Le Welcome City lab a procédé récemment à la sélection de sa 2ème promotion de 15 startups qui entreront en incubation d’amorçage en mai prochain.

L’incubation d’amorçage correspond à la première année d’une startup, qui doit surmonter trois défis pour lesquels un incubateur s’avère utile : trouver ses premiers clients, valider le modèle économique théorique sur lequel elle a basé ses prévisions, réussir la preuve de concept de son produit ou service.

Les 15 startups actuellement en amorçage auront donc le choix d’ici la fin du mois prochain : soit elles passeront en incubation de décollage – et elles rejoindront ainsi les 15 autres startups qui sont déjà dans cette phase – soit elles voleront de leurs propres ailes.

La sélection de ces nouvelles startups s’est déroulée ainsi : un appel à candidatures a été lancé début janvier 2015 et s’est clôturé à la mi-février. 110 dossiers de candidatures ont été reçus, un record (pour mémoire le nombre de candidatures reçues en 2014 s’était élevé à 70). Un comité de lecture a désigné les 23 candidats qui sont passés en oral de soutenance, desquels 15 ont été élus lauréats.

Dossiers reçus

Processus de selection

Le jury qui a auditionné les candidats était composé d’une vingtaine de participants :

  • les 12 membres du comité de pilotage de l’incubateur (Ville et Office de Tourisme de Paris, Direction Générale des Entreprises, BPI France, Aéroports de Paris, Air France, Amadeus, Carlson WagonLit Travel, Galeries Lafayette, SkyBoard, Sodexo, Viparis),
  • l’équipe des 4 salariés du Welcome City Lab,
  • des investisseurs, des entrepreneurs, des banquiers, des experts, des chercheurs.

Cette grande diversité avait pour objectif de fournir des analyses complémentaires de ces candidatures, ce qui est toujours préférable quand il s’agit de juger de la pertinence d’un projet en 30 minutes (15 minutes de pitch, 15 minutes de questions/réponses).

Le Welcome City Lab bénéficiant désormais d’une certaine notoriété auprès des startups du tourisme, cet exercice de sélection de startups constitue donc un bon baromètre de l’innovation dans le tourisme urbain en 2015 et une intéressante source d’information sur les typologies d’innovations qui génèrent des créations de jeunes entreprises actuellement.

L’analyse des 110 candidatures permet de dégager 8 grandes tendances :

  1. Les projets BtoC représentent la moitié des candidatures. C’est une relative surprise, car vu la concurrence croissante sur le net, le coût d’acquisition client est de plus en plus élevé. Mais il est vrai que les projets BtoB requièrent une maîtrise plus fine des acteurs et des mécanismes économiques que les projets BtoC ou CtoC, qui se fondent souvent sur des pratiques personnelles du tourisme ou des voyages.

    AAP - marchés des dossiers

  1. Les projets de places de marché représentent près de 30% des candidatures. Ce fort taux s’explique par l’engouement pour les projets de mise en relation entre des visiteurs et des guides (qu’ils soient professionnels ou amateurs), ou entre consommateurs (relevant ainsi de l’économie du partage). Les thématiques les plus prisées sont la découverte de la ville et le partage de loisirs par affinités (notamment dans l’univers de la cuisine et de la musique).

  1. Les projets à forte composante technologique sont en forte croissance et atteignent un quart des candidatures. Il s’agit soit de projets numériques basés sur la maîtrise d’algorithmes complexes, soit d’objets connectés, soit d’outils de réalité virtuelle. Ils s’orientent parfois vers des services d’agrégation et de recommandation permettant de mieux cerner les profils et pratiques d’utilisateurs. L’exploitation de big data est présente dans quasiment tous ces dossiers.

  1. Les projets favorisant l’optimisation de l’expérience client et la création de nouvelles expériences sur les sites enregistrent un essor certain et représentent près de la moitié des candidatures. Il s’agit d’une tendance lourde qui consiste à sortir d’un tourisme de masse, à enrichir l’expérience individuelle des visiteurs, en les impliquant parfois eux-mêmes grâce à la pratique d’ateliers ou de jeux. Toutes ces solutions offrent bien entendu une multitude de possibilités de partager ses émotions avec son entourage (réel ou virtuel).

