Je ne sais pas vous, mais moi j’ai l’impression que l’opinion française, comme toujours mise en résonance par les médias, semble frappée d’un espèce de dérèglement hormonal qui la fait plonger dans une déprime assez profonde.
Et le tourisme n’échappe pas à cette “morosite” aiguë… Ainsi mes camarades François Perroy et Nicolas Monseigne analysaient en juillet ici-même avec leurs articles très documentés  : “Le redressement productif va-t-il concerner le tourisme ? épisode n°1 et épisode n°2

180px-Aristoteles_LouvreLoin de moi l’idée de dire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes (virtuel et réel), mais le spectacle de ce pessimiste tendance nihiliste laisse perplexe ! Loin de moi également l’idée de remettre en cause leur argumentation brillante et très fournie… Non, ce billet d’humeur à juste pour but de s’interroger sur les ressorts qui orientent et forgent la fameuse doxa. 

“Le doute est l’école de la vérité” disait Francis Bacon, le philosophe, pas le peintre 😉 Alors doutons ! Et pour ce faire je me suis évidemment tourné vers nos chers philosophes grecs et plus particulièrement Aristote, grand maître de la logique, pour analyser les démonstrations qui fondent ce “pessimisme”.

Pour aller vite, on pourrait condenser l’opinion générale avec le syllogisme suivant :

L’économie française va mal,
Le tourisme, c’est de l’économie,
donc le tourisme va mal…

… et aussi celui-ci plus “mondial” :

Baisser dans un classement n’est pas bon,
Le tourisme français perd son rang dans les classements au niveau mondial,
donc le tourisme français n’est pas bon !

On y voit une logique imparable, une mécanique redoutable. Mais reprenons l’exercice…

Bon OK, l’économie française n’est pas au beau fixe. Mais si on regarde les chiffres dans le rapport “Chiffres clés du tourisme – Édition 2013” de la DGCIS, on constate que :

  • la consommation touristique en France a augmenté de 3% entre 2011 et 2012, et celle des visiteurs étrangers de 7,5% ! 
  • le nombre d’arrivées de touristes internationaux et de 83 millions, en hausse de 1,8%, et la France reste 1ère dans le monde ) !
  • les recettes du tourisme international ont augmenté de 6%, la France est 3ème au classement mondial et n’a perdu qu’une place depuis 1980 !

Ce sont là les chiffres essentiels. Comment en déduire l’idée d’un déclin inéluctable et désespérant ? L’exposé est certes rapide mais fondé…

L’alerte donnée par François et Nicolas s’appuyait d’avantage sur un rapport du Forum économique mondial analysant la compétitivité dans le secteur du tourisme, et fixant la France au 7ème rang mondial en terme de compétitivité… Sans critiquer l’étude qui paraît très solide, force est de constater (“les chiffres sont têtus”) que les performances pures de l’économie touristique française sont plutôt encourageantes et ne devraient en aucun cas inciter au pessimisme ! Cela devrait davantage nous inciter à bien mesurer nos faiblesses tout en restant conscients des bons résultats obtenus et confiants dans l’avenir !

Raisonner au lieu de résonner, voilà peut-être un conseil éclairé !

Mais finalement, ce petit exercice sans prétention ne nous amène-t-il pas à poser un nouveau syllogisme :

L’économie française va mal,
Le tourisme va bien,
donc le tourisme n’est pas de l’économie…

Aïe aïe aïe… Là ça va être plus costaud… 😉

 

 

PARTAGER
Article précédentSnapchat et le potentiel de l’éphémère
Prochain articleOn lâche rien ! Votez #Mougins ! Et passez le message au voisin ! #SoMeT14EU
Paul FABING est directeur du pôle qualité de l'accueil à l'Agence d'Attractivité de l'Alsace (AAA). Architecte de formation, ancien consultant tourisme, chef du service Tourisme de la Région Alsace et directeur de RésOT-Alsace (Réseau des offices de tourisme), il occupe cette fonction depuis 2015. Entre autres missions, l'AAA est propriétaire, gestionnaire et animateur du système d’information touristique alsacien qui consolide l’ensemble des informations recensées par les OTSI et de nombreuses structures partenaires. Plus de 220 sites touristiques institutionnels et publics alsaciens (la totalité en fait), beaucoup de sites nationaux publics et privés, la plupart des éditions papier, les actions de promotion et les outils mobiles s’appuient sur cette base de données pour offrir aux touristes des services fondés sur la même information. Ainsi les OTSI, coordonnés par l'AAA, se sont placés au cœur de la problématique touristique alsacienne et occupent une place prépondérante dans le développement de l’etourisme. Promis, il s’efforcera de ne pas rédiger en Alsacien, et apportera sans doute un petit vent d’est rafraîchissant dans ce blog (les Alsaciens ne sont pas aussi sérieux qu’il n’y paraît…). L’extranet du RésOT-Alsace Alsace. Email : pfabing at etourisme.info (cette adresse apparait en toute lettres pour éviter les robots).