître rébarbatifs. Et puis vous l’aurez bien compris, en tant qu’Agitateurs, quand on voit côte-à-côte les mots locaux, secrets, experts, avec de l’humour, de l’humain, et juste un poil ce qu’il faut de techno, on se sent en terrain vraiment ami !

Allez, essayez-vous au plus difficile karaoké du monde :

Et si tu as envie d’explorer toutes les vidéos des diverses campagnes, va faire un tour sur la chaîne Youtube, tu vas en prendre plein les mirettes, souvent rigoler, et peut-être trouver quelques idées à exploiter chez toi non ?

En tout cas, l’Islande nous a délivré une belle leçon de communication, alliant tourisme responsable et efficacité, puisque aujourd’hui, 65% des séjours se déroulent hors saison ! On attend avec impatience la thématique et la campagne de 2019… Et si tu veux en voir encore davantage, retrouve les interventions de Dadi derrière ces liens :

La Creuse, notre Islande à la française ?

Oui oui, ça paraît être le bout du monde, avec de la nature, un nom que tout le monde connaît…bon, ça te fait peut-être moins rêver… enfin pour l’instant ! La preuve en images.

Car à l’instar de l’Islande, la Creuse a misé également sur les contenus vidéos et la viralité, et tout cela avec des équipes et des budgets souvent rikiki ce que vous avez été nombreux à apprécié d’après les premiers retours du questionnaire de satisfaction.

Un positionnement clair et affirmé, la Creuse, c’est la campagne, la VRAIE, avec l’objectif de séduire la clientèle mais aussi de travailler la fierté locale.

Du coup, la vidéo phare te montre tout ce que l’on peut faire d’actif ou de reposant…et ne se présente qu’en toute fin.

L’ADT mise donc à fond sur le cross média, avec des campagnes TV, des relations presse, du digital et bien évidemment beaucoup de réseaux sociaux.

Mais ce qui aura retenu l’attention des participants à cet atelier, c’est notamment l’ingéniosité des équipes à réutiliser les heures de rushes filmées et livrées par des prestataires professionnels, qui permettent, avec un peu d’huile de coude et de temps mais pas d’argent, de monter à l’envi de courtes vidéos qui vont alimenter les différents médias.

On remarquera également, tout comme en Islande, la volonté d’humaniser le discours, avec des portraits de Chefs cuisiniers, de Guides moniteurs de pêche, des coups de coeur de Creusois, ou encore d’hébergements.

L’ADT travaille de concert avec les sept Offices de Tourisme creusois (14 avant que la loi NOTRe ne passe par là), mais l’on se demande aujourd’hui s’il ne suffirait pas d’un seul Super Office de Tourisme qui exploiterait la marque Creuse et les quelques marques infra-départementales disposant de notoriété (Lac de Vassivière, Tapisseries d’Aubusson) ne serait pas encore plus efficace… Encore une illustration du fait que le découpage et l’attribution de compétences en fonction de la collectivité ne sied pas toujours aux marques de destination

Si tu veux approfondir le sujet :

Déconnecter, une parenthèse ou une nécessité ?

Pour cet atelier, nous avions convié trois prestataires qui oeuvrent dans cet univers, avec néanmoins des positionnements et produits bien différents.

Pierre Massot a développé cette activité depuis dix ans maintenant, au sein de son hébergement, le Château de la Gravière. Il traite et coache des “patients” conscient de leur dépendance, si ce n’est addiction, à leur smartphone et autre joujoux électroniques nous tenant en laisse. De son propre constat, nous sommes peu nombreux à prendre conscience de notre éventuel problème et à volontairement nous astreindre à un week-end de déconnexion, mais surtout de réflexion et de mise en oeuvre d’un plan d’actions concret pour se sentir mieux dans son quotidien.

Arthur Watine, co-fondateur de AuCalme.co a identifié de son côté un certains nombre d’hébergement pratiquant la déconnexion, le temps d’un week-end. Pas de traitement, pas de coaching, simplement la promesse d’un week-end sans écran pour une parenthèse, une bulle de déconnexion où l’on retrouve les bonnes vielles cartes et les guides papier ! L’activité ne fait que démarrer pour cette jeune startup qui cible pour l’instant les jeunes cadres parisiens, en couple ou groupe d’amis, mais la demande semble bien présente, et l’offre se développe.