  1. Les projets relatifs au tourisme d’affaires et à l’évènementiel professionnel sont en forte progression, ce qui est une excellente nouvelle pour l’attractivité du tourisme urbain. Ils offrent des solutions parfois très innovantes dans la multi-utilisation des espaces, dans l’interaction entre participants, dans les liens entre commerces et évènements professionnels. Les arrivées de Viparis et de Carlson WagonLit Travel dans les fondateurs du Welcome City Lab ont indéniablement attiré ces vocations.

  1. Les projets relatifs à la fête, la convivialité et la vie nocturne sont – enfin – représentés. Face à la vive concurrence de villes comme Berlin ou Barcelone, ces domaines pourtant essentiels à l’attractivité internationale de Paris étaient traditionnellement éloignés de la sphère du tourisme, très classique. Les efforts du Welcome City Lab pour susciter ce type de collaborations commencent donc à payer.

    Bilan AAP 2015

  2. Les projets de plateformes de back-office et de gestion de caisses pour les points de ventes touristiques se développent à un rythme soutenu. Ils permettent aux gestionnaires de sites, notamment de restaurants, de disposer de nouveaux outils permettant, ainsi qu’aux distributeurs de proposer de nouveaux services.

  1. Paris commence à attirer les startups étrangères. 7 dossiers émanaient de startups américaines, israéliennes ou portugaises. Ce n’est encore qu’un début, mais il illustre la récente déclaration de John Chambers, le PDG du groupe américain Cisco, qui a déclaré il y a un mois vouloir « investir 100 millions de dollars en France, devenu le paradis des startups ». La Maire de Paris a d’ailleurs donné comme objectif à tous les incubateurs parisiens d’attirer 30% de startups étrangères à l’horizon 2018.

En conclusion, les appels à candidatures d’incubateurs confirment bien leur rôle d’indicateurs de tendances concernant l’état de l’innovation dans l’univers des startups. Celui du Welcome City Lab constitue un bon baromètre de l’innovation dans le tourisme urbain. Il serait intéressant maintenant de le comparer avec d’autres baromètres, tels que les outils de veille sur les tendances, les dossiers thématiques réalisés régulièrement par la presse professionnelle ou les rapports publiés par un certain nombre de cabinets d’ingénierie.

À l’avenir le Welcome City Lab souhaite se doter d’un autre indicateur, plus puissant et surtout plus international : un dispositif de veille sur l’innovation touristique dans l’univers des startups, auquel devrait contribuer fortement le nouveau partenariat avec l’État (Direction Générale des Entreprises) annoncé au Salon Mondial du Tourisme le 19 mars dernier.

PARTAGER
Article précédentFacebook, adieu Like Box, bonjour Page Plugin !
Prochain articleCompte-rendu (2e partie) Next Tourisme 2015
Laurent Queige, 45 ans, est un professionnel du tourisme et du marketing. Après des études à Sup’ de Co. Montpellier et un master en tourisme international, il a travaillé comme guide accompagnateur de groupes, puis agent de voyages à Via Voyages, puis attaché de presse à Maison de la France (Italie), puis consultant en marketing et aménagement dans le cabinet-conseil Setel France, puis chargé du Schéma Régional du Tourisme 2000 /2010 au Comité Régional du Tourisme Ile-de-France. Il a été directeur de cabinet de l’adjoint au Maire de Paris chargé du tourisme de 2001 à 2013. Il a accompagné le pilotage de la stratégie d’attractivité touristique de Paris : ingénierie, démarches qualité, marketing, etourisme, veille et prospective, communication, relations internationales. Ses principales réalisations ont été : le collectif Paris Capitale de la Création, la charte Hôtes Qualité Paris, l’opération Paris Nightlife, le festival des Nuits Capitales, l’initiative Creative Paris. Il est actuellement Délégué Général du Welcome City Lab, premier incubateur touristique au monde, dont l’objectif est de positionner Paris comme une destination leader en matière d’innovation dans le tourisme.