Chez Elsa, au Village Castigno, c’est au départ un concept mené par un riche couple belge autour d’une vigne, de sa production et d’un hôtel éclaté dans un petit village, avec trois restaurant, pour une clientèle plutôt haut de gamme. La quelques centaine d’âmes résidant au village se voit donc régulièrement augmentée par la clientèle et les salariés, permettant là aussi une vraie bulle de déconnexion.

Mais ici, elle a été d’abord vécu comme une contrainte. Pas de 3G, au mieux un faible edge, pas d’ADSL, et de couteux investissements n’auraient de toute façon pas permis de délivrer un service de qualité à une clientèle exigeante. On a donc ici choisi de l’assumer en en faisant un véritable positionnement marketing : ici, c’est déconnecté, sans ordi, sans TV, mais avec de vraies propositions d’expériences et de découvertes. Elsa accueille une clientèle internationale, qu’elle prend le soin de prévenir pour éviter toute déception, et reçoit aujourd’hui de plus en plus de professionnels qui recherchent pour leurs réunions, incentives, un environnement propice à la créativité, à la concentration.

Paul Arseneault, notre geek de service, accro à ses outils, bien qu’ayant fait preuve d’abstinence pendant un mois l’hiver dernier, puis tenté de quitter Facebook et messenger avant d’y revenir six jours plus tard, témoignait du fait que notre vie professionnelle et personnelle peut difficilement s’extraire des divers canaux de communication que nous tulisons. Ce dont tout le monde convenait aisément, la question revenant plutôt autour de la masse d’informations que nous échangeons (il ne nous serait pas venus à l’idée il  ya vingt ans de rédiger 20 ou 30 courriers manuscrits par jour, ce que nous faisons aisément aujourd’hui via email ou IM), et la fréquence à laquelle nous nous sentons contraints de vérifier l’arrivée de nouvelles neuves du monde et de nos “amis”.

S’il s’avère aujourd’hui délicat pour une destination dans son ensemble d’affirmer un positionnement “déconnecté”, l’offre et la demande sont clairement en augmentation, et nos intervenants s’accordait à conclure sur le fait que la cellule familiale, parents/enfants, pourrait être une cible intéressante (et pour le moment inquiétante).

Si tu veux approfondir le sujet :

 

Si l’on doit résumer tout cela en quelques mots-clés…

  • des gens qui agissent et qui partagent, des secrets, des valeurs, une culture
  • des vidéos qui relaient et qui deviennent virales
  • un besoin de reconnexion avec la nature
  • un besoin de déconnexion avec le temps infernal de nos machines et algorithmes,
  • et donc au final, un trio d’atelier qui était bien dans le ton du Manifeste de conclusion des #ET14 sur lequel François aura prochainement l’occasion de revenir 😉
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Ludovic a démarré sa carrière en Auvergne, à l’Agence Régionale de Développement, puis dans un cabinet conseil sur les stratégies TIC des collectivités locales. Il a rejoint en 2002 l’Ardesi Midi-Pyrénées (Agence du Numérique) et a plus particulièrement en charge le tourisme et la culture. C'est dans ce cadre qu'il lance les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel dont il organisera les six premières éditions à Toulouse. À son compte depuis mai 2011, il est Consultant etourisme, intervient sur de nombreux séminaires, manifestations et congrès, accompagne des structures sur leur stratégie, en AMO, ou en formation. Il organise les Rencontres Nationales du etourisme institutionnel pour le compte d'UNITEC et la Région Nouvelle Aquitaine à Pau, après les avoir initiées à Toulouse. En 2013, il co-fonde avec ses associés et blogueurs Pierre Eloy et François Perroy la société Agitateurs de Destinations Numériques, initiatrice des concepts d'Internet de Séjour, de Secrets Locaux et de Conciergerie de Destination. C’est à partir de ce travail quotidien qu’il se propose d’alimenter ce blog, en livrant ses impressions et commentaires quant au développement des nouvelles technologies au sein des structures publiques de tourisme.